Après 10 ans de silence discographique, Roger Jouret a vu les choses en grand : il s'est rêvé en bâtard cosmique de Ziggy Stardust et des robots après tout. Dans L'Expérience humaine, il sort le vocodeur et ses lunettes futuristes remboursées par la sécurité sociale pour camper le rôle d'un alien qui semble-t-il a fait son Erasmus sur la Terre, le petit chanceux.

Alors que ce postulat de base aurait dû donner des paroles désabusées et une critique acerbe de la déliquescence de la civilisation techno-scientifique, l'indécrottable optimiste livre des paroles si naïves qu'elles feraient passer Dora l'exploratrice pour une souteneuse ("Vous les humains vous avez / de la chance si vous saviez / d'avoir un monde à changer", vraiment Plastic ?). Mais peut-on vraiment blâmer le dernier homo sapiens avec Jeff Bezos à ressentir un peu d'espoir en cette annus horribilis ? Quand il chante mal sur des productions électro-funk qui donnent l'impression de subir les assauts d'un frotteur dans un Nature et Découvertes, oui, sans l'ombre d'un doute. Pourtant, l'incontinent Plastic (vous l'avez ?) s'est entouré de Dan Lacksman, membre des géniaux Telex, le canular électronique devenu phénomène. A la défense de ce dernier, c'est surtout Alec Mansion (co-auteur du tube Radio Nostalgie C'est l'amour) qui a été aux commandes de ce vaisseau spatial bancal.

Imaginez un Sébastien Tellier période Pépito Bleu, mais au premier degré, accompagné par un groupe de disco pour mariage et vous aurez la recette de L'Expérience humaine. Contrairement à l'indie pop blasée ou aux rappeurs dépressifs sous codéine, celle-ci nous aura bien fait marrer. Une gageure en ces temps mornes. En se rêvant crooner galactique, Plastic Bertrand a inventé le space cake musical. Bravo.