Tu as écrit et enregistré ton nouvel album durant le confinement : durant ce processus, y avait-il des influences musicales ou des artistes que tu avais en tête ?
Cakes Da Killa : Oui ! J’ai beaucoup été assimilé au genre du hip hop gay ou queer. Mais je pense que ma musique est plus nourrie par la dance, et beaucoup de club et de house. Personnellement, j’ai voulu rendre hommage à ce genre de musique qui m’a toujors influencé. Le groupe principal qui était toujours dans un coin de ma tête en faiant l’album était Deee-lite. C’est un de mes groupes préférés de tous les temps. Je voulais faire un album qui était semblable à leur album Dewdrops In the Garden, qui semble ecore aujoud’hui bien dansant et très puissant au niveau des paroles. 

Le premier single, Don Dada, fait référence à une chanson de la rappeuse Lil' Kim. Si tu avais à choisir, quel serait le top 5 de tes rappeurs préférés ?
Hé bien, c’est simple : je serais dans le top 3. J’y serais à trois reprises [rires]. Sinon, plus sérieusement, mes rappeurs préférés sont des gens comme Busta Rhymes, Lil’ Kim, Cam’ron, Foxy Brown. J’aime aussi les rappeurs créatifs, qui inventent et créent leur propre univers : Missy Elliott, typiquement. Ce sont des gens de ma génération. 

Ils sont un peu plus vieux, quand même, non ? Parce que tu as 30 ans, même si tu ne les fais pas. 
Me le rappelle pas, bitch [rires] ! C'est gentil. Big up aux crèmes hydratantes.

Tu ramènes la hip house sur le devant de la scène, comme le font certains artistes et comme l'a aussi fait Azealia Banks en 2011-2012, avec des sons comme Fierce ou 1991. Et vous avez tous les deux "percé" à la même époque. Tu te rapproches ou te distingues d'elle ? 
Hum, je dirais qu'on a fait plus ou moins la même chose, c’est vrai. Si les gens aiment Azealia et la hip house, ils aimeront ma musique. Mais tout ça ne se limite pas qu’à la house, qui n’est pas un genre représenté par une seule personne, comme tous les genres. Si mon album en est très teinté, tout est question aussi d’ouverture et d’influences diverses, dont on se nourrit tous. 

Ton style vestimentaire est très bien pensé, excentrique et vif. Tu as des influences, des icônes de mode, ou non ?
Des icônes ? Je ne pense pas réellement en avoir. J’aime porter des vêtements qui me plaisent, qui me font me sentir beau et surtout à l’aise. J’aime bien la mode, mais je ne suis pas vraiment une “fashionista”, accroc à tout cela. L'essentiel est de se sentir à l’aise : en s’habillant, on doit pouvoir avoir une relation sexuelle, se battre et courir pour fuir quelqu’un. 

Cakes Da Killa_Credit Ebru YildizTu as dit, dans une interview de 2016, qu'il n'existait pas de "scène rap gay", de groupe cohérent et établi de rappeurs LGBTQ+. Quatre ans ont passé, le monde a beaucoup changé. Que penses-tu de la situation aujourd'hui : dirais-tu que les choses ont changé, et dans quel sens ?
Complètement changé, wow. Vraiment, on est trop ! Je pense meme que certains d’entre nous doivent retourner dans le placard [rires]. Je plaisante. Blague à part, il y a eu un grand changement dans le niveau de représentation, c’est vrai. Je pense qu'on doit tout cela aux réseaux sociaux et le fait que l’on n’est plus trop réellement piloté par les labels. Tout un tas de personnes, aujourd’hui, peuvent faire et promouvoir leur travail, tu vois ?  Beaucoup de jeunes gays et d’artistes, qui ne pouvaient auparavant signer un contrat, sont maintenant capables de fare valoir leur talent et leur univers de manière plus libre. L’inconvénient, dans tout cela, ce sont les applications : Facebook, Instagram ou d’autres, peuvent être aussi problématiques que l’étaient les labels.

Est-ce à dire que c'est le moment queer du rap et du hip-hop, "commercialement" ?
La représentation a vraiment augmenté et montre un changement, mais il ne faut pas que les gens oublient que le hip-hop a des fondements principalement queer. Ça a toujours été là, depuis le début, du moins aux Etats-Unis et pour les afro-américains.  

 Venons-en à ton album : si tu devais trouver un mot ou deux pour en définir l'esprit, quel serait-il ?
Divertissant, vraiment. Plein de joie, plein d’entrain et d’amusement.

Le premier single, Don Dada, le montre assez bien. L'expression veut dire "le plus respecté", "le boss ultime", et quantité de rappeurs l'ont utilisé dans leurs chansons - Jay-Z, Ice Cube, 21 Savage, etc. Comme le titre, la chanson communique l'idée de puissance et de confiance en soi. C'est donc une forme d'affirmation de soi ?
Oui, tout à fait. Le titre et la chanson devaient être ainsi, car je n’avais pas sorti de musique depuis longtemps. Lors de mon retour, il me fallait quelque chose comme une “ré-affirmation” de soi : il fallait que ce soit fort, que ça balance. Et pour la première fois dans ma carrière, je me disais "fuck tous les autres, et parlons de moi, quoi".  C’est la réelle signification de Don Dada.

Est-ce que ça veut dire que tu voudrais être vu comme unique, pionnier, ou autre ? 
Je ne sais pas ; ce n’est pas vraiment “ce que je veux être”, puisque beaucoup de choses sont déjà là [rires]. Les gens peuvent me considérer comme pionnier, ils font ce qu'il veulent, mais ce qui me pousse, c’est de produire de la musique qui me corresponde et soit, j’espère, de qualité.

Le monde est pourri en ce moment : en France, par exemple, on danse plus en club depuis fin février. Or, ton album mélange le rap avec des beats de house, de dance et autres mélodies très dansantes. La pandémie et toutes les restrictions t'ont personnellement et artistiquement affecté ?
Artistiquement, pas tellement : je n’ai certes pas pu travailler là où j’en ai l’habitude, mais j’ai eu la chance de pouvoir produire cet album. Si je n’avais pas la possibilité et la capacité de créer de l’art ou d’être créatif, je deviendrais fou, vraiment. Dans ce projet, je voulais vraiment créer quelque chose d’optimiste et de joyeux, tu vois, parce que je sens que les gens ont besoin de ça. Non pas dire le monde est parfait, loin de là, mais de permettre aux gens de se poser dans leur salon, par exemple, et d’écouter quelque chose de mignon

Tu penses donc que le monde entier a besoin de danser, pour par exemple se libérer de toutes les tensions ?
Je ne sais pas ce que le monde a besoin de faire. Je sais ce que je dois faire. [rires]. Le reste, je laisse aux politiques ! [rires].

++ La pépite de Cakes Da Killa, MUVALAND, est disponible dès aujourd'hui sur toutes les palteformes de streaming. Écoutez-le d'urgence pour secouer votre popotin chez vous - puisque vous ne pouvez théoriquement pas le faire dehors, ou chez vos voisins.