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Il fut un temps où notre paysage urbain était peuplé de cabines téléphoniques et de pissotières, un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Un temps que le photographe Marc Martin a décidé d’exhumer en retaçant l'histoire de ces joyaux particuliers de la France du passé, ces piscines d'urine, de foutre et de pulsions réprimées. Les Tasses: toilettes publiques, histoires privées, qui vient de recevoir le presigieux Prix de Sade - rendant hommage à notre marquis nymphomane favori -, met à l'honneur ces "taches" de l'histoire contemporaine, temples d'une vie sociale révolue, aussi riche que clandestine.

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Remplacés dès le premier septennat de Mitterrand par nos sanisettes gratuites à l’odeur tout aussi pestilentielle, les « tasses » ou « vespasiennes » étaient des urinoirs publics à destination de la population masculine. Dans son livre, le photographe retrace l’histoire de cet ancêtre des backrooms, « lieu d’aisance et de désordre » où les homosexuels se retrouvaient en toute clandestinité, alors que des forces de police spéciales faisaient régulièrement des rondes pour interpeler ces supposés voyous.

Au fil de photographies d'époques et de documents historiques, Marc Martin rend compte du désormais folklore d’une communauté réduite à la clandestinité : bien avant Grindr, Hornet ou la Possession, la sociabilité gay s’organisait entre ces murs sales, réceptacles de tags, graffitis et messages dissidents, théâtres de parties de jambes en l’air anonymes dissidentes. Parangon de la saleté urbaine — comme le décrit d’ailleurs Céline dans Mort à Crédit —, la vespasienne était donc un lieu du secret sur la voie publique : le photographe rappelle d’ailleurs que la Résistance a su en tirer profit, jouissant de son anonymat pour transmettre des messages et autres colis clandestins. Pour rappel, la dernière pissotière de Paris est située boulevard Arago, aux abords de la prison de la Santé.

edouard-boubat-pissotière++ Le livre de Marc Martin, Les Tasses: toilettes publiques, histoires privées, a récemment remporté le Prix Sade du Livre d’Art. Il est disponible dans toutes les bonnes librairies à 58 euros : 300 pages riches de documents historiques, de photos inédites et de témoignages. L'exposition du photographe, consacrée à la fabuleuse histoire des vespasiennes, est encore disponible : Covid oblige, vous pouvez la parcourir depuis chez vous ici avant qu'elle ne s'exporte chez nos amis ricains. 

(Photos : Marc Martin, Edouard Boubat).