Connaissez-vous Starter, groupe new wave suisse du début des années 80 ? Non ? C'est normal, on ne peut pas dire que la carrière de cette petite formation helvétique ait tant décollé. Pour cause, si le groupe se revendique d'artistes à succès tout en synthés tels Gary Numan ou Kraftwerk, leurs compositions et performances sont loins de frôler la formidable porté électronique d'un Cars ou ne serait-ce qu'une note de Das Model. À la place, on se retrouve avec des chansons comme Minijupe, aux paroles si amphigouriques qu'on a presque envie de se dire qu'il s'agit d'une blague:

"Je suis seul dans ma chambreuh, l'eau qui coule du robinet,
Je me sens mal à l'aise, sur cette putain de chaise,
Je regarde autour de moi, il n'y rien, même pas toi,
J'ai envie de mourireuh, je cherche ton sourire.
Je commence à lire, mais c'est encore pire,
Je m'enfuis au pays des rêves, un p'tit chien à la main,
À l'aide de p'tites poupées rose, c'est toujours la même chose,
Il faut qu'quelque chose se passeuh, sinon je m'agaceuh.
Minijupe et collants, et les cheveux aux quatres vents. (x2)
Qu'est-ce que je fais là? Je viens avec toi (x2)"

Grandiose.

Pourquoi parler d'un tel groupe s'il est si peu mémorable, me direz-vous ? Peut-être parce que Starter incarne à merveille cette période florissante et naïve de la Cold Wave en Europe, remplie de petits groupes aux productions analogiques bancales tentant de reproduire sans grand succès les codes de leurs cousins teutons ou anglo-saxons, s'assemblant aussi vite qu'ils se séparaient. Peut-être aussi car il prouve qu'Isabelle a les Yeux Bleux n'est pas qu'une simple petite vanne des Inconnus, mais quasiment un documentaire d'une époque et d'une scène musicale avec leur lot de ridicule et attitudes romantiques à deux balles. Le jeu de scène de Francis Foss, chanteur de Starter aux faux-airs de Marc Almond, fait d'ailleurs presque passer les efforts chorégraphiques de Pascal Légitimus comme étant trop light. Enfin, peut-être parce qu'avant d'aller chanter les louanges de la vie d'ours polaire ou d'éviter d'emmerder sa meuf avec des trucs genre la faim dans le monde, Stéphan Eicher a fait brièvement partie de Starter avant de les quitter pour connaître un succès qui, lui, a le mérite d'avoir été notable. Ironie du sort, quand tu nous tiens.