Tout serait parti de la volonté d'Harvey Weinstein de surfer sur le succès d'Halloween et Vendredi 13. Il ébauche alors une histoire qui s'inspire de la légende urbaine du "Cropsey", sorte de croque-mitaine new yorkais qu'on accusait d'enlever les enfants, qui l'avait fait frémir autour d'un feu de camp lorsqu'il était gamin. Son tueur s'appellera donc Cropsy et attaquera des jeunes en colonies de vacances. Défiguré à cause d'une farce faite par des ados, il reviendra se venger, impitoyable. Jusqu'ici , on reste dans le schéma classique du serial killer qui punit la jeunesse de ses débordements. Car oui, le slasher est bien souvent l'histoire d'un Pascal le grand frère aux méthodes expéditives, égorgeant les minots qui baisent, boivent, se droguent, font la fête et se moquent des adultes. Et à la fin, il ne reste qu'une femme, blanche, symbole de l'innocence et de la pureté.

Alors oui, c'est un peu con, et il aurait pu être réjouissant que The Burning ne suive pas ces codes réacs. Mais il fait bien pire. Parmi les deux seuls personnages qui survivent, des hommes, l'un d'eux est un voyeur bien creepy. Mais ce n'est pas très important par rapport aux deux premiers meurtres du film. Cropsy commence par étrangler une travailleuse du sexe qui ne veut pas de lui puis enchaîne en plantant à coups de ciseaux Kelly, qui vient de se faire traiter d'allumeuse parce qu'elle n'a pas voulu passer à la vitesse supérieure avec son petit ami. C'est donc bien le consentement des femmes qu'on assassine. Quand on sait que pendant ce temps-là Harvey harcelait l'assistante de production Paula Wachowiak, la recevant nu dans sa chambre d'hôtel alors qu'ils devaient avoir une réunion de travail et lui réclamant en massage, on se dit que The Burning est un chef d'oeuvre de misogynie et le symbole de l'impunité de la domination masculine d'alors. Summum de l'ironie : c'est notamment le succès de ce film qui permettra aux Weinstein de monter Miramax et à Harvey de poser ses tentacules sur des dizaines de victimes. The Burning influencera en partie le Toxic Avenger de Lloyd Kaufman, où un concierge moqué par des lycéens devient un monstre justicier après être tombé dans un baril de déchets radioactifs. On vous conseille donc la parodie, qui est bien plus cool, pertinente et intelligente que l'original.