Méchanceté française

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Fleuriste opportuniste, serveur désagréable, concierge colérique, boss méprisante, client lubrique... Le panel des interactions entre Emily et les parisiens nous a littéralement donné envie de prendre son retour pour Chicago. Le but de nos vies se résumerait aux clopes, au vin blanc, aux histoires de coucheries, à l’impolitesse et à l’hypocrisie. Et les américains nous voient vraiment comme ça. En retour et sans détour, les français de la série considèrent Emily comme une “plouc” d’américaine, inculte et “ringarde”. Mais la jeune femme sait comment balayer l’adversité d’un “c’est le vie” tout niais. Et elle pardonne à ces beaux diables, pour vivre sa meilleure vie d'expatriée qui dit merde au métro et aux clodos. Et dire que l'entièreté de l'intrigue repose sur ce préjugé pernicieux, qui fait passer la capitale pour un microcosme d’individus odieux. Drôle de façon de vendre du rêve. 

Barbie à Paris 

Capture d’écran 2020-10-07 à 23.34.28Sapes de luxe, chambre de bonne de 50m², voisin sexy, soirées petits fours et champagne... Disons-le, Emily se fout littéralement de notre gueule. D'abord, elle ne parle pas français. Et apparemment c’est un problème, ou plutôt un faux problème, puisqu'elle ne s’étonne jamais que tout le monde soit bilingue. Et c’est d’autant plus flagrant quand elle hashtague un mind the merde sur les trottoirs, ou qu’elle se retrouve à se rincer les cheveux dans le bidet à cause de l’état des canalisations de son immeuble bourgeois. Le vrai quotidien du parisien, lui, ressemble davantage à un bon métro-(frotteur-)boulot-dodo, dans ce qui se rapprocherait plus du placard de son T2 (qu’on évalue sensiblement autour des 2000€ par mois). On avait compris qu'on n'était pas devant un documentaire mais quand même.

Culture de la terrasseCapture d’écran 2020-10-08 à 14.23.02

À en croire les journées types de notre américaine à Paris, elle passe littéralement sa vie au bistrot : en plus de diagnostiquer un gros problème d’alcoolisme mondain, et même en imaginant qu'ils trouvent tous les jours un nouvel happy hour, nos protagonistes semblent parfaitement méconnaître les tracas de la vie de smicard. Hormis la fâcheuse tendance qu’ont les séries américaines à mettre en scène des personnages féminins au BDR qui se soignent à coup de verre de pinard XXL, l’anecdotique culture de la terrasse parisienne (avec une référence pompeuse au couple Sartre-Beauvoir au café de Flore) se pare encore une fois d’abjectes prétentions. À l'heure du plan zone écarlate, c'est un peu comme si Emily nous narguait, en nous montrant un Paris qu'on risque de ne pas revoir de si tôt. Et pour avoir écumé nombre de terrasse, vomis contre toute sorte de mur et trébuché sur moult pavés, on confirme que cette série nous fait détester ce Paris qu'aucun français ne connaît. Le Paris rêvé des touristes d'Instagram.