J'ai cru comprendre que Relic était inspiré d'une histoire personnelle : celle qui te lie à ta grand-mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. 
Natalie Erika-James : C'est tout à fait ça ! Ma grand-mère vivait au Japon et avait cette maladie depuis un certain temps. En 2014, lorsque je suis allée la voir, c'était la première fois qu'elle ne me reconnaissait pas. Ça m’a vraiment affecté, je me suis sentie coupable de ne pas y être allée plus tôt. Pour tout dire, j’ai même hésité à y retourner par la suite tellement c’était difficile de la voir ainsi. D’ailleurs, ça a complétement changé ma relation avec elle. La réalisation de Relic a donc été une sorte de process pour moi, quelque chose qui m’a permis d’avancer dans la vie en quelque sorte.

Il y a donc des points communs entre ta grand-mère et Edna, ce personnage qui perd son âme peu à peu, qui se désintègre en quelque sorte ?
Oui, il y a des connexions possibles. Mais il y a surtout une vraie différence : ma grand-mère a été plongée dans cet état là pendant dix ans, là où le personnage d’Edna bascule dans une sorte de folie en à peine une semaine, ce qui est très extrême. De mon côté, comme je le disais, j’ai simplement essayé de capter cette sensation que l’on ressent quand on voit un proche perdre peu à peu son rapport à la vie, se déconnecter de tout ce qui le constitue. 

La force du film, c’est de se dérouler autour d’un casting très resserré et en même temps multigénérationnel : une grand-mère, une mère, une fille.
Oui, c’était important pour moi, ça faisait écho avec ce que j’avais pu vivre. Dans un sens, la maladie de ma grand-mère m’a fait réfléchir à l’avenir. Je me suis mis à demander si cela allait arriver à ma mère, si ça allait m’arriver en vieillissant. On se dit que ça pourrait être génétique, que je pourrais moi aussi vieillir dans cet état, etc. Le fait de resserrer le film autour de trois personnages était donc un moyen pour moi de capter cette sensation, de mettre en avant cette problématique familiale, ce qui aurait perdu en intérêt si j’avais intégré des personnages extérieurs dans le récit. Enfin, on ne va pas se mentir, l’idée était également de créer une sorte de claustrophobie, quelque chose que l’on ne peut atteindre qu’à travers un casting réduit et un tournage effectué au sein d’un même endroit. 

C’est vrai que la maison joue également un rôle très important dans le film. Comment tu as pensé au design de ce lieu ?
Là, il y a plusieurs choses. Un : on ne voulait pas créer un lieu qui soit trop éloigné de la réalité. Deux : au moment de penser à la maison avec mon collaborateur Steven Jones-Evans, on avait mis l’accent sur les zones invisibles, on souhaitait que des parties de la maison restent très sombres, mystérieuses, ce qui fait que l’on a impression d’être dans un endroit parfois terrifiant, d’autres fois impénétrable. Trois : je voulais que la maison serve également de métaphore à l’état dans lequel tombe Edna. À un moment donné, elle dit que « la maison est la seule chose qui reste », dans le sens où la maison est le témoignage de souvenirs qu’elle a fini par oublier à cause de sa maladie. C’est d’ailleurs pour ça que la maison part en flammes, c’est comme une métaphore de l’esprit d’Edna, sur le point de partir en lambeau.

Un sacré paquet de films d’horreurs se déroulent dans des maisons. Pourquoi ce lieu est si flippant, selon toi ?
Personnellement, je pense que c’est surtout lié à la possibilité de transformer un lieu familier, où l’on se sent bien, en un endroit incontrôlable, où tout nous prouve que l’on n’y est plus en sécurité. La maison permet également de mettre en scène une famille, et, inconsciemment, le spectateur se projette dans ce genre de scénario, il s’imagine vivre les mêmes traumatismes.

Relic 3De ton côté, qu’est-ce qui te fascine dans les films d’horreur ?
C’est une bonne question, j’avoue n’avoir jamais questionné ma propre passion pour ce genre de films. Je dirais que je suis intéressée par l’idée de questionner nos peurs et nos émotions primaires. Le film d’horreur permet de se pencher sur ces sujets, mais aussi de le faire avec un certain style, avec parfois des codes très forts à respecter. En tant que cinéaste, l’intérêt est de raconter des histoires qui nous passionnent : quoi de mieux, donc, que de s’intéresser à nos peurs, nos traumatismes personnels ? Tu sais, j’étais une enfant très craintive, les films d’horreur ont toujours représenté une forme de défi pour moi. Alors, je ne sais pas, peut-être que le fait d’en réaliser aujourd’hui est une manière de surmonter toutes ces peurs, de les transformer en une expérience cathartique.

Tu as des origines japonaises et je sais que tu es également fascinée par les films d’horreur asiatiques : qu’est-ce qui différencie ces derniers de ceux produits en Europe ou en Amérique ?
Aujourd’hui, je pense que les deux se ressemblent nettement plus que par le passé. Cela dit, je pense que ce qui m’intéressait, c’était la dimension spirituelle que l’on y retrouvait, cette faculté à se jouer de l’image du démon ou autre, quelque chose à même de terroriser illico toute une communauté. Et puis il y a une sorte de belle mélancolie dans les films d’horreurs japonais, en même temps qu’un aspect très psychologique, qui renforce ce sentiment de crainte en les regardant. Pour tout dire, je suis actuellement en train de travailler au développement d’un film d’horreur inspiré par cette culture au Japon.

5906291On en vient à une question primordiale : est-on nécessairement fou lorsqu’on réalise des films d’horreur ?
Tu sais, je pense qu’il faut être un peu fou pour vouloir devenir réalisatrice, donc… (rires)

Il y a des moments où tu avais toi-même peur lorsque tu arrivais sur le plateau ?
Non parce que j’ai la chance d’avoir constamment des gens autour de moi pendant le tournage (rires). En revanche, je pense que c'est plus difficile pour les acteurs, qui doivent constamment se plonger dans un état émotionnel très fort. Pour les aider, les jours où on tournait des scènes cruciales, je demandais d'ailleurs à ce qu'il n'y est aucun bruit sur le plateau afin de les aider à se connecter avec ce genre de sensations.

Plus sérieusement, c’est facile de trouver le budget nécessaire à la réalisation d’un tel film ? Surtout quand il s’agit de son premier long-métrage.
J’ai la chance de travailler avec une célèbre boite de production australienne qui m’a contacté et m’a demandé de réaliser ce film. Puis la société de production de Jake Gyllenhaal, Nine Stories, a rejoint l’aventure et a participé au développement de Relic, de même qu’une ou deux autres boîtes qui nous ont aidé au financement. Cela ne veut pas dire que tout a été simple à mettre en place, j’ai quand même mis quatre ans à développer ce projet, depuis son ébauche jusqu’à sa finalisation, mais le soutien de toutes ces personnes m’a permis de réaliser ce film dans les meilleures conditions.

Relic 2Tu as également eu l’opportunité de collaborer Brian Reitzell (
Friday Night Lights, Lost In Translation, Hannibal,) pour la partie sonore…
Oui, quelle chance incroyable ! J’aime tellement la façon non traditionnelle qu’il a d’aborder la musique. Cela a permis au film de s’éloigner au maximum des références trop évidentes aux films d’horreur, à tous ces sons très électroniques. Relic, à l’inverse, développe une ambiance sonore finalement très organique.

Pour en terminer avec Relic, un petit mot sur la fin, qui laisse clairement planer le doute…
Je trouvais ça intéressant de laisser l’interprétation au spectateur, de l’inciter à se questionner : est-ce que tout ce qui vient de se passer est enraciné dans la vie réelle ou est-ce qu’il y a une dimension surnaturelle qui plane ? Le corps d’Edna, dans la dernière scène, finalement plus proche de celui d’un alien que d’un humain, était pour moi un excellent moyen d’encourager le spectateur à se questionner sur ce qu’il pourrait advenir.

Rassure-moi, même si Relic est très bon et que la fin pourrait laisser supposer une suite, tu ne songes pas à en faire une saga à la Paranormal Activity ?
(Rires) Non, ce n’est pas l’idée. Mais bon, il ne faut jamais dire jamais, paraît-il (rires) ! Plus sérieusement, le film n’a pas été pensé ainsi. La fin laisse planer un certain flou, mais ce n’est pas dans le but de teaser une suite.

++ Relic sort dans les salles le 7 octobre.