Jin est immigré chinois, sans papiers, à Paris depuis cinq ans. Son quotidien est rythmé par les courses de VTC au profit de la mafia chinoise, le remboursement de dettes, les appels Skype avec sa mère restée en Chine, lui disant de ne pas plaisanter avec « ces gens-là » et parfois, une pause le temps de composer un son sur un ordi pourri de cyber-café. Quelques années avant la galère, Jin faisait vibrer les nuits pékinoises en tant que DJ. Ça tombe bien, un soir une jeune femme qui travaille de nuit elle aussi monte dans son taxi. Elle s’appelle Naomi, strip-teaseuse et call-girl, qui n’hésite pas à lui sortir « Tu sais que t’es le seul chauffeur dans tout Paris à passer cette musique ? ». Il sait, c’est lui qui l’a composé.

Bon, on vous fait pas mariner, ce n’est évidemment pas Guang Huo, qui campe avec justesse ce chinois paumé dans une capitale envahissante, qui a fait la musique du film, mais Rone, dont le travail sur le film fut récompensé aux Festivals de St-Jean-De-Luz et de La Baule. Il faut dire que le labeur force le respect. Le musicien nous le disait il y a un mois, il a travaillé ses morceaux au fur et à mesure que Farucci lui envoyait les scènes du film une fois tournées. En résultent des sonorités électroniques parfois rêveuses, contrastant avec la situation peu reluisante du couple Jordana-Huo, parfois plus énergiques, la voiture de Jin nous entraînant au fin fond d’un Paris mortifère où tout doit se faire à la vitesse de l’éclair, patron mafieux et dettes obligent.

La musique de Rone porte véritablement le film et ses acteurs, dans les moments de doute, de joie, d’amertume ou de création. Elle se retrouve au cœur du métrage, transcendant presque les idées-même de diégèse/extra-diégèse qui finissent par ne faire qu’un et nous transporter dans un univers entre réalité et fiction, à l’intimisme parfois déroutant. Déroutant car ces discussions dans les VTC font maintenant presque partie intégrante de la vie dans les grandes villes, où l’uberisation gagne de plus en plus de terrain, au même titre que l’esclavage qui l’accompagne. La Nuit venue n’est en effet pas qu’une petite romance dans une voiture sur de l’électro, ce serait en effet un peu chiant, aussi bonne la musique soit-elle. Malgré une réalisation tout en onirisme, Farucci sait s’attaquer au drame social, en abordant le sort des sans-papiers en France contraints de travailler pour des mafias pour faire face à la précarité. Si dit comme ça, ça ne donne pas forcément très envie, la forme sait captiver. Bah oui, le crime organisé ça reste quand même le cadre parfait pour faire un film noir, noir comme la nuit. Paris gagné, Farucci nous livre aussi un thriller haletant, mais aussi stressant où l’on sent planer l’épée de Damoclès au-dessus de Jin, trépassant les interdits du milieu pour quelques instants avec Naomi.

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La Nuit venue c’est donc ce film, ce duo touchant porté par une musique envoutante, ces acteurs à fleur de peau, dont une Camélia Jordana d’un charme terrassant en femme brimée par la vie nocturne, ce film noir engagé, cette réalité dont on préfère ne pas parler. Frédéric Farucci n’est cependant pas de ceux qui se taisent. La preuve en est de ce podcast qu’il nous présente où est dépeint la vie de John, chauffeur de VTC venu du Nigéria, lui-même victime d’une mafia esclavagiste une fois arrivé en France. C’est passionnant et à écouter ci-dessous :

KoroFilms · « JOHN / JIN » ou quand LA NUIT VENUE rencontre la réalité...
 

Chez Brain on est plutôt cool, donc on vous propose de gagner des vinyles de la B.O. du film par Rone, à condition de répondre à la question suivante:  quel est le pire client à prendre à VTC la nuit entre le gabber cocaïné revenant de soirée techno qui gerbe sur la banquette, la bobo parisienne qui passe son temps à se plaindre au téléphone et l'homme d'affaires dédaigneux qui pense que "ils nous font chier avec leurs manifs à la con"? (Justifiez et développez).
Envoyez la réponse à [email protected] avec nom, prénom, et en objet La Nuit venue.

 ++La Nuit venue est sorti ce mercredi 15 juillet en salles.