Dites-donc, c'est moi ou dans le clip de Le Hublot il y a un hommage à Jacques Chirac ?
Manu : Oui, un clin d'oeil plutôt.
Léo : Pour nous, cette photo de Chirac dont tu parles représente bien la branlette. Un état d'esprit léger. Cette image, c'était le point de départ pour retranscrire ce mode de vie en totale détente en farniente qui nous plaît. En plus, ils porte des espadrilles. Et comme on est du Sud-Ouest tous les deux, ça nous touche. 

Donc pour vous Chirac, c'est le summum du cool ?
Léo : Non, mais du je-m'en-foutisme. 
Manu : Du je-m'en-foutisme calculé. Il y a une autre photo célèbre où il monte dans un hélico en fumant une clope, quand il était jeune et qu'il ressemblait à OSS 117. On a hésité, mais celle de l'avion était top. 
Léo : On a tourné dans la carcasse d'avion du Ground Control, qui sert souvent pour des soirées ou des DJ sets. 

Quoi ?! Vous n'avez pas votre propre jet privé ?
Léo : Si, on en a un mais il est en réparation, on a crevé. 

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Ralala, la tuile. Sinon, dans Le Hublot vous comparez l'amour à un voyage en avion. Filons un peu la métaphore... Vous préférez les vols long courrier ou les charters express ?
Léo : Le vol long courrier. Le repas est meilleur, on n'a pas un petit cracker pourri. On est bien installé. Tu es chouchouté.
Manu : Tu regardes des films et tout. Mais la fin du voyage peut être longuette. 
Léo : Les histoires courtes ne sont pas très intéressantes par définition. Si elles sont courtes, c'est qu'il y avait un petit souci.
Manu : C'est vrai, je te suis là-dessus. 

Mais est-ce que vous vous êtes déjà retrouvés dans un vol tellement ennuyeux que vous aviez besoin d'alcool pour que ça passe plus vite ?
Manu : Ouais ! L'alcool est un vrai sujet, qui peut jouer dans les relations longue durée. Mais ta question me rappelle un vol pour Los Angeles où je suis allé la nuit voir les hôtesses qui papotaient pour leur demander du vin. Elle m'ont sorti un truc qui ressemblait aux packs de lait. J'ai eu le droit à un seul verre gratuit. Devant moi, une femme qui avait un style latino...
Léo : Ça veut dire quoi ? Elle avait un burritos et un tacos dans les mains ?
Manu : Non, une douzaine de mignonnettes de rhum vides. Elle avait tout sifflé, c'était incroyable.

Et quand on traverse une zone de turbulences ? Vous avez des conseils pour nos lecteurs qui ne sont vraiment pas très doués (source : IFOP) ?
Léo : Il faut se tenir la main. 
Manu :  Si t'as peur, c'est double peine. Tu te manges la turbulence et tu es anxieux.
Léo : Du coup tu prends des mauvaises décisions et la communication est désastreuse. 

Vous pensez qu'il y a des musiques qui aident à calmer des disputes ? C'est pour un ami...
Manu : Je n'ai pas beaucoup de disputes mais je dirais le jazz. Un bon be-bop des années 55-58. Un truc qui sent la cave new-yorkaise. Pas un truc d'aujourd'hui où il y'a trop d'émotions, de mélo. 
Léo : Moi, pour se rabibocher, je dirais un bon Michel Berger. Une chanson française qui va vous faire dire : "Aller, on a fait les cons tous les deux".

Est-ce que l'important ce n'est pas la destination mais le voyage en lui-même ? Oui c'est une phrase à la con de film américain, et alors ?
Manu : Oui, et c'est encore plus vrai dans la musique. Je kiffe le process, la composition, l'enregistrement, le mix, les retours. Mais dès que le morceau est sur les plateformes de streaming, c'est véridique, je l'écoute une fois et c'est tout. 
Léo : Par contre, dans la vie, c'est la destination, on est pas là pour l'avion. Et même, en vacances, je suis plutôt glandeur, j'ai bien avoir mon petit spot.
Manu : Moi je pourrais pas rester dans un resort  par exemple, j'aime bien savoir que le lendemain je vais bouger, que je serai ailleurs.

Oh mais vous n'avez pas l'air très compatibles sur ce coup. Vous êtes déjà partis en vacances ensemble ?
Manu : Non, mais on se fait des week-ends. 
Léo : On s'aime bien, je te jure. On habite deux immeubles mitoyens en plus.
Manu : C'est vrai, ma meuf est en train de nourrir le chat de la tienne en ce moment même.

Au fil de vos projets, vous développez un imaginaire autour de Toucanopolis, votre cité idéale. Elle ressemble à quoi ?
Léo : Une île grecque dans les Cyclades. Un peu difficile à atteindre. Il y fait toujours beau, une température idéale située entre 26 et 32°C.

Et cette belle nation, elle est capitaliste ? 
Léo : Le travail y est interdit. 
Manu : Le profit aussi. 
Léo : On s'occupe quoi. La sieste est obligatoire. De 14h à 18h. Cocktails à volonté, bien sûr.
Manu : Il y a des gars qui ont essayé de monter des business là-bas mais ça s'écroule vite.
Léo : Starbucks pousse pour s'implanter mais on est totalement contre. Toucanopolis, c'est surtout des vacances perpétuelles. 

Mais il y a un chef ?
Léo : Oui, nous ! 
Manu : C'est une République Autoritaire Relaxée. La démocratie, ça réveille la bataille des égos. Les gens, ils ont pas envie de prendre notre place, ils veulent rester peinards.

Et dans le groupe, il y a un tyran ?
Léo : Non.
Manu (fait une expression teintée de désaccord et de crainte) : Euh...
Léo : Bon, disons que de temps en temps, quand il faut pousser des petites gueulantes, j'endosse volontiers le rôle du méchant flic. 
Manu : Moi je fais le dos rond. 

Sur ce projet, vous avez enregistré avec Polocorp, moitié de Polo & Pan. Ça s'est fait comment ?
Manu : Ça fait un moment qu'on voulait bosser avec lui. On avait aussi pensé à Joseph Mount de Metronomy. Mais avec Polo, il y a un vrai partage de références, d'univers. On a enregistré et fait des arrangements pour Les eaux de Naples là-bas. 

C'est vrai qu'on sent que vous êtes des cousins, il y a ce mélange de pop, d'électro et de tropicalisme...
Léo : On est de la même génération, on a écouté les mêmes choses, on a la même influence des musiques latines. Et ce désir de faire une musique qui fait du bien. Joyeuse.
Manu : Qui sent un peu le sous-bois de la jungle. 

Pourtant, la musique actuelle est de plus en plus triste, comme l'a montré une étude. Ça fait quoi d'être les derniers à défendre la joie de vivre sur Terre ?
Léo : C'est pas grave. On est des optimistes.
Manu : Et en même temps, on ne fait pas du Carlos non plus. Il y a quand même de la saudade dans ce qu'on fait. C'est cette tension qu'on aime dans la bossa par exemple.

Et vos influences, c'est qui, c'est quoi ?
Manu : Voulzy.
Léo : Berger, Balavoine. Même Gainsbourg, pas directement, mais on l'admire. La French Touch, forcément : Daft Punk, Phoenix, Air.

Votre côté latin, ça vient d'où ?
Manu :
Ça a été la bonne surprise de découvrir qu'on avait ça en commun en bossant ensemble. On aime la bossa, la cumbia...
Léo : On a une passion pour les percus, les congas... Tout ce qui amène de la chaleur. C'est pour ça qu'on aime autant Seu Jorge que Connan Mockasin, Mac Demarco. J'ai beaucoup écouté de R'n'B américain. Michael Jackson, Justin Timberlake, Mario. J'écoute toujours Let Me Love You. Quand j'avais 16 ans, j'étais fan de Scott Storch, qui a bossé sur Dre 2001. Tous les gros tubes hip-hop que j'aimais, j'allais dans les crédits et je découvrais que c'était de lui.

Ça c'est la musique qui vous fait du bien, mais parlons de celle qui vous fait du mal...
Léo : J'ai du mal avec tout ce qui est bourrin. La hardtek. Le hard rock où ça hurle. Et sinon, globalement, la musique urbaine moderne avec de l'autotune partout. J'adore l'autotune pourtant.

Tu aurais un exemple de morceau où l'autotune est bien utilisée ?
Léo : Oui, Woods de Bon Iver par exemple.
Manu : Ou Je t'aime encore sur le dernier album de Yelle.
Léo : Autant, parfois ça peut amener de l'émotion, autant parfois ça peut uniformiser les voix et donc en enlever.  

Et toi Manu, quelle musique te torture les esgourdes ?
Manu : J'ai un pote qui sort avec une autrichienne, du Tyrol, qui m'a ramené un vieux vinyle de yodle, avec un couple en habits traditionnels qui a le smile. C'est exceptionnel.
Léo : Et ça, ça te fait du mal ?
Manu : Oui mais du bien aussi.

C'est du BDSM, quoi.
Manu : Oui mais c'est fondamentalement positif comme musique. Même si je ne sais pas ce qu'ils racontent. Mais pour revenir au sujet précédent, on devrait se mettre à l'autotune.

Et au yodel.
Manu : Quand on sentira que c'est la pente descendante pour nous, on fera des expériences.
Léo : On se mettra au reggaeton, mamacita !

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Avant cette hypothétique reconversion en Luis Fonsi hexagonaux, vous voyez comment votre futur proche, dans ce contexte pas vraiment simple ?
Manu : On va prendre le temps de mettre au point un live bien fat, en attendant que la machine reparte. 
Léo : On bosse sur un nouveau projet, un album.

Je peux avoir un scoop ?
Léo : On aimerait bien faire des feat, on ne l'a jamais fait. 

C'est quoi votre feat rêvé ? Personne vivante ou décédée, au choix.
Manu : Michael Jackson.
Léo : Metronomy ce serait ouf. 
Manu : Phoenix aussi. J'aimerais bien chanter avec Christine. 
Léo : Mac Demarco, ce serait dingue. 
Manu : C'est réaliste. Enfin, ça dépend si le label bosse bien. Là ils sont à côté à se branler la nouille. Oui je dénonce, j'en ai rien à foutre ! 

C'est alors que nos deux amis partirent dans une aventure psychédélique qui repoussa les portes de la perception en participant à notre jeu "Coucou, tu veux voir mon beat ?". Ils composèrent un morceau qui leur vaudra sûrement de gagner l'Eurovision, un Grammy et peut-être un procès de la part d'une personnes moustachue. Mais ça, c'est une autre histoire que nous vous raconterons prochainement. En attendant, on vous laisse avec ce magnifique disque de yodle.
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