Partie 1 : Questions d'Olivier Laude, réponses de Dombrance 

Olivier Laude : Je pars en vacances pendant 10 jours à partir de lundi, j'ai besoin de quelqu'un pour garder ma chatte Zizi. Pourrais-tu me rendre ce service STP ?

image001Dombrance : Je viens d'avoir ma femme, la nounou et mes voisins (leur fille est gardée avec la nôtre, check pour les allergies) et ben c'est un grand oui. J'espère juste que tout va bien se passer. Ça serait dommage que notre si belle relation s'arrête pour une histoire de chatte (pour les fans de Jean-Marie Bigard).

Olivier Laude : J'ai joué cette chanson pour toi au synthé. En échange peux-tu me faire un dessin ? 

image002Dombrance : Non ce n'est pas un auto-portrait ! C'est mon père. Je lui ai tout piqué pour faire mon personnage. Il est super simple à croquer avec les lunettes et la moustache. Du coup quand ce projet sera fini, j'aurais plus qu'à raser la moustache et au hop ni vu ni connu (ça fera le bonheur de mon épouse et de ma fille).

Olivier Laude : Sans parler de ta moustache, tu as l'air d'avoir une connexion particulière avec l'Amérique Latine, comment se fait-ce ? 
Dombrance : Ma connexion avec l'Amérique Latine est plutôt récente. C'est grâce à mon frérot David Shaw et Charlotte du label HMS. Ils ont d'abord collaboré avec des artistes Mexicains (Mijo) puis on est allé jouer au Mexique avec DBFC. Je suis tombé amoureux. La nourriture, la scène musicale incroyable...la variété des villes et des clubs. J'y suis allé quatre fois en trois ans. Et puis il y a 3 mois je suis parti tourner tout seul en Colombie et au Mexique. J'ai découvert Medellin, Bogota...un club incroyable qui s'appelle Kaputt. Au Mexique je suis devenu ami avec le departamento, un club génial. Je suis resté deux semaines dans un appart au dessus de chez eux. Du coup j'ai envie de découvrir toute l'Amérique latine. Je me sens bien là-bas, je ne l'explique pas. Je ne parle pas un mot d'Espagnol...

Olivier Laude : Comment stockes-tu tout l'argent que tu gagnes avec Dombrance ?
Dombrance : Ecoute j'essaye d'être payé un maximum en cash que je mets au fur et à mesure dans un coffre fort dans mon studio. Doit bien y avoir un petit million en petite coupure. C'est Patrick Balkany qui m'a appris ça.

Olivier Laude : J'ai beau avoir déjà bossé pour pas mal de groupes, j'ai toujours beaucoup de mal à saisir tous les rouages du game de la musique, et je suis sûr que la personne qui lit cet article aussi. Tu peux me faire un schéma ? (un truc pas trop compliqué, on est sur Brain...)

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Légendes :
Artiste : personne qui passe de "je suis le roi du monde" à "je suis une grosse merde" dans la même journée.
Manager: personne qui dit à l'artiste qu'il est le roi du monde mais qu'il serait temps de le payer. Il sert de tampon avec tous les autres intervenants. Il est payé quand l'artiste touche de l'argent. Rarement donc.
Label : Ceux qui s'occupe du disque (Produire l'album, faire des clips, la promo etc...) Les plus touchés par la crise du disque. Du coup certains sont également éditeur et tourneur pour récupérer des sioux.
Editeur : Celui qui s'occupe des droits d'auteur. La sacem est sa meilleure amie. Les autres intervenants ne l'aiment pas trop car ils pensent qu'il récupère le plus d'argent sans rien faire. Mon éditeur Echo Orange en est le contre-exemple parfait.
Distributeur : Celui qui s'occupe de mettre les disques en magasin (plus trop de taf) et sur les plateformes digitales ("sorry ton titre n'est pas très "playlist friendly" le nouveau "sorry ton morceau n'est pas très "radio friendly")
Radio: les rois du pétrole il y a un 20 ans. Font de moins en moins le poids face à Spotify.
Synchro : Placer une musique sur une pub/film. Un des seuls moyens de se faire un peu d'argent. Tout le monde aimerait bien en faire mais encore faut-il que la musique accompagne la campagne d'un pot de yaourt. Boudée par les artistes déjà riches (ex: Daft Punk).
Tourneur : trouve des dates de concert et les organise. Il y a 20 ans, les maisons de disque gagnaient beaucoup d'argent et donnaient un coup de main au tourneur pour développer l'artiste. Aujourd'hui les tourneurs gagnent beaucoup d'argent (hors covid) et donne un coup de main aux maisons de disques qui n'en ont plus. Sort également des disques puisqu'il n'y plus de labels et qu'il reste toujours des artistes qui défoncent en live et qui vendront des disques à la sortie des concerts.
Graphiste : travaille un peu pour tout le monde mais ne sait jamais qui doit le payer et pourquoi. Sous-payé comme l'artiste (tu comprends, ça va te faire connaitre) Développe un rapport privilégié avec l'artiste qui aimerait bien le payer un million de dollars pour son travail formidable. Attention toutes les combinaisons sont possibles. Tu peux avoir par ex un artiste producteur graphiste etc...

Olivier Laude : Quand tu en auras marre des personnalités politique, à quoi t'attaqueras-tu ?
Dombrance :
Et bien écoute j'ai bien envie d'exploiter le concept. J'ai déjà commencer à faire les villes (Tulum) et comme je t'en ai parlé j'aimerais bien faire les animaux. Construire un morceau en utilisant le son d'un animal. C'est un projet que j'aimerais monter avec le Musée des Nations Unies. Demander à des artistes électro de tous les pays de faire un morceau avec l'animal de son choix. Ça vient également d'une envie de m'engager artistiquement sur des projets non lucratifs mais au service d'une nouvelle vision et de nouvelles formes d'actions. Sinon mon rêve c'est de faire un film musical comme Phantom Of The Paradise ou The Wall mais là je m'emballe. Je vais surement finir par faire de la musique de pub pour nourrir ton chat (vu que tu ne reviendras jamais des Bahamas).

Partie 2 : Questions de Dombrance, réponses d'Olivier Laude

Dombrance : Olivier, si tu avais un budget illimité pour la création et la diffusion de l’œuvre de ton choix, tu ferais quoi ?
Olivier Laude
: J'appellerais quelqu'un de meilleur que moi pour faire le boulot, et je demanderais à des influenceurs de faire des posts sponsorisés sur Instagram pour promouvoir l'oeuvre.

Dombrance : On s’est rencontré quand tu es devenu Papa. Est ce que ta façon de travailler a changé depuis ? Est ce que ça a une influence dans ton inspiration ? Est ce que ta fille commence déjà à passer son temps à dessiner Castaner ou Mélenchon ?
Olivier Laude  : Ca n'a pas changé grand-chose, à part que j'ai forcément un peu plus de pression niveau thunes, et encore... Avant, j'avais parfois du mal à travailler à cause de mes (trop) nombreuses sorties (beaucoup trop) arrosées, maintenant, j'ai toujours du mal à travailler, mais juste parce que ma fille s'est réveillée en pleine nuit, que la crèche est fermée à cause du covid, que ma belle-mère est à côté dans le salon, etc... Et que j'ai envie de passer du temps avec ma fille plus qu'avec ma tablette graphique. Ma fille ne dessine encore aucun homme politique, par contre elle connaît déjà toutes les paroles de Poutou par coeur (à part "Philippe").

Dombrance : Je pars du principe qu’on fait tous un peu de la merde et qu’on devrait déjà se regarder dans la glace histoire que le monde d’après soit meilleur que celui d’hier. Que voudrait tu changer chez toi ou dans tes habitudes ?
Olivier Laude : Je voudrais arrêter de manger de la viande, arrêter de m'acheter des fringues fabriquées en Chine, bannir le packaging, interdire le reggae et arrêter de saouler tout le monde avec Depeche Mode. 

Dombrance : Tu as l’opportunité de travailler la pochette de l’artiste/groupe de ton choix (un vieux et un contemporain ) Qui choisis tu ? Pourquoi et surtout tu ferais quoi ?
Olivier Laude : Loin de moi l'idée de saouler tout le monde avec Depeche Mode, mais sans hésiter, Depeche Mode. C'est vraiment un groupe qui a souffert de son image, surtout au début de sa carrière. Je suis persuadé qu'avec des visuels -et des looks- plus sérieux, ils auraient été respectés beaucoup plus tôt. Je pense que j'aurais fait des trucs du genre :

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Mais après tout ça aurait aussi bien pu donner ça : 

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ou ça 

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mais il est vraiment probable que j'aurais fait de la merde, genre ça : 

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Dombrance : Et enfin que vont dire nos filles dans quelques années ? Quand elles auront conscience de nos conneries? Si tu mets la tienne au dessin et la mienne au synthé modulaire feront elle jean Sarkozy ? (President en 2040)
 
Olivier Laude : Nos filles seront nostalgiques de cette période où on faisait des conneries avec des politiciens, puisque j'espère qu'on aura fait bien plus inassumable entre temps. Et il est hors de question que ma fille s'oriente vers une carrière artistique, elle fera de la gestion de patrimoine comme tout le monde.

++ Poutou de Dombrance est sorti le 26 juin, à streamer ici