Commençons par une question à la con : comment s'est passé ton confinement ?
Ah, pour une question à la con, c'est vraiment une question à la con. J'ai eu la chance de me casser l'épaule avant le confinement, ce qui m'a relativement bien aidé à supporter psychologiquement l'idée de voir mon boulot partir en fumée pour un virus qui génère autant de doutes. Être au chômage payé c'est pas la mort, mais les raisons pour lesquelles on ne reprend pas le travail ne sont pas très cohérentes. Donc ça commence à faire un peu chier, quoi. On allait jouer à Nice quand Édouard Philippe a annoncé les premières étapes du confinement, alors on s'est arrêté à Cannes. Dans le train du retour, je me suis dit qu'on allait bien glander alors j'ai fait un album. Dès le premier jour du confinement j'ai fait la première prise. 

C'est pas un peu macroniste d'être productif même pendant le confinement ?
Avec Macron, j'ai plutôt eu peur de l'idée de m'endormir à cause du confinement. Je sais pas pourquoi.

Contrôle de moralité : tu as applaudi les soignants à 20h ?
Je les ai toujours applaudis quand j'allais à l'hôpital, j'ai bon ?

C'est validé. Et comment tu as réagi quand Macron t'as conseillé de "chevaucher le tigre" ?
En tout cas, j'étais très surpris de découvrir que notre ministre de la Culture découvrait en même temps que nous les recommandations du président.

Dans ton album, tu as ce morceau, Manipulez-nous mieux. Et toi, si tu étais politique, comment tu bourrerais le mou des Français alors ?
Si j'étais le gouvernement, je ferais au moins semblant d'être désolé pour les trois mois qui viennent de passer, qui ont été d'une nullité qui frôle le scientifique. Pour être aussi nul, je comprends qu'il faille faire des études. En présentant des excuses, ils feraient apparaître un truc tout nouveau chez eux : l'humilité. 

Tu tapes aussi sur la police dans CRS je suis con. Tu ne trouves pas qu'on est vraiment trop méchants de vouloir leur enlever la technique de l'étranglement ?
En tout cas, il a fallu en arriver là pour qu'ils disent non au gouvernement. Je pourrais jouer dans leurs manifs, je leur ferais un programme spécial. Un spectacle pour qu'ils comprennent que la République, dont ils estiment être les derniers remparts n'est plus qu'une coquille vide. Alors que la  République, ils sont en train de taper dessus. J'ai un copain CRS, parent d'élève, dont les gosses sont potes avec mes neveux. On a de grosses discussions. J'ai fini par lui dire : "Finalement, les CRS c'est comme les arabes, ils sont pas tous comme ça. On retient que le pourcentage de connards."

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Sur Showbiz et politique, tu compares ces deux mondes moribonds. Qu'est-ce que tu penses des candidatures possibles de Hanouna, Afida Turner et Jean-Marie Bigard à la présidentielle ?
Tout ça c'est de l'exposition de produits marketing. Quand Patrice Laffont, qui animait des Chiffres et des Lettres ou Julien Courbet se mettent au théâtre, ce n'est pas pour faire une belle pièce, c'est pour remplir les salles. Remporter un scrutin, c'est pas beaucoup plus compliqué. C'est le passage à la télé qui le permet, tant que la télé a encore du pouvoir. Et si elle en a encore, c'est à cause des vieux, qui sont malheureusement, malgré le Covid, encore majoritaires dans notre pays. La canicule va s'occuper de tout ça.

Tu en places une contre le téléthon aussi. Depuis l'arrivée du Covid, le charity business a tourné à plein régime, ça a dû te filer un ulcère.
Quand on signe un chèque devant des caméras, qui que ce soit, ça a le don de m'exaspérer. Le gars s'achète de la com', c'est de la pub. 

J'imagine donc que tu n'as pas participé à la tombola de Stars solidaires pour gagner un burger avec Vianney.
Ils avaient pas des cadeaux qui font plaisir ?

Marion Cotillard a offert un dossier de chaise, sinon.
Bah écoute, si ça peut lui éviter d'aller à la déchèterie. J'espère ne jamais en arriver au point où je devrais faire croire au gens que mes paires de chaussettes ont plus de valeurs que celles de n'importe qui. C'est un combat quotidien.

 

 

Alors qu'on était inondé de lives confinés, toi, tu n'as fait qu'un seul live sur Facebook, où tu brûles un masque. Tu es le Gainsbourg du Covid ? 
Faut bien occuper la place, il est mort depuis vingt ans quand même.

Comme lui, tu aimes choquer. Comme tu le chantes dans  Arrête un peu ta parano, est-ce qu'on t'accuse d'être complotiste ?
Oui. Aujourd'hui, si tu défends l'idée que l'humain a le droit de vivre tu es populiste. Et si tu suspectes le gouvernement de faire passer ses intérêts avant les nôtres tu es complotiste. 

Il y a des commentaires dans ce sens sous ta vidéo où tu expliques la crise du Covid aux enfants déguisé en clown. Tu parles du "produit  dont le nom finit en quine".
J'ai fait ça avec les jouets moches de mes neveux. Oui, je pense qu'un éminent professeur marseillais sait ce qu'il fait. Mais sinon, sous mes vidéos, ce sont les gens premier degré qui gueulent. Les autres passent à la vidéo suivante et tout va bien.

Sinon, on te parle rarement de musique. Sur ce dernier album, tu a choisi le punk et le reggae. Pourquoi ?
C'est de la musique facile à faire et c'est de la musique qui m'a été rapidement intellectuellement accessible quand j'étais plus jeune. Le premier groupe de musique "rigolote" et alternative que j'ai écouté, c'était les Killer Ethyl, un groupe de Lille.

Quand tu as commencé la musique, tu t'es tout de suite mis à mettre de l'humour dedans où tu te la pétais grave avec ta gratte ?
Quand t'as pas le physique et que tu n'es pas spécialement bosseur, quand tu as une guitare entre les mains pour choper des meufs, t'essayes des les faire rire. 

Sur Clique, j'avais vu que ton premier concert, c'était dans une soirée d'école de commerce. C'est une vraie anecdote ? 
C'était un après-midi en centre-ville, une animation commerciale en 2003. Je me suis remplacé moi-même. A l'époque on avait un groupe qui s'appelait La Discomobile, où on prenait les tubes du moment et on les maltraitait. Mais le batteur pouvait pas jouer parce qu'il était aussi prof d'aviron.  J'avais écris les premières chanson de Didier Super alors j'avais dit aux gamins que j'avais un répertoire un peu rigolo et que ça le ferait. Au bout de vingt minutes, le rockeur de l'école de commerce, le plus anarchiste de la classe, est venu me voir en me disant qu'il ne pouvait pas me laisser continuer. 

Et c'est quoi ton concert le plus improbable ?
Jouer dans un village kanak, sous un chapiteau, devant un public moitié blanc, moitié kanak. L'année d'avant, j'avais fait une vidéo pour annoncer ma venue en Calédonie. Une vidéo à base de singes, de bananes et de colonisation. En une nuit de mise en ligne, j'avais des kilomètres de menaces de mort. Il a fallu éteindre le feu patiemment. Donc dans ce contexte, je marchais un peu sur des œufs. En backstage, y avait la Citroën Saxo de mon camarade qui était prête à démarrer. Mais je n'étais pas si stressé, peut-être par inconscience. Je me dis toujours que si c'est fait avec amour, il n'y a pas de raisons que ça se passe mal. Pendant le spectacle, je tapais sur les blancs et puis j'ai senti que les kanaks voulaient leur pichenette. Une fois qu'ils l'ont eu, l'ambiance s'est décontractée et j'ai fait une de mes meilleures représentations. 

Les menaces de mort, tu as  l'habitude, notamment avec les soraliens.
Effectivement, j'ai eu la dieudosphère sur le dos... Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Si Dieudonné veut se rapprocher de Serge Ayoub et de ses apôtres pour faire sa promo, c'est une chose, mais je demande à ne pas être acoquiné à ça. Ou au moins qu'on me demande mon avis. 

Et tu penses quoi de la nouvelle scène française, qui, elle, est encore moins provocante que le chien de Michel Drucker ?
Je suis presque pas au courant. Tu veux dire, tous ces groupes de gamins maigrichons avec des coupes à la Beatles ? Je suis content de savoir que ça existe si eux ils sont contents d'exister. Ce qui est rare dans les groupes produits. Au bout de trois semaines, ils se rendent compte que c'est un métier et que c'est fatiguant de faire de la scène. Mais sinon ça m'indiffère complètement. Les Inrocks ont la tendance à mettre en avant une production musicale dont la carrière ne dépasse pas les six mois. Donc, des amateurs.  

Toi qui es sorti de l'enfer des gros labels, tu as des conseils pour les artistes piégés ? Comment on échappe au grand méchant loup une fois qu'il a posé les griffes sur vous ?
J'entends parler de contrats où il y aurait des exigences de rendement, où l'artiste devrait produire tant d'albums par an. Que ce soit le cas ou pas, il faut leur proposer des albums invendables. Pour me barrer de chez V2, qui est devenu une sous-marqué d'Universal, j'ai proposé l'album de reprises qui s'appelle La merde des autres. Ils ont eu l'intelligence de ne pas signer cet album est de me rendre mon contrat. Pas de bol pour eux, on l'a sorti quand même et il a pas trop mal marché. Mais sinon, t'enregistres le bruit de tes chiottes pendant une demi-heure en faisant semblant que c'est une œuvre d'art et tu vois ce qui se passe. C'est pas compliqué. Et pour ceux qui rêvent de signer en maisons de disques, dites-vous bien une chose : si un producteur vient te voir c'est exactement la preuve que tu pourrais te démerder sans lui. C'est juste le signe.

Une de mes vidéos préférées de l'internet, c'est ton passage à France Ô. A un moment le présentateur te demande : "Pourquoi vous n'avez pas continué à faire de la musique gratuitement ?" J'imagine que ça fait toujours plaisir...
Le bonhomme était sur la défensive et au bout d'un moment il a commencé à devenir un petit peu dégueu. C'est vraiment qu'en sortant du studio de la plaine St Denis que j'ai réalisé qu'on m'avait invité juste parce que j'avais eu la bonne idée de mettre un copain malien à ma place sur la pochette de l'album. Quand l'émission commence et que tu te rends compte que tu n'as rien à foutre là et que pendant toute l'heure tu te dis que quoi qu'il arrive tu vas devoir jouer le personnage pendant une heure, c'est un peu flippant mais un peu jouissif quand même. Il y avait une super chanteuse de soul et puis il y avait Didier.

Tu vas refaire de la scène, bientôt ? 
Tant qu'il faudra jouer devant un public masqué, je le ferai pas. Ça voudrait dire que je le fais juste pour le fric. Je préfère laisser ma place à mon sosie officiel, Gaëtan Lecroteux.

Mais pourtant, je crois que tu vas faire un festival...
Il y a dix jours, il y a le festival à Argol, en Bretagne, qui m'appelle pour me dire : "Nous, on annule pas." Alors, moi qui commençait à prendre goût à mon chômage, je suis perturbé. Ils me disent : "Rien à foutre, on continue." Donc j'y serai. On est dans une situation où on ne sait même plus si jouer en extérieur c'est interdit. C'est juste qu'une bande de politicards, que ce soient les municipalités ou les ministres, n'ont pas les couilles de l'autoriser. A un moment, on va forcer les choses et voir ce qu'il se passe.

D'ailleurs, tu as pensé quoi des débats sur les jeunes sans masques lors de  la Fête de la musique ?
On en est à un point où on se demande si le confinement était une bonne idée. Ça me paraît naturel qu'à l'heure d'un déconfinement approximatif on force un peu les choses. Même Pujadas se demande si, en tant que média, ils n'en auraient pas fait un petit peu trop. C'est donc logique. Ce virus, il a entamé le pronostic vital déjà mal barré de quelques vieux. J'espère qu'ils ont la lucidité de ne pas sortir ce soir-là. 

Les gens sont tendus comme la peau du visage de Catherine Deneuve. Tu aurais des conseils musicaux pour qu'on se détende ?
Des slows des années 80 ?

Sérieux ?
Non, j'en ai rien à foutre. La musique c'est tellement subjectif, c'est douze notes qui sont à vendre dans tous les sens depuis quelques décennies déjà. Bon... Je serai toujours fan de NOFX. Quand tu es en haut d'une descente de montagne en vélo pleine de cailloux et que tu mets du NOFX, tu vas plus vite.

Pour finir, il y a une question que je me suis toujours posé : combien de cols roulés moches tu as dans ta penderie ?
Oh la belle question de journaliste.

Oui, je suis le Elise Lucet du textile.
En tout cas, j'en ai toujours un dans mon sac. Et ça c'est vrai. Au cas où il y aurait une situation qui mérite l'intervention de Didier. Je l'ai toujours dans mon sac à main.

Comme Clark Kent et son moule-burnes ?
Ouais mais en vrai, même quand je trouve une situation rigolote pour Didier, j'ai la flemme de le sortir.

Ah ouais, tu es un super-héros glandeur, quoi...
Ouais, c'est comme si Superman voyait des nanas se faire braquer et qu'il se disait "Bof, elles sont pas terribles, je m'en fous."