Alvin ChrisAmiens fait partie de ces bleds que beaucoup ne voient que sur un panneau. Genre : « Ah, tiens, je ne pensais pas que c’était si proche de Paris. Bon, en même temps, ça a l’air naze ! ». Pourtant, il s’en passe des choses là-bas. Traduction : on y trouve des rookies aptes à faire trembler les guibolles de la vieille garde. Il y a Structures, pour ceux qui cherchent un trait d'union entre Joy Divsion et Nirvana. Mais il y a aussi Alvin Chris, un rappeur de 28 ans qui, clairement, refuse d'adhérer à ce monde rendu beau grâce aux filtres Instagram : il se dit Psycho, confesse avoir besoin Break et se dit plongé dans un État second, sans doute provoquer par cet éternel Verre de trop.
À quoi ça ressemble ? « Je ne m’interdis rien ». Quand Alvin Chris raconte sa démarche, impossible de ne pas se dire qu’elle colle parfaitement à sa musique, qui orchestre de jolis frotti-fottas entre le hip-hop et le R&B, entre la house et les musiques africaines, entre les grandes figures du rap local (MC Solaar, Doc Gynéco) et celles du hip-hop outre-Atlantique (Kendrick Lamar, Kaytranada).
Potentiel de séduction : Le bon mood, voilà ce qu'a réussi à trouver Alvin Chris ces derniers mois. Ça s'entend dans ses textes, qui privilégient l'émotion à la démonstration technique. Ça s'entend dans la production de ses derniers singles, du genre à surligner certaines vérités : « Puisque tu ne veux pas la voir en face, réalité te frappera quand tu baisseras ta garde ». Ça s’entend surtout dans ses envies : celles d'un mec heureux, pleinement épanoui et tellement sûr d'avoir d'avoir trouvé enfin sa formule qu'il se dit prêt à chérir chaque instant «  le zboub à l'air ».

Kiara JonesAprès un passage dans The Voice, Kiara Jones a compris une chose que tant de candidat.e.s de ces télé-crochets oublient au moment d'interpréter leurs morceaux à gorge déployée : avoir une voix, c'est cool, mas réussir à composer de vraies chansons, c'est encore mieux. Par chance, Kiara Jones, 27 ans, a les deux. Ce qui lui permet non seulement d’envisager pour l’avenir autre chose que des concerts dans des villages paumés un soir de Fête de la Musique, mais aussi de donner vie à de vraies chansons, qui frappent fort au cœur et n’ont strictement rien à voir avec la discographie de Keziah Jones – à qui elle emprunte son patronyme, au cas où vous vous demanderiez ce que le guitariste nigérian vient foutre dans cette phrase.
À quoi ça ressemble ? : À de la néo-soul qui parle d'amour, de troubles personnels et des aléas du quotidien. En soit, rien de bien surprenant, mais il est toujours agréable d’entendre des artistes s’exprimer avec une telle sincérité, sans fausse pudeur, dans des morceaux qui groovent plus qu’ils n’accablent. 
Potentiel de séduction : Pour aimer Kiara Jones, il faut écouter autant Unknown Mortal Orchestra que The Internet, Lianne La Havas que Thundercat, oser se dire qu'une mélodie n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle séduit l’oreille dès la première écoute, se rappeler que ce genre de proposition esthétique est rare en Hexagone, et se rendre compte que c'est finalement très facile d’apprécier la musique de la Française pour ce qu’elle est : un bon et doux antidote à la morosité ambiante.

SheldonRouage essentiel de la 75ème Session (Népal, Sopico), le rappeur/producteur/ingénieur du son Sheldon se veut fidèle à l’esthétique du Dojo parisien. Il s’agit toujours ici d’exposer son intimité pour mieux toucher à l’universel, de raconter l’amertume d’une génération tourmentée, de placer quelques références énigmatiques et de privilégier systématiquement les marges ou les outsiders aux voies trop balisées. 
À quoi ça ne ressemble pas ? La force de Sheldon, c'est aussi de ne jamais tomber dans le mimétisme. Son dernier projet (FPS) a beau sortir via la 75ème Session, c’est bien son esprit brumeux qui a donné vie à ces huit morceaux, produits par Yung.Cœur, qui masquent un propos profondément introspectif, marqué par les tracas de la vie sociale et routinière, sous des références à la pop culture. Les mangas et les jeux vidéos, notamment : après tout, le projet s’appelle FPS, et donne suite à un EP nommé RPG, sorti il y a deux ans.
Potentiel de séduction : Quand certains s’enferment dans une course au succès, dans l’idée de faire sa fête à une boutique de luxe, Sheldon, lui, développe un rap cryptique, qui incite davantage à la réflexion (sans virer à la moralisation, on n’est pas chez Kery James hein !) qu’à la vantardise un peu vaine. Ça ne lui permettra sans doute pas de toucher le grand public, mais ça vient au moins confirmer que, oui, « nos belles régions ont du talent », selon une terminologie chère à JP Pernault.

Pastel CoastDepuis qu'on a découvert Home, on aime ces nordistes trop discrets, nostalgiques dans le propos mais poétiques et solaires dans le son. C'était déjà le cas en novembre 2019 avec Hovercraft, un premier album qui aurait totalement pu naître de l’autre côté de l’Atlantique. Ça l'est de nouveau avec Rendez Vous, dernier single d’un quintet qui, l'air de rien, avec ses mélodies rêveuses et ses refrains sifflotés, donnerait presque envie de connaître cette douce sensation que semble être la jeunesse éternelle.
À quoi ça ressemble ? D’un côté, il y a la pop française, héritée de Phoenix. De l’autre, celle de Vampire Weekend et The Drums, que les cinq potos de Pastel Coast observent de loin, possiblement depuis le port de Boulogne-Sur-Mer, d'où ils sont originaires. C'est dire si cette formation, derrière ces visages de fans d'indie, de Tote Bags et de chaï latte, aiment les mélodies ensoleillées, qui font plaisir à la joie toute bête de taper du pied. En rythme avec cette basse, forcément imparable.
Potentiel de séduction : L'intention de Pastel Coast est claire : chanter l’insouciance, encourager l’errance et, ça va de soi, commencer à vivre de sa musique. Après avoir été sélectionné au Prix Ricard 2020 et aux Inouïs du Printemps de Bourges, les Boulonnais préparent un double retour : un concert au Main Square Festival en 2021 (si Manu et ses sbires cessent de considérer la culture comme non-essentielle) et un deuxième album, à paraître prochainement.

TenninÇa faisait tellement longtemps qu'une artiste de Kitsuné ne nous avait pas charmé en nous susurrant à l’oreille que l'on commençait à se dire que l'écurie parisienne était devenue has-been, à classer parmi les objets oubliés des 2000, aux côtés des tenues fluorescentes, d’Uffie et du gel - élément essentiel à la panoplie des danseurs de tecktonik. Aujourd'hui, on a donc l'air bien con à l'écoute de Tennin, qui fait bien plus que raviver la flamme de la marque au renard, elle qui s’est construit un C.V. en marge de sa maison-mère : ces dernières années, on l'a vu collaborer avec Tricky, signer un morceau pour une compilation où figuraient également Saul Williams et IDLES, attirer l'attention des médias branchées et chanter comme personne les mecs en pleurs.
À quoi ça ressemble ? Il y a du Neneh Cherry et du Muthoni Drummer Queen (pour qui elle a joué en première partie) dans ce mélange d’innocence et de légèreté, dans cette faculté à jouer de la pop sur des mélodies anxieuses, abandonnées à l’électronique et aux notes synthétiques.
Potentiel de séduction : Quitte à traverser l’hiver semi-confiné, autant le faire au son de Tennin, dont la voix doucereuse et les refrains attrapes-cœurs se révèlent être les parfaits antidotes en ces temps cloisonnés.

Thaïs Sur le papier, l'origine de Paradis Artificiels paraît encore plus banale qu’un album raté de Coldplay : soit six chansons nées après une rupture amoureuse, des textes qui trahissent un sens de la mélancolie assez poussé et une artiste qui, en interview, parle de son projet comme d'un « exutoire ». Ce propos, on a fini par s'en lasser. Ce qui n'est pas le cas des chansons de thaïs, prêtes à faire chialer les cœurs avec cette voix cristalline et ces mélodies vaporeuses, tout en délicatesse et rêves songeurs.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Cœur de Pirate, Marie-Pierre Arthur ou même Lysandre : toutes ces autrices-compositrices-interprètes montréalaises avec qui thaïs ne partage finalement rien, si ce n’est une grâce et des mélodies taillées pour faire vibrer les âmes sensibles.
Potentiel de séduction : Au Canada, la presse semble déjà unanime : thaïs, qui a également réalisé les jolis dessins qui accompagnent ses visuels, semble composer la pop planante sur laquelle rêveront les auditeurs des radios grand public de la Francophonie. Et puis, bon, peut-on vraiment passer à côté d’une artiste capable de nommer un de ses titres Sushi Solitude ? 

ThemsBasé à Paris, thems dit aimer les road-trips. Ça tombe bien : sa musique l’a suivi dans cette voie nomade, où on voyage léger, l'esprit libre. Car, si des titres comme Nuits ou Horizon trahissent une virtuosité dans l’exécution, ses morceaux ne sont que simplicité, comme s’ils ne cherchaient à être accompagnés d’un piano et d’orchestrations que pour mieux se réduire à l’essentiel : l’abandon aux rêves, à la quiétude et à l’introspection.
À quoi ça ressemble ? À l’image de ce qu’entreprennent Kiasmos ou Thylacine, thems met en son des « voyages solitaires », de véritables trips mentaux qui donnent envie de confier la BO de notre prochain périple en Islande, en Amérique du Sud ou ailleurs, peu importe tant que l’aventure se déroule dans des terres reculées, à ce Strasbourgeois visiblement passionné par les musiques de film.
 Potentiel de séduction : Forcément élevé quand des mélodies aussi immersives sont jouées avec une telle délicatesse, un tel sens de la mise en son et une telle ambition, résumée par Félix Muhlenbach lui-même : « Dessiner un nouvel horizon pour le monde à venir ».

Metò : Depuis le sous-sol d’un ami, basé à Arvida, d’où il est originaire, Olivier Côté-Méthot cherchait simplement à composer, pour digérer au mieux le décès de son père, qu’il a accompagné au cours des deux dernières années de sa vie. La pièce était exiguë, l’ambition forcément modeste, mais le résultat de ces sessions, lui, semble promis à tous les louanges. Parce que c’est de la folk que l’on joue les oreilles au vent, grandes ouvertes, tournées vers l’horizon. Parce que le Canadien aime visiblement la pop boisée des Fleet Foxes. Et parce que, depuis la sortie d’Arvida, Metò a fait coup double : il s’est trouvé un éditeur en France et un label au Québec.
À quoi ça ressemble ? De prime abord, les mélodies semblent beaucoup trop marquées par la vie au Québec pour être rapprochées d’autres pourvoyeurs de cette folk que l’on joue traditionnellement dans des chemises à carreaux, la barbe à peine taillée. Seulement, il faut bien l’avouer, Turquoise, Gan Eden ou I Don’t Know doivent beaucoup à Grizzly Bear, Bon Iver et tous ces artistes qui donnent envie d’arpenter le Grand Nord, des rêves plein la tête. Une bonne chose, donc.
Potentiel de séduction : Sommet de son premier EP, Breathe For My Peace, sur lequel Metò s’essaye pour la première fois au français, aide effectivement à se ressourcer, mais aussi à s’évader : à des milliers de kilomètres de toutes ces mégalopoles où les bâtiments s’empilent vers le ciel.

MagonDes guitares fuzz, quelques notes psychées, des refrains aériens : écouter les morceaux de Magon, c'est avoir l'impression qu'une caisse de vinyles enfouie depuis les années 1960 dans les terres désertiques de la Côte Ouest a été découverte par ce Franco-Israélien, basé à Paris. Ça donne de jolies ballades (Change). Ça donne des chansons où Magon fait mine de jouer les immenses branleurs depuis le garage d’un pote (Shackles Of The Wretched). Ça donne surtout envie de faire confiance à ce nouvel ami, qui prend le temps de nous saluer (Coucou My Friends) et de nous envoyer de précieux conseils en ces temps ennuyeux, où même un concours de pédalo paraît attrayant : « Sit down and relax, turn your eyes inward to the sound ».
À quoi ça ressemble ? Dans le clip d’Aerodynamic, un jeune homme se balade dans la nature avec un masque de dinosaure sur la tête. Une crotte de nez envoyée à tous les puristes qui préfèrent vendre leur mère plutôt que d’avouer que les Stones et Dylan se foutent bien de leur gueule depuis une vingtaine d’années ? À vrai dire, on n’en sait rien.  Ce qui est certain, en revanche, c’est que Magon doit finalement plus à Ty Segall ou Arcade Fire (période The Suburbs) qu’à des formations qui, à l’ère de l’autotune, semblent appartenir à la préhistoire. New Rock!, c’est d’ailleurs le titre du dernier morceau de Hour After Hour : tout un symbole !
Potentiel de séduction : Rolling Stone parle de Magon comme d’un artiste à la « classe nonchalante et rock ». Ça veut tout et rien dire, c’est presque symptomatique d’une presse musicale qui réutilise inlassablement les mêmes formules passe-partout, mais ça permet tout de même d’affirmer ceci : Magon, dont le premier album est attendu le 29 janvier, peut d’ores et déjà compter sur le soutien des médias hexagonaux. Reste simplement à savoir si ces derniers sont encore utiles à la nation.

Wendy MartinezÀ l’écoute du premier EP de Wendy Martinez, à paraître début février, une réflexion émerge. On se dit alors que l’on est presque obligé de se droguer pour comprendre et accueillir à leur juste hauteur ces chansons psychédéliques, comme surgies d’un autre temps. Non pas celui, désormais datés, où vos parents prenaient du LSD pour entrer en communion avec les cailloux, le sable et les crotales. Mais un temps parallèle au nôtre, où Laetitia Sadier poserait sa voix envoûtante sur les orchestrations soignées de Gainsbourg, produites par Bashung et publiées chez Saravah.
À quoi ça ne ressemble pas ? Avec sa poésie perchée, ses mélodies qui multiplient les inclinaisons psychédéliques et son ancrage lyonnais, Wendy Martinez pourrait facilement être rapprochée de Catherine Ribeiro. Plutôt que de travailler à devenir la nouvelle Pasionara rouge de la variété, la chanteuse a préféré prendre le large, en mode Chevauchée électrique, pour y polir son univers, suffisamment riche en couleurs et en nuances pour inonder d'optimisme nos Écrans tristes.
Potentiel de séduction : Avant d'évoluer en solo, Wendy Martinez faisait partie de Gloria, un girl-group signé chez Howlin' Banana et biberonné au surréalisme. C’est à présent en français que la chanteuse décide de s’exprimer, mais la finalité reste inchangée : c’est bien à la gloire qu’elle semble promise. 

++ Malgré le chaos ambiant qui règne dans le secteur de la musique, la plateforme Groover lance son dispositif Groover Obsessions : un accélérateur pour les artistes qui rêvent de percer. Et ce n'est pas de refus. Plus d'infos à venir juste ici