Déflagration. Si Brain Magazine ne méritait que sept questions, le dernier album de Tame Impala, Lonerism, mérite ses sept étoiles de feu dans n’importe quel classement des sorties rock de l’année. Les mots manquent, en 2012, pour parler de musique psychédélique, mais comme pour Innerspeaker (2010), Lonerism est peu à peu de mieux en mieux (expression de la banlieue de Thiers, ndr) au fil de l’album. Les compositions et les structures, si l’on peut dire ainsi, sont époustouflantes. Comme si l’inspiration avait une source secrète et infinie, et Kevin Parker, décidemment fontaine d’inventivité, de répondre toujours aussi prosaïquement quand on l’interroge.

 

 

Les autres membres de Tame Impala disent de toi que tu es une sorte de "savant fou et chiant". Tu confirmes que c'est l'image que tu renvoies de toi ? Penses-tu pour autant que Jay, Dominic et Nick soient plus "normaux" que toi ?
Kevin Parker : Ils ont dit ça ? Quelle bande de connards...

 

 

A propos de votre dernier album, tu as précisé que tu privilégiais les états d'esprits "inconfortables" pour composer efficacement. En allait-il de même pour Lonerism ? Est-ce que tu te forces à te plonger dans cet état d'esprit particulier ?  

Le problème central, ce n'est pas exactement de se "sentir mal à l'aise", mais il me semble que l'inspiration la plus profonde te vient aux moments où tu n'es pas vraiment satisfait, c'est-à-dire lorsqu'il y a quelque chose qui cloche ou lorsque tu sens qu'il te manque un truc dont tu as besoin. Pour moi, écrire de la musique joue en quelque sorte le rôle d'une thérapie: ça comble un vide. Bien sûr que je n'aime pas me sentir insatisfait en général, mais si tout allait tout le temps pour le mieux, si tout était parfait, je ne ressentirais pas le besoin de composer de la musique. Je suppose qu'il en va de même pour toute forme d'expression artistique. Pour toute forme intéressante d'expression artistique, en tout cas.  

 

 

Que représente la couverture de l'album ? N'est-ce pas le jardin du Luxembourg à Paris ? Cette image est bien loin du paysage de fou illustrant la pochette de votre dernier album, non ? Dans Lonerism, on trouve aussi un morceau qui a un titre français, Endors Toi. Doit-on en déduire que la France est une grande source d'inspiration pour vous ?

Le but de cette pochette, c'est d'illustrer le titre de l'album par une atmosphère qui y correspond. Je pense que certaines personnes captent l'idée, d'autres peut-être pas, et cette perspective me plaît. Il n'y a pas de sens caché à y découvrir, mais j'aime le principe que différentes personnes peuvent y percevoir différentes choses. Cette image est toute simple, sans effets psychédéliques complètement barges ou d'autres trucs du genre, donc tu peux en faire ce que tu veux. Effectivement, l'image représente ce jardin public parisien, mais franchement, ça pourrait être n'importe où. C'est juste que cette image convenait, en exprimant la bonne idée au bon moment.

Pourquoi Endors Toi ? Simplement parce que je passais alors quelque temps en France, et qu'une fois, j'ai entendu quelqu'un dire ça à quelqu'un d'autre. J'ai trouvé que ces mots sonnaient super bien, et puis j'avais besoin d'un titre pour ma chanson qui parlait de s'hypnotiser soi-même. Je trouve que c'est génial, cette manière de dire à quelqu'un de s'endormir: en anglais, on n'exprime pas cette idée de la même façon, on dit "va dormir" ("go to sleep", ndlr). Pour nous, "Endors-toi", ça sonne comme "(en)dors toi en toi-même" ("in-sleep yourself", ndlr).

Pour revenir là-dessus, je ne pense pas que j'étais particulièrement inspiré par la France en tant que telle (même si j'en viens maintenant à la considérer comme ma deuxième patrie), mais plutôt par l'endroit précis où je me trouvais au moment où je composais l'album. Du coup, j'y ai incorporé des éléments de ce qui constituait alors mon environnement quotidien.

 

 

Quand et comment as-tu écrit Lonerism ? Par pitié, ne répond pas "dans l'avion et des chambres d'hôtel", parce que sans vouloir te vexer, j'aurais du mal à le croire.

"Bienvenue à l'avenir, mec !" (en français dans le texte, ndlr).

 

Tu ré-écoutes souvent tes propres morceaux après la sortie de l'album ? Quelle impression ça te fait ? Fais-tu partie de ces perfectionnistes obsessionnels qui veulent tout recommencer à chaque fois ?  

Je pense que personne n'aura écouté les morceaux de cet album un plus grand nombre de fois que moi pour au moins les dix prochaines années. A partir du moment où je commence à travailler sur un titre, je l'écoute et le ré-écoute obsessionellement, je ne sais même pas pourquoi. J'essaie toujours de ressentir quelque chose, où de m'assurer que j'arrive toujours à ressentir quelque chose, en tentant de me décider si j'adore où je déteste tel ou tel aspect... j'essaie de me mettre dans la peau de quelqu'un qui écouterait ces morceaux, et qui les adorerait... ou les détesterait. Je pense à toutes les choses que je voudrais modifier, mais en même temps, l'idée que j'aurais pu faire quoi que ce soit de différent me terrifie. C'est un peu bizarre. Mais bon, au final, je suis la plupart du temps satisfait du résultat !

 

Apocalypse Dreams by Tame Impala

 

Est-ce que tu es heureux ? Si c'est le cas, saurais-tu comment te rendre encore plus heureux ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi donc ?

Je pense que je suis heureux. Je serais probablement encore plus heureux si je possédais une grande maison avec un studio d'enregistrement à l'intérieur, mais peut-être bien que je me trompe, et que ça ne me rendrait pas plus heureux que ça en fin de compte. Quoiqu'il en soit, ça ne va pas m'empêcher de tout faire pour que ça m'arrive!

 

 

Tame Impala sera en concert le 15 octobre au Bataclan à Paris.

 

 

Bastien Landru.