Dans le clip de Call My Phone Thinking I'm Doing Nothing Better, on te voit passer des appels sur un vieux Nokia. Tu ne serais pas nostalgique du début des années 2000 ?
Je ne suis pas un nostalgique, surtout dans ma musique. J'essaye de toujours aller de l'avant. Mais ce téléphone a traîné dans mon studio depuis des années. Je me souviens quand je l'ai acheté et je me souviens à quel point il m'a rendu heureux. Il y a un an, j'essayais de retourner au boulot et je me disais qu'il y allait y avoir plein de collaborations et qu'il fallait une vidéo avec tous ces gens. Et je me suis dit que cette relique serait le fil rouge. Mais je vais être honnête, il ne marche plus. En plus, la vidéo est filmée avec un iPhone donc c'est un peu comme si je le trompais, mais bon...

En parlant de téléphone, sur Conspiracy Theory Freestyle, tu as cette punchline : "You know the truth like your phone know the time" ("Tu connais la vérité comme ton téléphone connaît le temps")...
Je ne suis pas conspirationniste parce que je pense que les machinations bien huilées sont bien plus improbables que le chaos. Le monde, c'est le bordel. Et les gens sont bien plus incompétents que ce que pensent les conspis. Mais ceci étant dit, j'adore ça. C'est comme de la science-fiction pour moi. La façon dont certains mecs relient des faits qui n'ont rien à voir.... C'est de la littérature pour moi, franchement.

C'est quoi ta théorie du complot préférée ? Les Illuminati ? Les reptiliens ? La Terre plate ?
Ce n'est pas tout à fait une théorie du complot mais l'idée que les dinosaures n'ont pas eu le temps d'évoluer à cause de la fameuse météorite et d'imaginer ce qu'ils auraient pu devenir, ça me fascine. Et l'idée que nous vivions dans une grande simulation aussi. Mais ça c'est plus quelque chose qui me rassurerait. En fait, je pense que toutes ces théories sont divertissantes et que les gens veulent y croire parce qu'ils ont un besoin impérieux d'être divertis. 

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Depuis que tu as fait une pause dans ta carrière, le grime est devenu un phénomène global et Skepta a traîné avec Drake. Tu la vois comment cette reconnaissance ?
L'autre jour, j'ai entendu Fredo, qui est le plus gros rappeur du Royaume-Uni en ce moment, qui disait en interview : "Fuck America !" Avec le succès de la drill aussi, les anglais concurrencent les américains. Plus jeune, je rêvais de ce succès du hip hop anglais mais surtout de rappeurs qui parlent honnêtement de leur vie. Ça a été incroyable de voir que ça s'est réalisé.

Tu penses quoi du fait que Scotland Yard colle au cul des drilleurs ?
Je n'ai pas de réponse radicale sur cette question. Mais je ne pense vraiment pas que cette scène cause la criminalité, ce dont on l'accuse finalement. C'est comme accuser les jeux vidéo ou Marilyn Manson après une fusillade dans une école. Et je trouve ça cool que des mecs qui n'auraient jamais pu vivre de la musique avant puissent le faire. Ça les sort des gangs, même si cette musique utilise les codes des gangs. La  violence, elle vient surtout du contexte écononomique je trouve. 

A contre-courant de cette tendance hardcore, on sent que les clubs t'ont inspiré sur cet album, plus que sur tous les autres.
C'est sûr. J'ai beaucoup mixé ces huit dernières années donc je sais vraiment ce que j'aime et ce que je déteste. Et puis ça m'a donné l'amour des basses et une meilleure connaissance technique de comment composer une ligne de basse qui fait bouger les gens. Je n'aurais pas pu le comprendre sans être passé derrière les platines, à envoyer des gros subs. 

Sur I Wish You Love You As Much As You Loved Him, tu tentes même de t'approprier 2-step garage, cette dance music si typiquement anglaise. Pourquoi ?
Le 2-step fait partie du patrimoine national ! Donae'o est une grosse pointure ici, une figure du son funky arrivé un peu après le grime. Il a cette chanson incroyable, Devil in a blue dress, que j'écoutais beaucoup et que je passais dans mes sets. Donc j'ai voulu faire un morceau similaire mais à ma sauce. Et j'ai eu du bol qu'il dise oui pour poser dessus, c'était un peu comme rêve pour moi. J'aimerais faire un documentaire sur lui, c'est dire à quel point je l'apprécie !

Tu as aussi fait un titre avec Chris Lorenzo, le DJ parrain du mouvement house & bass. Un style pas très connu par ici.
J'adore ce gars, avec qui j'ai mixé plusieurs fois. Ses productions, c'est de la tuerie. C'est si simple mais si puissant. Un peu comme les Daft Punk, dont je suis tombé amoureux quand j'étais jeune. Donc je lui ai demandé de m'envoyer des beats et parmi eux, il y avait l'embryon de Take Me As I Am. Je me suis tout de suite dit que c'était un banger. On a enregistré le morceau et il l'a passé lors de l'un de ses sets et ça a foutu le feu au dancefloor. C'était la validation de notre taf.

 Et la connexion avec Tame Impala, elle s'est faite comment ? Parce que Kevin Parker est un gars très demandé.
C'est clair, mais j'ai eu de la chance. On s'était croisé l'été dernier. Pour cet album, je suis allé chercher plein de gens différents. Parfois je suis allé les stalker sur Instagram, parfois j'avais un beat en tête et je savais ce qu'ils pouvaient apporter. Dans le cas de Kevin, ça a été super rapide. Ce mec aujourd'hui est une idole, mais il est très simple. C'est un peu un accident dans sa vie, toute cette attention braquée sur lui. Son truc, c'est de faire de la musique sans cesse. Point.

Comment tu vas passer le reste de ton confinement ?
Faut que je fasse des choses sinon je vais devenir taré. Donc, là, je suis en train de préparer un clip qui sera tourné chez moi. On a ramené des fonds verts. Je pense qu'on verra même mes toilettes.

Hâte de voir ton trône !
Hahaha, ils sont magnifiques, tu m'en diras des nouvelles.

 ++ None of Us Are Getting Out of This Life Alive de The Streets sortira le 10 juillet chez Island Records.