baduOn ne la présente plus : la patronne de la neo soul américaine a pourtant un sacré problème avec les moyens de communication. Depuis 1997, la chanteuse n’a de cesse d’explorer le thème de la communication téléphonique, greffé sur celui de l’amour. Sa dernière mixtape But You Cain’t Use My Phone, sortie il y a déjà cinq ans, est allée encore plus loin. Et si Erykah Badu était en réalité une fétichiste du cellulaire ?

En 2015, la chanteuse fait sensation en publiant un remix d'Hotline BlingCel U Lar Device, single phare de la mixtape qui marque son retour après 5 ans de silence. Le projet, qui reprend une phrase de sa célèbre chanson Tyrone, se veut une exploration de la communication téléphonique : inspirée par Drake et The Weeknd, elle confie avoir été « initiée à une nouvelle fréquence ». Initiation au fétichisme ?

À grands renforts de psychédélisme, de rythmes hip hop, d'arrières-plans trap et d'alanguissements typiques de la soul, la chanteuse introduit dans ses chansons pléthore de conversations téléphoniques, de bruits de répondeur has been, d'appels simulés et de sonneries de messagerie. Sa relation complexe avec la communication est ainsi mise en avant. Dans Phone Down, elle fait valoir ses talents de séductrice pour que son bello quitte son tél ; à l'inverse, dans What's Yo Phone Number, elle demande 450 fois le numéro d'une personne. Accompagnée de Drake dans U Use to Call Me, elle apprécie les appels ; à l'inverse, U Don't Have to Call souligne le caractère superfétatoire du téléphone, tandis que Mr Telephone Man, reprise d’un classique de la Motown, fait entendre son désespoir auprès d’un conseiller Orange au 39 00 : « Mr Telephone Man, there’s something wrong with my line ». La voix de Badu hante ces chansons aux paroles rivées sur des problèmes de réseau, de communication manquée et d’attente téléphonique. La politique de la mixtape est bien — voire trop — définie : dans Cel U Lar Device, elle feint de nous renvoyer sur son répondeur pendant 2 longues minutes peuplées de gags.

Ce qui pourrait n’être qu’un projet poncuel relève plutôt d'un fétichisme enraciné : Erykah Badu a un petit problème avec les téléphones. Tout cela remonte à son album live de 1997, dans lequel elle dévoile son nouveau single Tyrone, drolatique chanson de drame amoureux qu’elle clôt sur un joli : « I think you’d better call Tyrone, / But you can’t use my phone ». À force d’être spoliée par son copain, Erykah garde son cellulaire pour elle.

Aime-t-elle ou non les mobiles ? En 2003, elle simule déjà une fausse conversation au répondeur dans le dynamique Danger, un des singles de son album Worldwide Underground. En 2008, elle clôt son album sur l'élégie Telephone, dédiée à son ami regretté J-Dilla, dans laquelle elle fait du téléphone un moyen pour assurer l’après-vie de son pote. Son tropisme cellulaire est bien présent, et se présente comme un amour bien complexe, entre inconditionnelle attirance et ras-le-bol. Erykah Badu serait-elle une boomer fascinée par les téléphones ? Le débat est ouvert.