9791032915516_v100 (1)A la recherche de la lumière, d’Oliver Stone, éd. L’Observatoire, 475 p., 23 €
Il y a la Vietnam bien sûr. Le divorce de ses parents avant cela. Sa double culture franco-américiane. Ses scénarios pour Midnight Express ou Scarface. Il y a la coke. Hollywood. Les rêves brisés. Avortés. Il y a De Palma, Pacino, Scorcese, Cruise, Wood, Caine. Il y a l’Amérique. Le monde. Il y a des élans conservateurs et des passions démocrates. Il y a la provocation et la construction. Les tripes et l’intellect. Il y a une candeur et un ego qui se disputent le même être. Il y a tout Oliver Stone. Un homme complet et complexe. Direct. Près de 500 pages pour raconter une vie. Des vies. Toutes ses vies et celles qu’il a croisées. Sans fard. Il y a une plume pour dire la vérité. Une plume pour rester léger, même quand il s’agit de s’envoler de sa condition. Une plume pour garder l’œil observateur sur le monde. Mettre en images. Avec toujours ce nœud fondamental : l’hypocrisie. Les faux-semblant et les mensonges. Surtout à Hollywood. D’ailleurs, Stone termine son récit après Platoon. Un film qui clôt sa jeunesse. Qui referme le Vietnam. Et qui met fin, plus ou moins, aux années galères. Aux fausses illusions. Aux déceptions incessantes. Hollywood est un chemin mouvant. Surtout pour un homme inclassable. Parler des marginaux, toujours, pour parler de tous. Faire appel aux extrêmes pour mieux voir les nuances. Oui, Stone est un bloc de pierre. Un roc au sourire adolescent. Un soif de vengeance et un besoin inextinguible d’amour. Un paradoxe ambulant qui tente de se rendre cohérent le temps d’un livre. C’est vertigineux et indispensable.

Pour faire vivre un libraire indépendant avec Oliver Stone, c’est par ici
COUV-Neuromancien-PL1SITENeuromancien
, de William Gibson, éd. Au Diable Vauvert, 439 p., 22 €
1984, ok, c’est George Orwell. Mais c’est aussi, drôle de hasard, la sortie du classique de William Gibson qui ferait passer Blade Runner pour une pub du Club Med. Et le Diable Vauvert a la bonne idée de republier ce chef-d’œuvre (on oublie cette discrète sortie France Loisir en 2000). Comme il faut aller voir de temps en temps le profil Facebook de votre ex de primaire, pour voir s’il a arrêté le tunning ou s’il vient d’avoir son huitième enfant. Résumer Neuromancien serait bien compliqué. Surtout que son intérêt ne réside finalement pas dans l’histoire, mais dans la seconde peau qu’il vous tricote au fil des pages. Une ambiance. Gluante. Qui ne part pas, même en se douchant avec du Destkop (on a essayé). Gibson parle d’un avenir qui ressemble à 2020. Un truc bien pourri. Mais qui dit aussi la réalité : devant l’apocalypse, l’humain s’adapte. Comprenez qu’il continue à faire ce qu’il fait tous les jours. Les mêmes petites guerres. Les mêmes magouilles. Les mêmes luttes. Pas d’épiphanie avec la fin du monde. Parce que l’humain ne sait qu’être humain. Même augmenter technologiquement. Même sans ressources. Même acculé. 

Tu peux sauver un panda roux, ou alors, ton voisin libraire. C’est ici.

Jésus-Christ président - couverture finale (1)Jésus-Christ président, de Luke Rhinehart, éd. Aux Forges de Vulcain, 456 p., 20 €
Mais quelle superbe idée a eu David Meulemans de se lier avec Luke Rhinehart. D’abord, cela a permis aux Forges de Vulcain de republier en France l’immense L’homme-dé l’an dernier, de découvrir Invasion il y a deux ans. Et cette année, c’est au tour d’un livre de 2013 de paraître dans la langue hexagonale. Et quel livre ! Le délire (parce qu’il s’agit toujours d’un délire avec Rhinehart, et si ça ne vous va pas, a 87 ans, a priori il sen tape) est simple : Jésus veut tenter de sauver l’humanité. Encore. Mais cette fois en s’incarnant dans un homme. En l’occurrence, W. Bush, considéré comme le président le plus idiot et conservateur de l’histoire des États-Unis jusqu’à 2016. Il y a une jouissance infinie à voir Bush Junior retirer les troupes américaines, s’excuser directement auprès des Afghans au milieu d’une foule, faire l’amour passionnément à sa femme, déclenché les ires de sa garde rapprochée… Mais Rhinehart est le descendant de La Fontaine. De Molière. Derrière le ton potache, la vision est acerbe. L’humour est une arme quand elle souligne l’absurde. Et la politique américaine du 21ème siècle est d’une absurdité abyssale. Lire Rhinehart c’est devenir plus intelligent sans s’en rendre compte. C’est se marrer sans réaliser qu’il s’agit d’un acte politique.

Jésus a sauvé nos âmes, toi, tu peux sauver un commerçant. In nomine patris et filii et spiritus sancti, c’est par ici.

mille vies Agatha Christie-crg (1)Les mille vies d’Agatha Christie, de Béatrix de l’Aulnoit, éd. Tallandier, 356 p., 21 €
Ah, le mythe de l’artiste maudit, incompris de son vivant, qui finit par se trancher une oreille dans le sud de la France. Mais passez votre chemin, pas de ça ici. Agatha Christie finit sa vie dans son magnifique manoir de l’Oxfordshire, payé par les millions de livres vendus dans le monde entier. Mais le succès ne protège pas d’une vie tourmentée. D’ailleurs, Béatrix de l’Aulnoit a la bonne idée de dérouler la pelote de la vie de l’écrivain en commençant par sa disparition en 1926. Douze jours pendant lesquels, le Royaume-Uni arrête de respirer, lancer à la recherche de sa plus grande écrivain. Aujourd’hui encore, la version officielle ne convainc pas tout le monde. Mais cette parenthèse dit la part d’ombre. Elle dit aussi la force d’une femme libre. Si Béatrix de l’Aulnoit s’est penchée sur le cas Christie, comme elle l’a fait sur tant d’autres femmes, c’est bien qu’il y a là un modèle. Une femme tout aussi respectueuse des codes de son époque, qu’étouffée par l’Angleterre Victorienne. On se doute bien que Stephen King a beau être le voisin parfait dans sa demeure du Maine, son cerveau ne doit pas détricoter le monde comme nous. Il en va de même pour la mère d’Hercule Poirot.   

On sait déjà qui a tué la culture en France, mais si tu veux savoir qui peut la sauver, c’est par .

Mayeras_Monstres_140x205_HD_frontLes monstres, de Maud Mayeras, éd. Anne Carrière, 298 p., 19 €
Maud Mayeras, pour son quatrième roman, pose une vieille question : qui sont les monstres ? A part Jeff Bezos, bien sûr, qui réussit à cumuler le comportement et le physique d’un méchant de James Bond. Les anormaux candides traités comme des freaks, il y en a quelques-uns dans l’histoire de l’art. John Merrick dans Elephant Man, Raymond Babbitt dans Rain Man, Sinok dans Les Goonies, Meursault dans l’Étranger, Frankenstein… Mais Maud Mayeras multiplie les monstres. Les freaks, les créateurs, les passifs qui laissent faire, les bienveillants maladroits… Elle les écrase dans un monde qu’aucun ne maîtrise. Un monde sans gagnant. Un monde où ce qui ne vous tue pas vous rend plus mort. Et puis, cette petite chanson, qui nous demande ce qu’on peut faire du Paradis quand on est né en Enfer. Oui, on sait, on ne dévoile presque rien ici de l’histoire, mais c’est un livre qu’il faut ouvrir sans s’y préparer. Qu’il faut prendre en pleine face. Maud Mayeras a réécrit le mythe de la caverne avec la plume de Stephen King et la lumière de Kubrick.

Regarder l’horreur se faire, c’est y participer. Hop, on agit ici.

9782203196988_AVENTUREUSES_C_300_page-0001 (1)Aventureuses, d’Hugo Pratt et Michel Pierre, éd. Casterman, 216 p., 30 €
Il fait partie de ceux dont on dit « Oui, c’est de la BD, mais bien plus encore. » Hugo Pratt, Enki Bilal et quelques-autres pour le grand public. Comme une planche d’Hergé vendue à 1,5 million d’euros. Michel Pierre, commissaire d’une exposition lyonnaise consacrée à l’auteur italien, propose de passer outre Corto Maltese. Parce que derrière cette figure de virilité à l’éternelle casquette de capitaine, se cachent de nombreux personnages, toujours creusés, toujours complexes. Et parmi eux, beaucoup de elles. Des elles rarement héroïnes, mais jamais faire-valoir. Des comètes de force qui traversent les récits. Des éclairs qu’on aimerait suivre parce qu’on devine une biographie entière. Une biographie qui habitait certainement l’esprit d’Hugo Pratt. Michel Pierre met en dialogue les aquarelles de Pratt avec ses aventures. Alors soyons clairs, il ne s’agit pas ici d’une BD, mais d’un livre d’art. 

La beauté et l’éthique sont indissociable selon Kant. Alors, la beauté pour Pratt, l’éthique pour vous. Ici.

Che Couv (1)Ché, une vie révolutionnaire, de José Hernandez et Jon Lee Anderson, éd. La Librairie Vuibert, 427 p., 25,50 €
Alberto Korda a fait d’Ernesto Guevara une icône. Il l’a figé aussi. Pour toujours dans un regard sans âge, un œil penseur et déterminé, des cheveux libres et un béret contestataire. Figé pour un homme qui a parcouru le monde. L’Amérique comme terrain de jeu, et pas seulement les 110.000 km² de Cuba. Jon Lee Anderson s’y connaît un peu en conflits : il a couvert tout ce que le monde peut offrir de théâtre de guerre. Il s’y connaît aussi un peu en leader sud-américain : sa plume a raconté les vies de Hugo Chavez, Fidel Castro et Augusto Pinochet. Dans ce roman graphique, il livre certainement le récit le plus complet et le plus accessible de la vie insaisissable du Che. De sa jeunesse argentine jusqu’à sa mise à mort. Sa vie privée. Son ascension. Ses doutes. Ernesto est aussi le produit de cette époque où certains ont vraiment cru que le peuple pouvait retrouver le pouvoir en Amérique latine. Mais aussi en Afrique, où ses combats le mèneront. Guévara n’était pas l’homme d’un parti, ou même d’un pays, il était l’homme d’une idée. D’une conviction pour laquelle il est prêt à donner sa vie. Il passera si près de la perdre à maintes reprises d’ailleurs. Oui, le Che est une icône, mais même les icônes ont été humain un jour. Voici la vie d’Ernesto. 

Non, mais allô : acheter le biographie d’un révolutionnaire sur Amazon. Check ici plutôt.

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Le manifeste des 343, de Laffitte, Strag, Duphot, éd. Marabulles, 138 p., 17,95 €
Il paraîtrait qu’une majorité de conards aimerait interdire à nouveau l’avortement. Et envoyer à nouveau des dizaines (222 en 1972) de femmes mourir dans des avortements clandestins. Des velléités réactionnaires qui semblent dans l’air du temps. Mais quand la Pologne délégalise l’acte, des dizaines de milliers d’habitants se retrouvent dans la rue. Et en France, il ne faut pas oublier l’histoire. Pourquoi, comment, l’avortement est devenu légal. Et le fameux manifeste des 343 salopes (le mot est important, il faut le répéter et le revendiquer face aux cons) est une pierre angulaire. Un moment d’histoire où des femmes ont mis leurs vies sur le billot. Leur honneur. Une prise de courage comme les combats en rencontrent de temps en temps. Comme un éclair dans les temps sombres. Et c’est à hauteur de femme que l’on suit cette histoire. Des combats des femmes avortées, des journalistes face à leurs homologues masculins, des célébrités engagées… Impossible de lire ce livre et de ne pas ressentir dans ces tripes, le besoin absolu de ce droit. Un acte lourd, moralement difficile pour tous, surtout pour les femmes, mais absolument et définitivement nécessaire à la liberté. A lire. A offrir. A afficher. A panthéoniser.

L’engagement, c’est au quotidien. Dans le moindre de ses achats. Comme ce livre ici.

La-couverture-de-La-Maison-Blanche-417583 (1)La Maison Blanche, d’Hervé Bourhis, éd. Casterman, 155 p., 22 €
Une seule constitution. 230 ans d’existence. Première puissance économique (selon certains critères). Première puissance militaire de l’histoire de l’humanité (selon tous les critères, puisque César n’a jamais eu l’arme nucléaire). Un empire hyper puissant et qui, certainement, sera aussi hyper éphémère (comparé aux 2.000 ans de l’empire chinois). Un phénomène éblouissant. Qui a créé la première culture planétaire. Et tout cela se joue à un seul et même endroit : la Maison Blanche. Hervé Bourhis nous y amène. A la rencontre des 45 présidents de l’histoire américaine (dont 44 ont présidé depuis Washington). Tout ce que l’on peut savoir sur chacun d’entre eux. Leurs élections, leurs grandes œuvres, leurs vices-présidents, leurs femmes, leurs morts, le nombre de leurs esclaves, leurs professions et quelques anecdotes croustillantes. Très croustillantes. Confinés au mois de novembre, tout le monde va parler de l’élection américaine du 3 novembre. Alors autant avoir du matos pour alimenter les conversations zoom et messenger à venir.   

Si tu ne veux pas que Bezos se retrouve à la Maison Blanche un jour, tu cliques ici.

comedie-francaise-voyages-dans-lantichambre-du-pouvoir-0c34aComédie Française, de Mathieu Sapin, éd. Dargaud, 164 p., 22,50 €
En 2015, Mathieu Sapin nous offrait une immersion d’un an dans les coulisses du Château époque François Hollande. Et parole de dessinateur, on ne l’y reprendrait plus. Mais Henry Kissinger devait avoir raison, « le pouvoir est l’aphrodisiaque absolue ». Et Mathieu Sapin a senti un attrait grandir. Surtout quand l’opportunité de suivre le plus jeune président de la Vème s’est présenté. Et voilà, cinq ans après, Comédie Française débarque. Avec toujours ce talent de Mathieu de se mettre en scène avec ses doutes, ses tergiversations. Du gonzo journalisme le sourire aux lèvres. Un sourire qui ne cache pas un certain mordant. Macron y est décrit en président jupitérien assumé. Sans le dire, on ressent cet ego et cette assurance qui pleuvent sur le peuple en gouttes de condescendance depuis trois ans. Et dans un tour de passe-passe insaisissable, Mathieu Sapin écrit deux histoires, en nous contant, en parallèle, la vie de Racine. Oui, de Racine. Un homme talentueux et arriviste. Toute comparaison serait, évidemment, purement fortuite.

Dargaud ne se soumet pas au pouvoir, et mâche le travail en bas de sa page avec tous les liens indépendants. No pasaran ici.

couv Mexplique Pas_Plat1M’explique pas la vie mec !, de Rokhaya Diallo et Blachette, éd. Marabulles, 166 p., 18,95 €
C’est peut-être la plus grande évolution du féminisme moderne : le combat se mène dans l’intimité. Ou « devant le panier de linge sale » comme le disait notre copine Titiou Lecoq. Peut-être que sa forme la plus insidieuse et la plus agaçante pour les femmes : le mansplaining. Ou quand Rebecca Solnit raconte en 2008 une soirée où un homme a voulu lui expliquer un livre… qu’elle avait écrit. Oui, le machisme est insidieux. Et n’importe quel homme, s’il est honnête, doit avouer qu’il le pratique involontairement de temps en temps. La journaliste qui s’occupera de la section sociale, parce qu’elle est plus sensible. La salariée qu’on challenge moins pour la préservée et qui n’a pas l’occasion de prouver sa valeur. Oui, le machisme bienveillant existe. Et il est le pire. Il est l’équivalent de la politique paternaliste de la France vis-à-vis de ces anciennes colonies. Il est la condescendance des élites intellectuelles face au peuple (coucou Manu!). Et si on se disait que les hommes et les femmes sont des humains comme les autres ?

On ne vous explique pas la vie, mais par ici, ce serait mieux.

Les mondes du jeu-couv_1Les mondes du jeu, d’Edward Ross, éd. Cà et Là, 163 p., 22 €
Si vous avez joué aux jeux vidéo avec vos parents, alors vous faîtes partie des plus jeunes des lecteurs de Brain. C’est une nouveauté. Et désormais une normalité. Un demi-siècle que les jeux vidéos existent. On peut, on doit, maintenant parler de culture. D’univers. Une diversité de communautés. Edward Ross nous livre une Bible du jeu vidéo. De Pong à la PS5. Edward nous parle d’histoire du jeu, mais aussi de ses effets sur le corps, sur l’imagination, sur la possibilité de vivre plusieurs vies. Sans faire l’économie d’aborder les mauvais côtés, la tuerie de Colombine en l’occurrence. Et puis l’infini richesse des jeux aujourd’hui. Jouer à Animal Crossing, ou à RedDead Redemption ou à Fifa n’est pas le même acte. Les jeux les plus élaborés sont des constructions scénaristiques que les professionnels admirent. On vous conseille de suivre (et lire bien sûr) le talentueux Jérémy Fel vantant le scénario de The Last of Us 2. Tous les arguments pour expliquer aux non-gamers pourquoi les jeux vidéos sont autant de la culture que la BD est de la littérature, se trouvent dans ce livre. Si on met 400 euros dans la dernière Playstation, on peut ajouter 22 balles pour le livre d’Edward Ross.   

On va justement jouer à un jeu : ce livre n’est pas sorti, donc vous pourrez le commander ici, directement chez l’éditeur.

couv guide du zizi (1)Le guide du zizi sexuel, éd. Glénat, de Zep et Hélène Bruller, 104 p., 10,95 €
Comment dire ? INDISPENSABLE. Le livre que vous devez donner à votre enfant, neveux, nièce et à votre mec qui n’a pas toujours compris à quoi servait le clitoris. A l’heure où un sein doit se cacher, un téton est illégal, un nombril empêche les collégien de travailler, où on envisage de couvrir le sexe des statues, dans cette période, ce livre est indispensable. Jean-Michel Blanquer, si vous nous lisez, distribuez ce livre dans les écoles. Et à Gérard Darmanin. On ne va pas refaire l’histoire. Ce livre a presque 20 ans et a déjà prouver sa valeur. La preuve, Bolsonaro en a fait une fake news pour sa campagne. Les ennemis des ennemis sont nos amis.

Selon une étude, il est aussi facile de trouver un libraire indépendant qu’un clitoris. Pour les deux, il suffit de demander. Par ici.

9782205083750-couv (1)Maison Ronde, de Charlie Zanello, éd. Dargaud, 194 p., 22,50 €
C’est la première radio de France. La plus écoutée. La plus influente. C’est aussi un bâtiment symbolique de Paris. Une ville dans la ville. Presque une citadelle. Avec tous ses mystères. Ses donjons et ses oubliettes. Ses rois et ses sujets. Où les seigneurs voisins de l’Élysée, de Beauvau, Matignon viennent en visite. La domination d’Inter, le fourmillement d’Info, le calme de Culture, l’onirisme de Musique… Un univers entier. Presque un cerveau. Comme fouiller la personnalité d’une âme, avec ses paradoxes et ses antagonismes, ses luttes et ses passions. En mouvement 24 heures sur 24. Du petit matin au milieu de la nuit. Comme des neurones qui ne veulent dormir. Des échanges synaptiques incessants. Mais qui finissent par se taire, battu par une pandémie qui n’aura fait que déplacer le tourbillon.

On ne veut pas être trop carrés, mais le triangle amoureux de la culture, c’est ici.