Creedence Clearwater Revival - Fortunate Son :
Sorti en 1969, ce tube emblématique de la contre-culture hippie semblait être écrit pour toutes les scènes d'arrivée au front au cinéma. Un vrai petit traité gauchiasse anti-élite qui deviendra un des hymnes de la lutte contre la guerre au Vietnam. Et même si on s'imagine facilement les soldats écouter du rock pour tenir le choc à l'époque, on doute fortement qu'ils se mettaient Fortunate Son en repeat. Et pourtant à chaque fois on y a droit. Comme Maria Carey à Noël. Dans ces deux scènes, on retrouve bien ce crédo : la première, tirée de Forrest Gump de Robert Zemeckis (1994), devenue un classique du genre ; la seconde tirée de La chute du faucon noir de Ridley Scott (2001), quasi copiée-collée, ouvre aussi sur une arrivée d'hélicos, sur le champ de la bataille de Mogadiscio de 1993. 


Buffalo Springfield - For what it's worth : 
Même combat pour Stephen Still et Neil Young, avec leur premier single sorti en 1966. Un autre hymne de la lutte contre la guerre au Vietnam, qui dénonçait les violences policières sur les manifestants. Septième au classement du Billboard Hot 100, samplé par Public Enemy pour le film He Got Game de Spike Lee (1998), For what it's worth est un de ces morceaux consumés par leur postérité. Tout le monde reconnaît ce riff du far-west du grand Loner canadien, mais peu sauraient donner le titre ou dire de quel groupe il s'agit. Et devinez où on le retrouve ? Dans Forrest Gump (putain), mais pas que. Ici, au générique du film Lord of War d'Andrew Niccol (2006), inspiré de la vie d'un trafiquant d'armes russe installé aux États-Unis joué par Nicolas Cage. Et puis, dans une scène du nanar absolu Tonnerre sous les tropiques de Ben Stiller (2008), mémorable pour le blackface claqué sous terre de Robert Downey Jr

Jefferson Airplane - White Rabbit : 
Autre registre, autre topique : le titre White Rabbit sorti en 1967, restera pour toujours dans l'inconscient collectif LE cliché du trip sous acid des jeunes chevelus qui puent. De quoi prendre un aller simple dans le terrier d'Alice au pays de la schnouff, puisqu'il ne s'agit que de ça. Et même si les paroles n'étaient pas suffisamment "explicites" à l'époque, inutile d'avoir un bac+12 en roulage de tulipe pour capter le message : "One pill makes you larger, and one pill makes you small" (mouais). Devenue culte grâce à la scène archi angoissante du bad trip de Benicio del Torro dans l'adaptation du roman d'Hunter S. Thompson Las Vegas Parano, par Terry Guilliam (1998), la chanson évoquait déjà une paranoïa latente dans le film The Game de David Fincher (1997), lorsque le personnage principal campé par Michael Douglas retrouve sa maison saccagée. 

Norman Greenbaum - Spirit in the sky
Ce morceau de 1969 que les groupes de reprises adorent massacrer, est le plus bel exemple d'usage abusif de l'histoire du cinéma : dans Wayne's World 2 (1993), dans Contact de Robert Zemeckis (1997), dans My name is Joe de Ken Loach (1998), et plus récemment dans Suicide Squad (2016)... Bref trop c'est trop. Ici, dans Apollo 13 de Ron Howard (1993), l'utilisation de ce morceau se justifie par la réalité dont le film s'inspire, puisque l'astronaute Fred Haise, interprété par Bill Paxton, avait emporté avec lui le disque dans le module lunaire de la mission en 1970. La seconde scène, tirée du Plus beau des combats de Boaz Yakin (2000) retraçant l'histoire de l'arrivée d'étudiants noirs en 1971 dans l'université d'Alexandria en Virginie jusqu'ici réservée à une élite blanche républicaine et raciste, met en scène une bagarre et illustre bien l'idée d'une Amérique toujours marquée par les tensions raciales. 


The Rolling Stones - Jumpin' Jack Flash
On ne pouvait pas terminer cette liste sans un p'tit Rolling Stones de derrière les fagots. Car oui, nous sommes bien en présence du groupe le plus exploité dans les films et les séries. On a eu du mal à se décider entre Sympathy for the Devil, (I can't get no) Satisfaction et Gimme Shelter... Mais on ne pouvait pas faire l'impasse sur Jumpin' Jack Flash sorti en 1968, ni sur l'arrivée du Johnny Boy incarné par De Niro dans le cultissime Mean Streets de Scorsese (1973). Ni sur le film Jumpin' Jack Flash de Penny Marshall avec Whoopi Goldberg (1986), où le morceau est au coeur de l'intrigue policière. Même si, pour le coup, on avait le choix entre Shine a Light de Scorsese (évidemment) en 2008, ou la scène finale de Las Vegas Parano, mais ça commençait franchement à être redondant.