Avant de parler de l'album, j'ai envie de vous dire que je vous ai découverts en 2018 avec votre reprise de The Most Forgotten French Boy des Dogs, qui est accessoirement l'une de mes chansons préférées dans tout l'univers. 
Joseph Signoret (basse, clavier) : On avait enregistré des reprises et on avait hésité entre celle-là et une chanson de Johnny.
Louis de Marliave (guitare, chant) : L'idole des jeunes. On trouvait ça cool de faire une chanson en français. On a pas mal débattu pour savoir laquelle on allait choisir. Finalement, on a pris les Dogs. Maintenant, il nous reste à sortir le morceau de Johnny. 
Joseph : On l'avait enregistré en démo parce qu'on le jouait souvent en concert, à la fin, en rappel, jusqu'en 2018.

Mais vous avez une vraie passion pour Johnny ou c'était du second degré ?
Louis : 
Personnellement, j'aime beaucoup sa période avant Noir c'est noir. Sa phase hyper rock'n'roll. On reprenait aussi Elle est terrible, une version de Something Else d'Eddy Cochrane. J'ai eu une période yéyé, à un moment je n'écoutais presque que ça. 
Joseph : C'est lui qui la chantait en concert et ça lui allait vraiment bien, c'est un super crooner.

Et à part les Dogs, il y a des groupes français des années 80 qui vous ont inspirés ?
Joseph : Deux, principalement. Taxi Girl et Marquis de Sade, qu'on a découverts il n'y a pas longtemps.   
Louis : Et Starshooter aussi.
Joseph : Ma vie c'est du cinéma et Méfie-toi des avions. Et les deux compilations Des jeunes gens mödernes aussi. Mais mon copain bosse dans un resto où Mirwais a déjeuné avec Dominique Blanc-Francard (l'ingé son papa de Boom Bass de Cassius et de Sinclair, ndlr), avec qui on avait été en studio. Donc il a peut-être entendu parler de nous, ce qui serait génial. 

Votre nom qui fleure bon le monde de l'entreprise, ça représente quoi pour vous ? C'est ce que vous avez essayé de fuire à tout prix ? 
Louis :
Le but, c'était d'être l'entreprise du fun. Mais on avait conscience de ce côté crispant aussi. Esthétiquement, on a plutôt pensé à la Cogip, aux mecs avec des costards trop grands. L'entreprise de losers. 

Dans le clip de Start Up Nation, c'est presque un film de zombies, Romero qui rencontre les messages à caractère informatif. Est-ce que vous avez peur d'être contaminés ?
Joseph :
C'est intéressant, de voir ça comme un virus.
Louis : On a peur d'être contaminés, oui. Mais en fait on l'est déjà complétement. A cause d'Uber, entre autres...
Joseph : C'est dur d'y échapper.
Louis : Et c'est vrai que le personnage de la vidéo n'y échappe pas non plus.

Chez Keep Dancing Inc., qui est le happiness manager ?
Gabrielle Cresseaux aka Gaby (batteuse) : Notre manager, Hugo.
Joseph : Il est génial, on l'adore. 
Gaby : Il n'est pas humain. 
Joseph : Sans lui, on aurait peut-être pas survécu au départ de notre chanteur, Charles, l'année dernière. Il nous pousse, il est toujours bienveillant.
Louis : C'est vrai, mais il nous menace aussi. Avant un concert, il nous dit parfois : "Celui qui se rate, je lui mets une balayette."

Le fameux management par la peur, donc. Et ça marche ?
Louis :
Oh que oui.

Et qui est celui qui est le plus en retard au bureau ?
Louis :
Moi, je suis un retardataire maladif, mais je progresse.
Gaby : Tu progresses parce que tu montes en scooter derrière moi. 
Louis : Par contre, c'est Joseph le taulier.

J'allais y venir : qui est le PDG de Keep Dancing Inc. ?
Louis :
C'est une coopérative.
Gaby :
On a tous les trois notre point fort. 
Joseph :
Après le départ de Charles, on s'est dit qu'on ne voulait plus de leader.
Louis : De toute façon, cette position nous fait plus peur qu'elle nous fait envie. 
Gaby : Aucun de nous n'a le courage de porter seul le groupe. 

Vous êtes une entreprise communiste, c'est possible ça ?
Louis :
Oui, un kibboutz. Ou un kolkhoze.

Et qui sont vos actionnaires ?
Louis : Nos parents, clairement. Leurs dividendes, ce sont des places de concerts et des vinyles dédicacés.
Gaby : Et notre label, Un Plan Simple, bien sûr.

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Comme tu le mentionnais, vous avez connu une restructuration avec le départ de votre chanteur. Ça a été compliqué comme transition ? 
Gaby : Ça faisait déjà depuis 2019 qu'on travaillait tous les trois. 
Joseph : Ça a été un processus long. On s'est rapprochés tous les trois et on s'est éloignés de Charles progressivement...
Gaby : Parce qu'il tournait avec Blossoms. Ce qui fait qu'il y avait une dynamique plus forte à trois au moment de la composition des démos qu'à quatre.
Louis : Après il a fallu tout repenser pour le live, ça a demandé beaucoup de travail. Je ne chantais pas avant, je ne faisais que la guitare. 

Et au départ, à quel moment vous avez traversé la rue pour créer KDI ?
Louis :
J'ai rencontré Charles, l'ancien chanteur, à un concert de Palma Violets. Gabrielle était là aussi, parce qu'on jouait dans un groupe qui s'appelait Sparte. 
Joseph : Ils faisaient du stoner.
Louis : À la fin, on faisait du stoner disco.

Ouah, c'est un mélange hyper-prometteur, ça !
Louis :
Oui je pense encore que ce n'était pas une mauvaise idée. On a donc commencé le groupe avec un ami et un cousin. Finalement mon cousin s'est pété le bras et mon ami est devenu polytechnicien. Donc on a débuté à deux, en enregistrant dans la chambre de Charles, alors qu'on avait aucune compétence en la matière. En 2015, Joseph est arrivé et là on a pu enregistrer des vrais trucs. Quant à Gabrielle, on a toujours su qu'elle deviendrait notre batteuse. 
Gaby : J'ai eu mon bachelor. J'avais interdiction parentale de commencer avant d'avoir au moins une licence. Ça commençait à bien marcher pour eux en 2017 à Paris, alors que j'étais en Erasmus. Je me disais : "À mon retour il va falloir  que je montre que je suis motivée." Parce qu'ils auraient pu continuer avec leurs boîtes à rythmes. 

Votre nom est plus que jamais d'actualité. Continuer à faire danser les gens, c'est votre mission impossible ?
Louis :
C'est vrai qu'on avait l'idée avec ce nom de dire qu'il ne faut pas baisser les bras. Mais vu le contexte, c'est nous qui devons faire danser les gens. J'espère qu'on pourra faire ça pour eux.

L'album s'appelle Embrace en plus, vous êtes des voyants ou quoi ?
Gaby :
Si on avait su... Mais en fait on a choisi le nom il y a un an. 
Louis : C'était pour signifier la nouvelle unité du groupe, comme la pochette. Mais c'est vrai que c'est d'autant plus pertinent aujourd'hui.

Vous êtes les chouchous du NME, qui dit de vous que vous êtes "les New Order s'ils recommençaient tout à zéro aujourd'hui". 
Louis :
C'est marrant parce qu'eux aussi sont un groupe qui a dû se reconstruire après la perte de l'un des membres.
Jospeh : On est flattés mais ce n'est pas forcément notre influence principale. Par contre, on a la même démarche : trouver le mélange parfait entre rock et électro. 

Bernard Sumner et Stephan Morris étaient assez déconneurs en studio. Ils ont notamment enregistré leurs pets pour apprendre à se servir des samplers. Vous aussi vous êtes relâchés à ce point là ?
Gaby :
Tout dépend. On se laisse aller quand on sait qu'il y a un peu de travail qui a été fait. 
Louis :
Après, on n'a jamais enregistré de pet.
Joseph :
Alors, moi, si. Il y avait un vieux sampler en studio, le micro était branché, j'avais envie et voilà.

C'est la marque des grands apparemment.
Louis :
Sur No Milkshakes in Hell, on a vraiment enregistré le bruit des pailles, sinon. C'était chez Five Guys, banane peanut butter. Je suis le premier joueur de milkshake de l'histoire.  

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La scène française, en ce moment, c'est disco et chemises à fleurs. Vous devez vous sentir décalés, non ?
Louis : On a l'impression d'être leurs cousins issus de germain. Au début du groupe, on a été un peu chemise à fleurs et palmiers.
Joseph : Oui, Charles et Louis disaient qu'ils faisaient du cold zouk.
Louis : Il n'y a eu que notre premier morceau en fait dans ce style. Le rythme et la guitare étaient un peu zouk mais c'était super badant. Mais à part ça, c'est vrai qu'on ne se sent pas affiliés à des groupes comme L'Impératrice. Ils font du pastiche des années 70, du space disco ou du cosmic disco. Nous, on a envie de pouvoir le faire tout en pouvant faire un truc à la Joy Division. On veut pouvoir jouer toute la musique qu'on aime, pour citer Johnny. 

Encore Johnny, décidément !
Louis :
Pardon. Sinon, ce sont plutôt les Beatles qui ont forgé mon ambition. Dès qu'ils s'emparaient d'un style, ils faisaient le meilleur morceau dans ce style. C'est ça le but.
Gaby : On est un groupe de musique. Pas rock ou électro. On devrait se présenter comme ça. L'Impératrice, ils sont un peu bloqués dans leur case. Ils ont leur recette. Oh, je pars en Maïté là...

Pour moi, le meilleur morceau de l'album, c'est Old Child. Vous vous sentez comme des vieux enfants ?
Joseph :
En vrai, oui. J'ai 25 ans, j'habite encore chez mes parents.
Louis : Pareil, sauf que j'ai 24. Il n'y a que Gaby qui a quitté le nid.
Gaby : Je ne l'ai pas quitté, j'ai été expulsé, ce qui est très différent. Mais les paroles parlent plutôt de relations amoureuses. 
Joseph : C'est marrant que tu dises que c'est ton préféré alors que c'est l'un de ceux qu'on aimait le moins au début. On entend tous les défauts. Mais tu n'es pas le seul à nous dire ça.
Gaby : En live, on l'a amélioré et maintenant on l'aime de plus en plus.

Il paraît que vous bossez déjà sur la suite.
Louis : Oui, de fait, on va devenir des  musiciens de studio, on n'a pas le choix. 
Gaby : Il y aura tellement de morceaux différents  Mais on va garder une cohérence dans le son comme sur Embrace.
Louis : Il y aura un morceau un peu shoegaze. De l'indie pop. Un titre qui mélange 2-step et Joy Division. 

Trop cool. Et vous pensez à des collaborations ?
Joseph : On a fait un featuring avec Night Works sur Moving On et ça s'est super bien passé. Alors oui !

Ce serait quoi votre featuring de rêve (personnes décédées incluses) ?
En chœur :
Grimes !!!
Louis : Dominique Laboubée.
Gaby : Une rappeuse ce serait super. Princesse Nokia ce serait incroyable. Elle a une force... T'as pas envie de t'embrouiller avec elle.
Joseph : Moi, ce serait Johnny Pierce de The Drums.

Ok, on va faire passer le message. C'est grave si Grimes vient avec Elon Musk ?
Joseph : Pitié, pas ça, je déteste ce mec.

++ Crédits photos : Camille Poitevin
++ Embrace de Keep Dancing Inc. est sorti aujourd'hui et vous pouvez l'écouter sur Spotify ou Deezer mais vous pourriez aussi l'acheter, ce serait mérité.