Le jeudi 26 juin était une des seules journées de l’été où vous avez certainement beaucoup transpiré. C’était aussi la date du passage de Disclosure au Social Club, organisée comme un warm up avant un gros show à Londres prévu le lendemain. Entre deux vols pressés, il fallait rencontrer ces jeunes gens modernes à leur hôtel à une heure judicieusement raisonnable, car c’est bien connu : avant un concert, les artistes sont trop stressés, après trop bourrés. En arrivant devant l'hôtel, j'aperçois un mec à poil au premier balcon. Je rentre et patiente 5 minutes depuis l’accueil jusqu'à ce que les deux Disclosure arrivent. Guy, un gros sandwich subway à la main, me dit que  « oui oui, c'était moi le mec à poil ».



Il n’y a pas beaucoup d’interviews de vous sur internet, est-ce qu’il y a des sujets à ne pas aborder ?
Howard et Guy :
Non, on est cool, c’est bon.
    
Cet hiver, vous avez sorti un EP deux titres Tenderly, et cet été, vous venez de sortir le 4 titres The Face. Entre les deux, vous remixez Running de Jessie Ware. Cela nous fait un total de 7 morceaux taillés pour les dancefloors. Êtes-vous des clubbers très actifs ?
Guy : Je suis beaucoup sorti en club, Howard moins, il est plus jeune.
Howard : J’ai 18 ans, Guy en a 21.

 

Jessie Ware  - Running (Disclosure Remix)


Alors qu’ont dit vos parents quand vous avez commencé à ne faire que de la musique ?
Howard :
Ils ont parfaitement compris car ils sont musiciens, ils ont fait les mêmes choses à notre âge, en jouant dans des groupes. Nous sommes aussi musiciens, je joue de la basse et du piano, Guy joue de la guitare et de la batterie. Nos parents sont nos plus grands fans.

Avant d’être intégrés à l'écurie Greco-Roman (label de Joe Goddard, Alex Full Nelson et Dom Mentsh, tous les trois membres de Hot Chip), avant de sortir un premier single chez Moshi Moshi, avant même d’ouvrir une page Myspace, les Disclosure étaient au bahut. « Pas un lycée spécialisé, on avait juste des cours de musique et de mastering. » Ils font leurs gammes et leurs games sur Logic, et jouent dans des groupes « pas vraiment importants » nous dit frère Howard. Pour Guy, les scrupules à laisser les vieux potes pour le frangin ont fini par se dissiper : « Quand on a commencé à jouer avec Howard, je me sentais mal vis-à-vis de mon groupe. Mais ce n’était pas un très gros groupe, et ça n’allait plus de toute façon. S’ils étaient jaloux ? Je pense qu’ils sont jaloux maintenant ! (rires) » Catapultés du jour au lendemain dans tous les clubs d’Europe sans passer par la case galère, les deux frères n’ont absolument pas pris la grosse tête : baskets, futals larges, rires francs et épais.

 

Disclosure - What's In Your Head



Donc Disclosure a démarré sur des chapeaux de roues ?
Howard :
Oui, très vite. On faisait un beat sur mon laptop, Guy a rajouté des chœurs et l’a mixé. On a mis un morceau sur Myspace, juste pour rigoler, et on a reçu des tonnes de réactions, de commentaires.
Guy : Des gens ont blogué le morceau. On a ajouté des amis, et accidentellement des gens qu’on ne connaissait pas, certainement des mecs importants dans l’industrie musicale. En deux semaines on avait quatre appels de managers, dont Moshi Moshi qui ont sorti notre premier single Offline Dexterity.

C’est marrant puisque tout le monde disait déjà que Myspace était mort.
Howard :
C’est vrai, c’était en janvier 2010, et d’une certaine manière Myspace nous a beaucoup aidé. Mais je pense qu’aujourd’hui c’est vraiment mort.  



 

C’est difficile d’imaginer à quoi ressemble la maquette d’un de vos morceaux. Comment commencez-vous une composition ?
Howard :
En général, on compose chacun de notre côté puis on met en commun. On a déjà essayé de composer ensemble, deux ou trois fois.
Guy : Je commence par la batterie, puis les cordes pour avoir la structure. Pour beaucoup, le fait d’être frères doit être chiant. Nous ça va, on ne se bat pas. Après pour Boiling et Control ce n’est pas le même process. Pour que les filles posent bien leur voix, nous avons plutôt fait une sorte de jam.

 

Vous faites la part belle aux voix. Pour vous, quelle serait la voix parfaite pour un titre ?
Howard :
Michael Jackson ! Sérieusement D’Angelo ça serait dingue, mais dans un sens on n’y arriverait pas parce que oh my god, it’s D’Angelo !

Loin des schémas caricaturaux de la musique club, Disclosure flirte sur des rythmes dub, tripotent des claviers deep house et fait résonner ses cavalières chanteuses dans un écho charnel. Difficile de ne pas imaginer que leurs compositions ne s’inspirent pas directement du sexe, ou du sexe. Un fan a d’ailleurs réalisé un clip outrageusement sexy, la vidéo a fait plus d’un million de vues, mais difficile de savoir si c’est vraiment pour la musique. Un univers visuel que les deux frères n’adopteraient pas à 100% me dit Guy : « On ne veut pas être trop pornographiques. » Ok. De toute façon dans cette vidéo 200 bombes anatomiques se succèdent, on finit par s’en foutre. Trop de sexy tue le sexy.

 

Disclosure - Boiling ft. Sinead Harnett


Vous avez vu le clip non officiel de What’s in your head ?
Guy :
Oui ! On ne peut pas vraiment dire au public « regardez cette vidéo », mais elle nous plaît.
Howard : Et elle en est à plus d’un million de vues, c’est fou.
Guy : C’est un mec de Pologne qui l’a faite, il en a fait une autre pour Boiling.

Le sexe est-t-il une source d’inspiration ?
Guy :
Pour ce morceau, oui, définitivement. J’ai samplé des pornos. Je voulais quelque chose d’intense pour allumer les filles dans les clubs. Et ça a putain de marché (rires) !

Bon alors pourquoi Disclosure ?
Guy :
On était sur Myspace pour créer notre page et on a lu ce nom « disclosure », qu’on a trouvé cool, il n’y a pas du tout de raison en fait…

Pas de raison non plus pour que ça ne marche pas. Disclosure sortira un album en 2013 normalement, avec quasiment que des nouveaux titres. Pour la date exacte, Howard a dit février, Guy mars, et le manager avril. Disons qu’on s’attend à ce que leurs ritournelles fassent le printemps.  


Disclosure, EP The Face, sorti chez Greco-Roman
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Bastien Landru // Photos: Michaela Letang & DR.