C’est "Wagner" ou "Yan Wagner" ? 

Yan Wagner : Maintenant, c’est "Yan Wagner". Il y avait des problèmes de droit et de référencement avec "Wagner". Et puis c’est plus marrant de mettre son vrai prénom, de jouer le jeu carrément. 

 

Alors : âge, sexe, profession des parents… Bon : âge alors ? 

29 ans. Je suis né à Paris, dans le 9ème, et j’ai grandi dans le 18ème derrière la butte Montmartre. 

 

Tu faisais déjà de la musique au collège ? 

D’abord, en cherchant à faire de la techno, je me suis acheté des petites machines vers 13-14 ans. Je voulais jouer du Chemical Brothers (Dig Your Own Hole et Public Enemy sont mes premiers disques), mais ça ne ressemblait à rien. 

 

Quand on écoute Public Enemy à 13 ans, ça se passe comment au bahut ? Tu trainais avec les redoublants en faisant de la techno minimale dans ton coin ?

Je n’avais pas beaucoup de potes pour partager ça, et puis j’ai vite dévié vers la techno Radio FG de la bonne époque (Radio FG a été une bonne radio que les moins de 20 ans n’ont pas pu connaître, ndlr). Mon cousin me faisait des cassettes, et je récupérais aussi des compilations de transe psychédélique ! C’est plus tard que la minimale est arrivée, à une époque où j’étais déjà passé à complètement autre chose, j’écoutais du funk. La minimale, c’était surtout un truc que j’écoutais en club, mais je n’en ai jamais faite. 

 

 

Yan Wagner est-il un clubber ? 

J’ai eu ma période "abusée", entre 18 et 22 ans où je sortais tout le temps : soirée jungle ou soirée techno au Rex Club, Cabaret Sauvage, Glaz'art, et même un peu de free parties mais je n’étais pas fan. À l’époque, c’était surtout un truc de drogues, de bolas enflammées et de chiens à trois pattes. Et comme je ne prenais pas de drogues, alors…

 

Jamais ? 

Ça me faisait chier. 

 

Tu as quel âge quand tu te mets à faire tes compositions solo ? 

26 ans, j’étais à New-York où je faisais ma première année de thèse d’Histoire. La Columbia University me fournissait une bourse, donc pas besoin de bosser à côté, je pouvais faire de la musique. C’est à Brooklyn que j’ai fait mes premières scènes. Là-bas, il existe un nombre colossal de salles "do it yourself" pour jouer, et par un heureux engrenage, il y avait toujours quelqu’un pour me booker d'une semaine à l'autre dans des loft, des endroits illégaux… 

 

 

Tu as composé l’album en geekant chez toi ? 

Ca faisait déjà longtemps que je faisais de la musique, du piano, et j’avais eu plein de groupes. A l'époque j’avais 26 ans, et je voulais faire des chansons pop, structurées autour de ma voix. Je ne pensais pas auparavant être capable de chanter tout seul, mais la scène en solo m’a prouvé que je pouvais le faire, et en plus j’adorais ça. Chanter, ça a été mon premier leitmotiv. 

 

Comment t’es-tu retrouvé à enregistrer en France chez Pschent (Masomenos, Discodeine, Tristesse Contemporaine) ? 

En rentrant de New-York, j’ai cherché des labels sans résultat… Mais pour la première fois de ma vie, on me proposait des concerts. Je pense que le fait d’être "le mec qui jouait à New-York" m’a aidé. Et puis après, les trucs cools sont arrivés : Kitsuné est venu à moi, et j’ai fini par rencontrer Arnaud Rebotini à une soirée à laquelle on jouait tous les deux. Parallèlement, j’ai signé avec Pschent, et là, l’équation était parfaite : Pschent et Rebotini. Je pouvais enregistrer.  

 

Rebotini, il fout la trouille un peu ? 

Il fait flipper, mais en fait c’est un nounours. Ce n’est pas du tout un dictateur, parfois il tranchait, mais c’était son rôle aussi. 

 

 

Dans ta bio, il y a un truc très petit-bourgeois. Alors comme ça, tu voulais être pianiste dans les bars, hein ? 

C’est Franck Vergeade (rédacteur en chef de Magic, ndlr) qui l’a écrite, là il fait chier, tu vois (rires) ! La vraie histoire : j’ai joué dans un groupe de jungle quand j’étais ado. Et les mecs, des intermittents avec qui je jouais, étaient trop cools et m’ont donné envie d’avoir leur statut. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans une école à Arcueil. Horrible. Les gens n’ont aucune imagination, ils te chient dessus quand tu leur parles de pop. C’est à ce moment-là que j’ai envisagé de devenir pianiste avant de retourner en Histoire. 

 

Tout le monde a l’air de dire que tu viens d’une formation classique pourtant, non ? 

Pas du tout, je suis un autodidacte qui a pris des cours de piano. Mes parents ne m’ont pas forcé quand j’étais gamin, et j’y suis venu tout seul, à treize ans, en m’achetant des machines et en prenant des cours. J’ai voulu apprendre pour pouvoir jouer avec des potes et serrer des meufs. Logique. 

Au final je n’ai pas serré de meufs, mais entre les cours que j’ai pris et l’école de musique, j’ai assimilé des logiques harmoniques très utiles. 

 

Où en sont tes autres projets de musique et de thèse sur les clubs ? 

Avec Chairs on Backs on avait sorti un maxi en 2006, mais pour Flying Turns on a stoppé, je n'ai plus le temps de tout faire. Au départ on faisait ça avec Gesaffelstein, puis ça a explosé pour lui, donc ce n'était plus gérable de continuer. Ma thèse, c’est en sommeil… Mais attends, j’ai réussi à garder une copine ! Sans rigoler, la recherche, c’est du temps complet. J’ai plein de matériau, mais je la laisse en stand-by pour l’instant. Elle sera consacrée à Paris et New-York, au va-et-vient entre les deux villes, leurs influences, leurs modèles. C’est très accès sur la profession, l’évolution des techniques, pas sur les DJ's. Les journalistes se chargent déjà très bien de ce sujet-là, je leur laisse le soin d’écrire n’importe quoi ! Mon repère temporel de départ est autour de 1948, le début du microsillon et les premiers proto-clubs où l'on peut écouter les disques à fond. 

 

 

Tu préfèrerais faire une carrière aux USA ou en France, à Paris ? 

J’aime Paris du fond du coeur, même si j’ai adoré l’accessibilité des salles de Brooklyn. Mais la vie à Paris est plus saine, il me semble. C’est ma ville, mes potes, les groupes de rap dans le 18ème (rires), et puis c’est trop beau. Putain, le "mot de la fin" de merde. Tous mes "mots de la fin" sont merdiques, il faut le savoir. 

 

Yan Wagner, Forty Eight Hours, sort chez Pschent le 1er octobre. Il sera en concert dans le cadre du Festival Les inRocKs Volkswagen le 5 novembre.

 

Bastien Landru // Photos : Marie Athénaïs