On ne vous connaît pas du tout en France pour l'instant. Comment vous présenteriez-vous, en quelques mots, pour des gens qui ne vous connaissent ni d'Eve, ni d'Adam ?

Max Hershenow : Hum. Pas évident en une ligne... On n'est pas très bons pour résumer, on n'a pas vraiment de phrase de présentation toute prête.

Lizzie Plapinger : Oui, en gros, on est un groupe plutôt indie,  on fait de "l'alt-pop", je dirais. C'est-à-dire qu'on fait de la pop, c'est sûr, mais on essaie de la présenter d'une manière plutôt alternative, pour que notre public puisse avoir une vision de notre musique qui est un peu différente de la pop mainstream qu'on entend à la radio.

Max : On fait de la musique dansante, en fait, même si notre esthétique peut avoir l'air assez dark. Ce qui est drôle, c'est que les gens qui ne nous connaissent pas s'attendent parfois à voir sur scène un groupe plutôt gothique, alors que ce qu'on aime en réalité, c'est vraiment faire bouger les gens! En tant que producteur, je suis encore en pleine phase d'expérimentation, j'essaie de varier les structures rythmiques, parfois je commence à composer des morceaux sur un tempo plutôt rock, parfois plutôt R 'n B, parfois plutôt sombre, c'est vrai. Je ne me ferme pas de portes, j'essaie d'aller partout où je peux musicalement.

 

Débarrassons-nous d'emblée de la question incontournable. Quel âge avez-vous, d'où venez-vous ?

Max:  Nous sommes tous New-Yorkais. En ce qui me concerne, je vis à Brooklyn et j'ai 25 ans.

Lizzie : Moi je vis à Manhattan. J'ai 24 ans.

Max : Tous nos enregistrements sont réalisés à Brooklyn, donc c'est pour ça qu'on se présente souvent comme un groupe de Brooklyn. Zach, qui a 25 ans, vit à Manhattan, et Curtis (28 ans) vit à Brooklyn lui aussi. En fait, on passe notre temps à traverser le fleuve. (rires)

 

 

C'est étonnant, vous n'êtes que deux à représenter le groupe. Où sont les autres membres ? N'êtes vous pas quatre en réalité, avec Zach Nacita et Curtis Nystrom que vous venez d'évoquer ?

Lizzie : Si nous ne sommes que deux à parler pour tout le groupe, c'est parce que MS MR, c'est surtout Max et moi en fait. Le coeur du groupe, c'est nous deux. Toutes les musiques, c'est nous deux qui les produisons et les enregistrons. Zach et Curtis nous apportent surtout la dimension scénique. Ils sont absolument indispensables à la dynamique de MS MR, ils font vraiment partie du groupe, mais dans sa formation live. Curtis, le claviériste, prend en charge les synthés et quelques autres instruments comme par exemple le pedal steel, tandis que Zach s'occupe de la batterie et de la section rythmique. Ceci dit, sur scène, Zach apporte un plus incroyable aux productions composées par Max. Il est vraiment un batteur exceptionnel.

Max : Peut-être que par la suite, on invitera plein de musiciens à nous rejoindre sur scène pour certains concerts, ceci dit. On a l'idée d'arriver peut-être un jour à un spectacle scénique assez grandiose. Mais en tout cas, Zach et Curtis resteront toujours avec nous pour les lives, c'est certain. Comme le suggère Lizzie, produire un rythme par M.A.O., c'est une chose, mais avoir les synthés de Curtis par-dessus et Zach qui joue notre rythme avec une vraie batterie tout en apportant toujours un petit truc personnel supplémentaire, ça enrichit formidablement les compositions.

 

Donc Lizzie, c'est toi la miss de MS, et Max, c'est toi le mr. MR ou c'est le contraire ?

Max et Lizzie : Oui, c'est ça l'idée. Quoique ça pourrait être tout-à-fait être le contraire! (rires)

 

Vous êtes en plein dans votre première tournée européenne, paraît-il ?

Max : Oui, on vient de jouer pour un festival sur l'île de Wight, puis en Belgique; hier à Paris, et ce soir on va à Amsterdam, pour finir en Allemagne.

Lizzie : On était vraiment super excités par l'idée d'aller jouer à Paris. On a entendu des choses incroyables à propos du Nouveau Casino où on a donné notre premier concert en France. On a eu des échos très flatteurs sur notre travail dans la presse française, et le concert qu'on a fait hier soir était tellement génial! Ce fut un énorme plaisir, et on a trouvé ça renversant, l'enthousiasme et l'énergie avec lesquels on a été accueillis. On nous avait prévenus pourtant : le public parisien peut être très froid, plutôt exigeant et dur à satisfaire. Mais hier, les gens dansaient, chantaient, ils étaient souriants, plein d'entrain! C'était vraiment très chouette.

 

 

Quelque chose est étrange quand même. Pour l'instant, vous vous êtes faits connaître pour être un groupe particulièrement mystérieux, qui ne révèle presque rien sur son identité et poste très peu de photos de ses propres musiciens. Pourtant, vous acceptez de donner une interview... Vous en aviez assez d'être dans l'ombre, c'est ça ?

Max : Non, pas du tout. Enfin... il faut dire que c'est l'une de nos toutes premières interviews que l'on fait là (rires). En fait, on cherche surtout à mettre notre musique en avant. Avant de nous mettre nous-mêmes en avant, on cherche à donner aux gens le temps d'écouter d'abord notre musique, de s'y plonger, de la laisser respirer un peu sans disparaître sous la médiatisation de ceux qui la font. Quand on fait de la pop, souvent, la musique finit par s'effacer derrière la personnalité de ses créateurs, on finit par beaucoup plus parler des stars elles-mêmes que de ce qu'elles produisent réellement. Nous, on veut vraiment être connus en tant que musiciens avant tout, pas être des personnalités médiatiques. On n'est pas du tout obsédés par l'idée d'être connus. 

Lizzie : On n'a jamais cherché à être un groupe anonyme, ou mystérieux pourtant. Maintenant, c'est pendant nos concerts qu'on donne l'occasion aux gens de vraiment être sur la même longueur d'onde que nous, de vibrer avec nous. On est des êtres humains normaux, et on est en train de vivre une période de transition en ce moment, dans la mesure où pour la première fois, on a vraiment l'occasion de jouer beaucoup sur scène. Sur scène, ce qui nous intéresse, c'est d'interagir avec les gens du public, et avant tout de les remercier, au final. Les remercier de leur présence, de leur appréciation, de leur soutien. C'est eux qui nous donnent la possibilité d'aller jouer des concerts en live et d'atteindre notre objectif : faire de la musique! Donc c'est la moindre des choses que de les remercier.

 

Vous dites que vous voulez mettre la musique en avant, mais pourtant, la première chose qu'on trouve sur vous sur le net, c'est votre tumblr rempli d'images étranges. Quelle part l'esthétique prend-elle alors dans votre musique ?

Max : Oui, c'est vrai que dans ce qu'on fait, l'esthétique est primordiale elle aussi. La musique a toujours besoin de faire partie d'un ensemble visuel, d'être environnée d'une iconographie particulière. Je pense qu'être auteur-compositeur, ça signifie aussi : être capable d'assembler plein d'éléments ensemble. Ca signifie être un artiste sur un grand nombre de plans différents. Donc pour nous, l'esthétique est très importante parce qu'elle est une extension directe de notre pratique artistique.

Lizzie : La musique est au premier plan, mais elle constitue aussi un laboratoire exceptionnel pour pouvoir expérimenter toutes sortes de choses. Elle permet de travailler avec des photographes, des réalisateurs différents, des créateurs de tous bords. On essaie volontairement de conférer un aspect cinématographique à notre musique. C'est un choix très réfléchi, une orientation visuelle parfaitement assumée.

 

 

Vous avez donc le contrôle total sur la direction artistique de vos projets ? Vous êtes totalement libres de faire comme bon vous semble, sans contraintes particulières, liées à des impératifs de label par exemple ?

Max : Oui, absolument. On se fait une confiance totale entre nous dans l'équipe, incluant notre manager, et on a tous parfaitement conscience de ce vers quoi on souhaite amener notre musique, quel univers on veut créer.

Lizzie : Effectivement, on n'a jamais ressenti une quelconque pression de la part de quiconque, on est très bien entourés. Et ça, c'est vraiment une chance - en tout cas, c'est quelque chose de très précieux, car c'est très rare, surtout dans le domaine de la pop pour être honnête.

 

Beaucoup de gens semblent penser que vous faites partie de ces quelques groupes labellisés "undergrounds", voire "hipsters", à avoir le potentiel de percer pour atteindre le sacro-saint succès commercial. Qu'en pensez-vous ? Vous aimeriez que ce soit le cas, ou l'idée de devenir mainstream vous déplait ?

Lizzie : L'avenir nous dira si ça se confirme ou pas! On est très pragmatiques et pour l'instant, on est très contents de faire ce qu'on peut, et on est déjà très satisfaits de ce qu'on nous offre. Mais c'est vrai qu'on a un peu tendance à voir les choses en grand, on se prend parfois à rêver.

Max : On a de grands projets, oui. L'un des raisons principales pour laquelle on fait de la musique, c'est évidemment pour que les gens puissent l'écouter. On veut pouvoir continuer à faire ce qu'on veut faire, mais en même temps, on voudrait pouvoir l'apporter au maximum de gens possibles. C'est ça ce qui rend l'aventure excitante.

Lizzie : Evidemment, l'idéal serait de réussir toujours à conserver notre intégrité et notre identité artistique. On vient vraiment d'un milieu plutôt alternatif, donc on essaie d'apporter nos références underground à un édifice plus grand. On n'a aucunement la prétention de déterminer qui ou quel type de personnes devrait écouter notre musique, on ne cherche nullement à être élitistes; ce serait merveilleux de savoir que le plus grand nombre de gens possible puisse nous écouter. On a créé un corpus de travaux, et on espère que tout un chacun pourra y trouver quelque chose. A chacun de trouver ce qu'il souhaite en retirer.

 

 

Comment gagniez-vous votre vie avant de vous consacrer exclusivement à la musique ? D'ailleurs, réussissez-vous à gagner votre vie uniquement par l'activité du groupe ?

Max et Lizzie : A l'heure actuelle, on se concentre effectivement uniquement sur la musique.

Max : Avant, j'étais serveur. Après mes études d'urbanisme, que j'ai faites dans la même université que Liz, je suis allé à New-York, j'ai intégré une école de danse, la Martha Graham School, et j'ai commencé à être serveur à côté. Et je dois dire que mes collègues de l'hôtellerie ont été un soutien incroyable pour notre groupe, ils étaient dès le début derrière moi à nous encourager.

Lizzie : C'en est presque une tradition à New-York ! (rires) Chez nous, être serveur, c'est presque un passage obligé pour tous les artistes en herbe. En ce qui me concerne, j'ai fondé le label de musique Neon Gold pendant que j'étais à l'université. Je me suis dit que j'allais me lancer à fond dans l'industrie musicale, et je croisais les doigts pour que quelqu'un me repère et finisse par m'offrir un vrai boulot dans le secteur ! J'ai eu beaucoup de chance, parce que mon label a bien marché. Encore aujourd'hui, je continue à le diriger avec mes associés, et à côté de MS MR, c'est ce boulot-là qui constitue mon véritable travail à plein temps. A part ça, Zach et Curtis qui, à la base, sont des amis d'amis, travaillent avec d'autres groupes aussi. Quant à Max, il produit de plus en plus. On va dire que progressivement, on arrive à vivre de notre musique, oui. On est jeunes, donc c'est vraiment le moment de foncer, et de consacrer toute notre énergie au groupe.

 

Quelques mots à dire sur votre formation musicale ?

Max : Ce qui est bien, c'est qu'on apporte tous vraiment quelque chose de singulier. Moi j'ai commencé par apprendre le piano vers l'âge de quatre ou cinq ans, j'ai pris des cours de piano classique pendant des années, et puis j'ai commencé à produire de la musique parce que je voulais écouter quelque chose que je ne réussissais pas à trouver ailleurs. Toutes ces années de piano, ça commençait à me peser. J'en jouais depuis longtemps, et j'avais l'impression que je tournais en rond avec toujours les mêmes accords, les mêmes harmonies, donc je me suis mis à chercher d'autres manières de composer. Ce qui est intéressant, c'est qu'en revanche, Lizzie n'a, elle, absolument aucune formation musicale. Lizzie aborde la musique de manière vraiment viscérale, elle brise mes schémas préétablis, elle bouscule mes habitudes provenant de longues années de formation. Avec elle, on est carrément tout le temps obligé de la prier de chanter des notes qui existent en vrai sur la portée ! (rires

Lizzie : Ce sont de vraies notes, c'est juste qu'elles n'existent pas dans les gammes occidentales ! Je me dis tout le temps "il est nul votre système, il ne connait pas cette note-là !" (rires) Max a raison en tout cas. Il est l'une des premières personnes devant qui j'ai dû réellement essayer de chanter juste. Ca peut avoir l'air très cliché de dire ça, mais j'aime la liberté que me procure mon absence totale de formation musicale. Je n'ai jamais pris un seul cours de chant de ma vie, mais j'ai toujours chantonné pour moi-même des mélodies qui me venaient, j'ai toujours été attirée par l'idée de faire de la musique, je passais mon temps à chantonner quand j'écoutais la radio; quand je vais voir un groupe, j'adore m'époumoner de concert avec le chanteur quand je suis dans le public. Le meilleur, c'est quand dans l'anonymat de la foule, on peut chanter à tue-tête les airs du groupe en choeur avec les musiciens! J'ai reçu beaucoup de compliments sur ma voix, ce qui me touche énormément, mais je ne me considère pas vraiment comme une chanteuse, plutôt comme une personnalité qui possède une voix à son image. C'est incroyable d'avoir un public qui y réagit si bien, parce que moi, j'ai du mal à percevoir le son que donne ma propre voix, il m'est très dur de l'analyser.

Max : J'adore sa voix, parce qu'on dirait qu'elle est toujours sur le point de se casser, toujours sur le fil du rasoir. Sa voix entretient un certain suspense je trouve, ce qui est très stimulant pour un musicien. J'aime les voix singulières, celles qui ont des fêlures, des imperfections, je les trouve toujours plus émouvantes que les voix parfaitement justes.

 

 

Vous laissiez entendre que vous commencez tout juste à assurer régulièrement des concerts live. Vous avez donc très rapidement trouvé un label ? Comment avez-vous été découverts ?

Max : En fait, on a été signés avant même de faire un seul concert. Oui, je sais, ça a l'air fou. Moi aussi, je trouve que c'est dingue, quand on y pense !

Lizzie : C'est très drôle ce qui nous est arrivé, en fait. Il y a un peu plus d'un an, on commençait à disposer d'un petit stock de morceaux qu'on avait composés dans notre coin, sans les faire écouter à personne, et on s'est dits que juste pour voir, on allait balancer le tout sur Bandcamp, dans l'anonymat total, sans révéler quoi que ce soit sur nos identités respectives. On a ainsi mis en ligne une démo en forme d'EP, Candy Bar Creep Show. Tout-à-coup, on s'est mis à recevoir plusieurs emails de la part de professionnels de la musique, ce qui nous flattait énormément, mais nous rendait assez perplexes aussi, parce que nous n'y étions pas du tout préparés. Ce qui a rendu la situation assez comique, c'est que comme je possède mon propre label, j'avais déja un pied dans l'industrie musicale : ainsi, certains des mails que nous recevions étaient de la part de gens que je connaissais en vrai, alors qu'eux-mêmes n'avaient aucune idée que j'étais moi derrière ce projet-là ! Du coup, on ne savait pas du tout comment réagir. En plus, Neon Gold a fini par rejoindre Columbia Records en tant que joint-venture, et je me suis mise à travailler directement avec certaines de ces personnes. Par le plus grand des hasards, j'ai entendu dire par un de mes collègues que le PDG de la boîte était tombé totalement amoureux de l'EP et qu'il cherchait à se renseigner sur MS MR par tous les moyens, demandant partout si qui que ce soit connaissait les membres du groupe ou avait des tuyaux à filer les concernant, et là, j'ai vraiment commencé à ne plus savoir sur quel pied danser. Un ami qui nous connaissait tous deux m'a alors dit "écoute, ce n'est plus possible, il faut bien que tu finisses par lui avouer que c'est toi, sinon tu vas le faire passer pour un imbécile à terme, s'il continue à chercher partout des renseignements sans jamais savoir que la réponse se trouve juste devant son nez". J'étais terrifiée, honnêtement. En désespoir de cause, j'ai donc appelé le boss pour lui parler. Je n'avais sincèrement aucune idée de comment il allait réagir, je m'attendais même à être virée. Quand j'ai commencé à lui parler du groupe, il m'a dit qu'il était fou de la musique, de l'esthétique, des clips, de tout ce qu'était MS MR, en somme. Lorsque je lui ai avoué que c'était Max et moi qui étions en fait derrière, il a tellement halluciné qu'il était mort de rire. Il nous a félicité, nous a exhorté à continuer notre travail sans se soucier de quoi que ce soit, et il nous a proposé de venir le voir dès qu'on était prêts à passer à la vitesse supérieure. Et voilà.

 

Quelles sont vos influences notables, alors ? On dirait que vous avez digéré toute la pop culture du XXème siècle dans vos clips. Diriez-vous qu'il en va de même pour votre musique ?

Lizzie : Notre réponse à cette question classique serait justement de dire que nos influences sont si variées qu'elles sont quasiment impossibles à déterminer précisément, à vrai dire. On assimile tant de choses différentes quand on écoute de la musique.

Max : On écoute tous les deux tant d'artistes de styles variés. Nous n'avons pas particulièrement de musicien favori qui nous vienne directement à l'esprit, le genre de type dont on écoute l'album en boucle. On ne s'est jamais dits "tiens, c'est ça qu'on va faire, on veut sonner comme tel ou tel groupe". On n'a jamais cherché particulièrement à faire une musique dark, pleine de percussions et d'orgue, mais finalement, c'est ce qui en est sorti! (rires) On nous compare parfois à des groupes célèbres qu'on adore, comme par exemple Florence and the Machine, et on se sent infiniment honorés à chaque fois que ça arrive, mais ce n'est jamais le résultat d'une démarche consciente pour essayer d'imiter le style de ces groupes.

 

Quel est votre processus de création à tous les deux, puisque vous faites tout ensemble ?

Lizzie : Max produit tous les morceaux de l'album, c'est-à-dire qu'il compose les titres en entier, avec tous les instruments. Il commence souvent par la structure rythmique, et moi, la plupart du temps, je me mets à chanter par-dessus les mélodies qui me viennent à l'esprit. Parfois, c'est moi qui ai d'abord une idée en tête, auquel cas je lui soumets une version acapella, et Max commence à mettre mes paroles en musique à sa convenance. Notre collaboration, c'est vraiment du 50-50 au final. On est dans le dialogue permanent lui et moi, chacun apporte tout le temps des petites modifications au travail de l'autre.

Max : On s'occupe effectivement de toute l'étape de composition ensemble, elle et moi. Il est difficile de déterminer qui de nous deux pourrait revendiquer la paternité de tel ou tel morceau de l'album, notre collaboration se fait vraiment de manière fluide et spontanée sur tous les aspects de la production. On est sur la même longueur d'onde, à propos de quasiment tout. Nos apports mutuels se complètent parfaitement.

 

 

Vous nous faites un petit trip à la Jack et Meg White là, non ? Vous jouez un peu au coup du faux frère / vraie soeur / vrai mari / fausse épouse ?

Max et Lizzie :  Ah non, pas du tout ! (rires) Vraiment pas, on est juste amis, tout simplement.

Max : Je suis gay, et fier de l'être.

Lizzie : Moi, je suis une femme hétéro, et très fière de l'être aussi ! (rires)

Max : Mais c'est vrai qu'on nous prend souvent pour des frères et soeurs, ce que je trouve très amusant.

Lizzie : Sur scène, notre alchimie est importante. Il y a quand même toujours un aspect sensuel (voire sexuel) non négligeable lorsqu'on voit un couple sur scène.

Max : Peut-être que ce qui nous rend vraiment libres de jouer avec cette sensualité, c'est précisément que nous ne sommes pas - et que nous ne serons jamais - attirés l'un vers l'autre. Du coup, il n'y a aucune tension entre nous.

Lizzie : Et surtout aucun malentendu, donc aucun malaise. D'ailleurs, je me surprends moi-même à devenir une créature très sensuelle lorsque je suis sur scène, ce n'est vraiment pas du tout la manière dont je me perçois au quotidien... C'est la musique qui provoque ça !

 

Pourquoi avez-vous choisi de développer une imagerie si particulière? Vos images peuvent être à la fois assez gore, touchantes, malsaines, oniriques ou simplement harmonieuses esthétiquement. Quels sont vos critères de sélection lorsque vous décidez d'ajouter une image à votre iconographie ?

LIzzie : Ce qui compte, ce n'est pas de sélectionner une image en particulier, mais c'est l'ensemble de la collection qui donne son sens à notre univers graphique. Nous souhaitons livrer des bribes de nos personnalités à travers nos images. C'est pour cela qu'elles sont si variées. Elles sont à l'image de nos humeurs changeantes; elles sont parfois fantomatiques ou effrayantes, voire sanglantes, et à d'autres moments, elles sont humoristiques ou mignonnes. La beauté des comptes tumblr, c'est cette liberté de présentation qu'ils permettent, sans contraintes, sans non plus être obligé de fournir des explications à tout. A vrai dire, on ne se casse pas trop la tête dessus.

Max : En fait, à l'image de notre musique, ce que notre tumblr révèle, c'est qu'on essaie de se laisser le plus de portes ouvertes possibles. On aime avoir toujours des alternatives. Nous avons ainsi tendance à en faire en permanence trop: trop de musique, trop de productions, trop d'images... Nous avons par exemple composé vingt-cinq titres pour un album qui n'en comporte que onze au final. On aime partir dans tous les sens, explorer toutes les voies qui s'offrent à nous. Nous ne nous demandons pas quelles sonorités nous devons avoir, quelle esthétique nous devons respecter, on essaie de bricoler tout ce qu'on peut en partant de tout ce qu'on trouve. Notre tumblr, c'est une sorte d'exutoire.

Lizzie : Oui, il représente à la fois tout et rien. Il s'agit d'images que nous récupérons à droite et à gauche, ça peut-être tout et n'importe quoi justement : des gifs, des captures d'écran... On adore l'esthétique du collage. Bon, dans l'idéal évidemment, on disposerait de nos propres graphistes qui pourraient nous créer des illustrations à l'envi. Pour l'instant, on se contente de ce qu'on trouve sur le net. C'est comme dans nos vidéos, tout le monde y voit des choses différentes. Contrairement à ce qu'on pourrait croire en tout cas, vu le côté psychédélique de nos créations et même si j'aime bien fumer des pétards de temps en temps, la drogue ne joue aucun rôle dans notre processus créatif, désolée ! (rires)

Max : C'est vrai. Nos instants les plus créatifs, musicalement et esthétiquement, c'est simplement les lendemains matins, quand on a la gueule de bois.

 

 

Pour finir, quels sont alors vos plans d'avenir immédiats ? Des projets communs avec d'autres artistes en perspective ?

Lizzie : Il y a tellement de gens avec qui nous souhaiterions collaborer ! On adore Grouplove par exemple, avec qui nous avons pour l'instant fait plusieurs lives; Twin Shadow aussi, qui nous a remixés... on adorerait faire une tournée avec lui. Il y a tellement de gens avec qui on voudrait enregistrer, ceci dit.

Max : Pour l'instant, on ne se pose pas vraiment la question. On a déjà du mal à réaliser que nous sommes arrivés si loin si rapidement  ! On nourrit certes de vagues ambitions, mais on laisse les choses venir. Je ne veux pas faire de plans sur la comète si tôt, pour ne pas être déçu plus tard. En ce qui nous concerne, notre album sortira en début d'année prochaine en tout cas, ce qui est déjà énorme pour nous. Toutefois, nous ne lui avons pas encore trouvé de titre pour le moment.

Lizzie : Cet album, ce sera notre premier bébé en quelque sorte ! Pas de collaboration notable ou de featurings particuliers dedans, il s'agit juste de nos sons à nous, histoire de nous présenter. C'est un point de départ dont nous sommes fiers, qui expose nos forces et nos faiblesses et montre où nous voulons en venir.

Max : Il nous reste tant de choses à explorer encore. Nous n'en sommes qu'au début, et les perspectives qui s'ouvrent à nous sont fascinantes. Nous sommes dans un état un peu extatique en ce moment, surexcités et angoissés à la fois. On verra bien ce que l'avenir nous réserve.

Lizzie : En tout cas on reviendra en France, ça ne fait pas un pli. On y a passé des moments incroyables. On a déjà prévu de revenir pour les Transmusicales. Merci Paris pour avoir dansé avec nous !

 

Le premier EP de MS MR, Candy Bar Creep Show, est disponible chez Creep City Records.

 

 

Propos recueillis et traduits par Scae.