Johnny Rotten l'atrabilaire chanteur des Sex Pistols, méprisait Russ Meyer, le réalisateur de Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! Meyer avait été recruté pour diriger Who Killed Bambi ?, un long-métrage à la gloire du groupe punk qui tomba finalement à l'eau, en partie à cause de l'hostilité de Rotten. Pour lui, Meyer n'était qu'un obsédé sénile. Nous racontons cet épisode croustillant de l'histoire du cinéma rock dans notre papier consacré à La grande Escroquerie du Rock 'n' Roll. En fait, sénile, Meyer ne l'était probablement pas mais obsédé, il l'était à coup sûr.

 

PUSSYCAT 2On ne plaisante pas avec Tura Satana !

Né en 1922, le réalisateur californien s'est fait un nom grâce à une série de films burlesques et, parfois, franchement drôles mettant en scène des héroïnes à fort tempérament et au physique spectaculaire, les vixens. Adulé par les amateurs de cinéma pimenté comme Quentin Tarantino, Robert Rodriguez ou les Cramps, Meyer a réalisé son film le plus emblématique en 1965 : Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! Tourné en noir et blanc glorieux, FPKK raconte la virée meurtrière de trois strip-teaseuses dans le désert californien. Menée par l'ultra-sauvage Varla (Tura Satana), les filles vont provoquer un déferlement de violence : meurtre, prise d'otage d'une mineure et affrontement avec une famille de rednecks dont le patriarche pervers est soupçonné de détenir du pognon.

 

The Cramps : Faster Pussycat extrait de leur album Smell Of Female (1983), qui fait référence au film de Russ Meyer

PUSSYCAT 3

Les deux bras droits de Tura Satana apprennent la vie à une mineure

Filmé à cent à l'heure, FPKK est porté par son cast vraiment dément et devenu culte (pour de vrai) d'où se détache la désormais légendaire Tura Satana, une femme comme on en croise rarement. Authentique stripper, Satana était une métisse philippino-nippo-celto-cherokee. Victime d'un viol collectif à même pas dix ans, elle se lance à corps perdu dans les arts martiaux. Les années passent. Satana traque ses violeurs, les retrouve et se venge. En parallèle, elle devient cheffe d'un gang de filles de Chicago, des terreurs qui font régulièrement le coup de poing. Ses parents essaient de la calmer en la mariant à treize ans mais l'affaire échoue au bout de quelques mois. Tura fugue à quinze ans et devient danseuse puis strip-teaseuse.

The Bostweeds : Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !

PUSSYCAT 4Haji et Tura Satana

Repérée par Elvis, elle fait craquer le Roi du Rock qui l'aurait, paraît-il, demandée en mariage, en vain. Arrivée à Hollywood, Satana pose aussi pour la série de nus en 3D que réalise le célèbre acteur Harold Lloyd (Marilyn Monroe est aussi de la partie). Cette vraie dure apporte son expérience des arts martiaux et des combats de rue à FPKK : elle règle les combats du film et assure elle-même ses cascades. Satana était aussi capable d'un humour démoniaque comme le prouvent certaines des réjouissantes répliques au vitriol de son personnage, qu'elle a écrites.

The Dustaphonics feat. Tura Satana : Burlesque Queen (2009)

PUSSYCAT 5Le gang et sa proie

Avec son bras droit, la sublime Rosie (Haji - une métisse anglo-pinoy), auteure elle aussi d'une partie de ses dialogues et sa troisième acolyte, la très blonde et lubrique Billie (Lori Williams), Varla/Satana va affronter une famille de culs-terreux conduite par un pépé impuissant et obsédé qui vit avec ses deux fils. Le benjamin est un culturiste demeuré qui est immédiatement pris pour cible par Lori alors que l'aîné semble être le seul élément « normal » de la famille. L'arrivée des trois bombes et de leur otage mineure surexcite le vieux pervers assis sur ses dollars... Le maniaque se met en tête de lutiner la gamine... Erreur, grave erreur !

Le film de Russ Meyer a aussi inspiré des groupes de metal comme Faster Pussycat (LA) : Bathroom Wall (1987) 

Haji dans une scène-clé de Motorpsycho de Russ Meyer (1965) 

Le sentiment général qui se dégage de FPKK est celui d'une liberté absolue. Liberté des personnages principaux et du réalisateur qui œuvre aux marges d'Hollywood et visite des territoires peu explorés à l'époque voire inconnus. Sauvage, violent, iconoclaste, primal et sensuel, le film de Russ Meyer s'avère aussi férocement drôle. En fait, on a rarement tourné de film plus rock and roll et on a peu vu de personnages féminins aussi irrésistibles au Cinéma que Satana et ses deux acolytes. Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! FPKK est une vraie gemme. Et peu importe qu'elle soit couverte de sang, de sueur et de poussière, cela la rend encore plus belle.

The Astro-Zombies de Ted V. Mikels feat. Tura Satana (1968)

Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! Le film complet !

Pour en savoir plus : Russ Meyer ou Trente Ans de Cinéma érotique à Hollywood de Jean-Pierre Jackson (éditions PAC)

LES AVEZ-VOUS TOUS LUS ?
Ami(e)s lectrices et lecteurs, ne manquez pas les autres numéros de notre belle série sur le rock and roll au cinéma ! Ils sont déjà en ligne : Le Lycée des Cancres (Ramones), La grande Escroquerie du Rock 'n' Roll (Sex Pistols), Quadrophenia (The Who), Gimme Shelter (The Rolling Stones), Les Runaways (The Runaways/Joan Jett), Phantom Of The Paradise (Paul Williams) , Graine de Violence (Bill Haley), Dogtown and Z-boys/Les Seigneurs de Dogtown (Skate à LA), The Decline of Western Civilization (punk et metal à LA), Les Seigneurs (bandes de NY au début des 60s).