Qu'est-ce que ça veut dire, "Flight Facilities" ? Pourquoi avez-vous choisi ce nom-là ? 

A la base, Flight Facilities était une compagnie australienne de charters que possédait l'un de nos grands-pères. Le nom et le logo étaient identiques à celui que nous utilisons, donc nous avons repris l'idée en développant la thématique de l'aviation. Ca a eu un succès fou, nous n'aurions jamais imaginé que ça marche aussi bien.

 

Vous faisiez quoi avant de produire de la musique? Qu'est-ce qui vous a amené à la musique en général, et au DJing en particulier ?

Avant de faire de la production musicale en tant que telle, l'un de nous deux faisait partie de plusieurs groupes à la fois et l'autre faisait la plonge et livrait des pizzas. Nous traînions pas mal dans diverses boîtes de nuit, et on s'est progressivement retrouvés plongés dans l'indie et l'électro. Aussi bien nos meilleurs amis que des membres de nos familles étaient DJ's, donc nous sommes toujours restés proches de ce milieu. Il ne s'agit pas d'une décision consciente, au moment où on a commencé à mixer, nous étions déjà en plein dedans, dans ce milieu noctambule. C'est vraiment addictif.

 

 

Crave You est sorti il y a déjà deux ans. Qu'avez-vous fait pendant le temps qui vient de s'écouler ? Répondez au format tweeter, si possible (140 caractères).

Ok, on va essayer de faire le plus court possible.

On a sorti: 

- 2 morceaux originaux 

- 6 remixes

- 4 mixtapes

- et on a fait 10 tournées.

On attend de sortir:

- 4 productions persos (dont 2 terminées qui attendent au chaud) 

- 1 remix

- 4 mixtapes

 

Pourriez-vous nous confier une anecdote particulièrement marquante de vos folles années en tant que DJ's ?

L'un des trucs les plus bizarres qui nous soit arrivé récemment, c'était au moment où nous faisions un concert à Panterra, en Indonésie. Après le concert, nous étions en train de rentrer à la villa où nous étions hébergés lorsque tout-à-coup, un bruit étrange provenant du sol attira notre attention. Un tout petit serpent d'environ 30 centimètres cherchait à s'enrouler autour de nos chevilles. On s'est mis à taper du pied et à donner des coups dans les cailloux et la poussière pour l'effrayer, mais ça n'a fait que l'exciter, il cherchait d'autant plus à sauter sur nos chevilles. C'était assez flippant, mais en même temps, on n'arrivait pas à s'arrêter de rire, tellement on était ahuris par la pugnacité et la témérité d'une créature qui faisait à peine la taille d'un lacet.

 

Etre DJ, c'est aussi cool qu'on se le représente ? C'est aussi chiant qu'on se l'imagine ?

Les deux. Quand c'est cool, c'est le truc le plus génial qu'on puisse imaginer. Quand on s'emmerde, on ne peut tout simplement pas faire plus chiant. C'est comme ça que ça marche, c'est l'essence même de ce boulot. Les deux extrêmes vont ensemble: pour vivre des instants aussi extatiques, en contrepartie, il faut forcement être dans le creux de la vague de temps en temps. On a énormément de chance de pouvoir faire la fête dans certaines des villes les plus incroyables au monde. Et en plus, on peut même se targuer d'appeler ça le boulot! Evidemment, du coup, on passe notre temps assis dans l'avion ou en train d'attendre à l'aéroport. Il n'y a pas beaucoup de gens qui savourent ces moments-là. Au final, la balance penche clairement en notre faveur : les bons côtés l'emportent sur les mauvais, et on ne changerait ça pour rien au monde. On s'amuse tellement à vivre de notre passion. Quand on a la chance de pouvoir dire ça de son travail, la vie devient une véritable partie de plaisir.

 

Dans le clip de Crave You, Giselle a un serpent. Elle a l'air folle. Est-elle réellement cinglée ? Comment l'avez-vous rencontrée ?

On ne s'est pas trop occupés du clip. On a laissé Moopjaw gérer l'ensemble, incluant la direction des actrices, car nous croyons fermement en ces dernières lorsqu'il s'agit de faire montre d'une telle créativité. Moopjaw nous a effectivement parlé d'un serpent. On ne sait pas trop si ça a vraiment plu à Whitney, l'actrice jouant Giselle, mais franchement, pour quelqu'un en train de manipuler un reptile, elle avait l'air plutôt à l'aise. Par ailleurs, nous n'avons toujours pas rencontré une seule des actrices. Peut-être qu'on réussira enfin à le faire un jour, ce qui nous donnera l'occasion de les remercier.

 

 

Le clip de With You ressemble beaucoup au film pour les Daft Punk, Interstella 5555. C'était un hommage ? Une (petite) erreur ? Imaginons que des avocats vous fassent un procès, vous réagiriez comment ?

On a jamais cherché à ce que With You ressemble à Interstella 5555. Tout ce que nous voulions, c'était un clip animé dans lequel on pouvait apparaître tous les deux sous forme de brefs caméos. Tout ce qui dépasse ce très léger cadre n'est pas vraiment de notre ressort. Ben, le directeur artistique pour l'animation, adore les anime japonais et a voulu faire quelque chose dans ce style-là. Ce n'est qu'au moment où l'on nous présenta des démos déjà assez avancées qu'on a commencé à se rendre compte qu'il y avait une certaine ressemblance avec le film des Daft Punk. Ben s'est principalement inspiré de Megaman et d'Astroboy. On ne pense pas qu'il ait pensé une seule seconde à Interstella 5555. Mais maintenant que le clip est sorti tel quel, on le considère comme un hommage à nos musiciens préférés. Si ça doit déjà ressembler au travail de quelqu'un d'autre, pourquoi ne pas carrément le faire ressembler au travail des deux meilleurs producteurs d'électro au monde ? Parfois, nous en venons même à souhaiter qu'une référence aux Daft Punk soit incluse dans la vidéo, mais nous n'avions pas capté la ressemblance jusqu'au moment où celle-ci était déjà quasiment terminée. Il est peu probable qu'elle entraîne un jour des poursuites judiciaires. A notre avis, Thomas et Guy-Manuel se montreraient compréhensifs, eu égard à leur emploi caractérisé du sample et de la référence. Nous sommes vraiment énormément fans de leur oeuvre, et nous ne pouvons qu'espérer qu'ils perçoivent le clip comme un hommage admiratif à leur travail. Notre manière de procéder lorsque nous produisons de la musique s'inspire en très grande partie de leurs méthodes et de leur travail. Ils constituent l'une de nos plus grandes sources d'inspiration, si ce n'est la plus grande tout court.

 

Vous vous sentez proches de ce qu'on appelait la French Touch ?

Oui, on s'identifie pas mal à la scène française. Quand on s'est mis à apprendre à mixer, on écoutait et on jouait quasiment tout ce qui fait partie du catalogue Ed Banger. Justice, SebastiAn, Mr. Oizo, Mehdi, Busy P et consorts, tous ont fait partie de nos sets avant que nous lancions Flight Facilities. Nos plus grandes influences françaises sont probablement Fred Falke, Alan Braxe, DJ Falcon et Daft Punk. On aime beaucoup se replonger dedans de temps en temps, et réécouter par nostalgie ces morceaux qui nous rendaient fous sur un dancefloor. On se fait des sessions studios assez marrantes comme ça, parfois. La France a fait incroyablement évoluer la manière dont la dance est élaborée, et elle a joué un rôle incontournable dans notre propre perception de l'électro, ainsi que dans les choix musicaux que nous avons effectués ensuite.

 

Miike Snow - The Wave (Flight Facilities Mix) 

 

L'été dernier, vous avez remixé un morceau de Miike Snow qui est plutôt "minimal", comparé au style habituel de vos autres titres. Est-ce que ça signifie que vous essayez d'expérimenter avec les genres, que vous tentez de changer de format ?

On n'aime pas trop entrer dans des catégories. Tous les musiciens devraient avoir le droit de naviguer librement entre les styles sans qu'on le leur reproche. Tant que le résultat final est à la hauteur du temps et des efforts investis dans la production, le genre musical ne devrait pas être pris en compte. Nous avons pris beaucoup de plaisir à remixer la piste de Miike Snow. On voulait que notre morceau reste fidèle à l'original tout en le transformant en track vraiment progressive vers la fin. Pour l'instant, on n'a pas eu l'occasion de jouer ce titre en live plus d'une seule fois, donc on est impatients de le tester sur une audience européenne. A l'avenir, nous comptons bien faire quelques expériences dans d'autres styles musicaux, mais en tentant toujours de conserver ce qui fait l'identité de notre son à nous, quel qu'il puisse bien être.

 

Vous préférez les voix de femmes ? Vous aimez faire chanter quel type de voix sur vos morceaux ?

Les filles ont plus l'habitude de chanter en solo que les mecs, du coup, il est plus facile d'en trouver avec qui travailler, d'autant plus qu'elles font fréquemment preuve de beaucoup d'intérêt à collaborer avec nous. Comme on associe la plupart du temps les voix masculines à des groupes bien définis, il est souvent plus difficile de trouver un type qui a une voix vraiment unique. D'habitude, nous nous contentons de chercher des voix qui conviennent aux instrus que nous composons. Il s'avère que pour l'instant, nous avons plus eu recours à des voix féminines, mais à l'avenir, et tant que faire se peut, nous avons la ferme intention d'utiliser plus de voix masculines dans nos productions. Ce qui est primordial, c'est de réussir à trouver une voix vraiment unique qui se différencie des autres, quoique de temps en temps, un morceau peut tout-à-fait se prêter à une voix plus générique. Aucune de ces décisions n'est prise à la légère en tout cas, nous réfléchissons à chaque fois beaucoup avant de jeter notre dévolu sur telle ou telle voix.

 

Qui est votre chanteuse préférée de tous les temps ?

Pour le coup, nous devons vraiment tirer notre révérence à Donna Summer. Elle est décédée cette année et elle fut l'une des plus grandes voix de la disco comme de la dance. Elle fut samplée un nombre incalculable de fois, et elle chante sur un titre qui est aujourd'hui largement considéré comme le premier morceau de dance de tous les temps : I Feel Love.

 

 

On s'imagine que vous bossez dans une énorme pièce remplie à ras bord de vinyles de funk. Est-ce le cas ? Pourriez-vous nous décrire votre espace de travail ?

Notre studio n'a vraiment aucune gueule. Les couleurs y sont fades et il y a des vieux morceaux d'isolant phonique à moitié pétés qui pendent de partout. En plus de ça, on a collé sur les murs un tas d'articles et d'extraits de presse découpés, des cartes de France et un plan du métro de Londres. La fenêtre donne sur un bout de voie ferrée à côté d'un parking, donc même quand on ne fait pas de musique, l'endroit peut être assez bruyant. Un vieux SE1-X cassé traîne sur le bureau à côté d'une figurine Buzz Lightyear qu'on a achetée en Italie à un moment où on était honteusement bourrés. On lui a plaqué un autocollant Flight Facilities sur la figure. Une grande affiche de Cindy Crawford surplombe le bureau, surveillant notre travail. La pièce est, dans son intégralité, bien plus laide que tout ce que vous pouvez imaginer, donc on va s'arrêter là, histoire de ne pas totalement ruiner la représentation mentale que vous en avez. Il faut vraiment qu'on la fasse refaire, histoire qu'elle ne soit plus si déprimante. Mais parfois, on se dit que justement, cette pièce dégueu nous inspire des chansons joyeuses et lumineuses, pour contrebalancer. Ainsi, lorsque nous fermons les yeux, nous avons l'impression d'être dans un bien meilleur endroit que celui où nous nous trouvons réellement.

 

Vous samplez ? Comment composez-vous, utilisez-vous des instruments ?

On utilise beaucoup de samples, oui, les références font partie intégrale de notre musique. Le sample est la base de chacun de nos singles. Ca donne une idée de départ boostant l'inspiration, plutôt que de jouer au hasard des notes sur des instruments au hasard. Parfois, notre musique accompagne un sample, et parfois, nous cherchons précisément à nous extraire de celui-ci. Notre processus de composition n'est pas fixe, il change avec chaque morceau, chaque chanson, chaque remix ou chaque edit. On procède de la manière qui nous semble la plus intuitive par rapport au type de morceau que nous sommes en train de composer. Il nous arrive de temps en temps d'avoir recours à des instruments tels que la guitare, mais la plupart du temps, nous nous contentons de faire appel à des samples de percussions réelles ou à des plug-ins de synthés dont on perçoit à peine la nature numérique. On doit même préciser que parfois, le son artificiel que rend un synthé émulé est un atout, apportant un certain caractère au morceau.

 

 

C'est quoi le secret pour composer un tube électro ?

De nos jours ? Pondre le titre le plus agaçant, fort et agressif possible. En tout cas, ce semble être le cas pour beaucoup de monde. Il y a cinq ou dix ans? Une bonne ligne de basse, une idée originale, et de la simplicité. Les exemples qui nous viennent à l'esprit sont, mettons, le Commercial EP.1 d'Etienne de Crécy, ou n'importe quel remix d'Erol Alkan. Les chansons qui marchent le mieux sur le long terme, ce sont celles qui sont fondamentalement simples. Pour qu'un morceau ait l'air naturel, il suffit de faire fonctionner ensemble quelques éléments musicaux judicieusement disposés. Chaque artiste devrait se remémorer de temps à autre cette citation de Léonard De Vinci, "la simplicité est la forme de sophistication la plus aboutie".

 

Vous écoutez quoi quand vous ne travaillez pas, pour chillax (lire la définition de ce mot ici) ?

L'un de nous deux vient juste d'acheter l'album de Frank Ocean, et l'autre un best-of d'Al Green. On a encore aucune idée des répercussions que ça aura sur notre musique d'écouter ces disques de façon prolongée!

 

Et d'ailleurs, ça vous arrive de chillax ?

On vient de passer une semaine dans la poudreuse à se descendre des pistes de ski au sud-ouest de Sydney. Nous prenons chaque minute de temps libre dont nous disposons sans trop culpabiliser sur le fait que nous ne sommes pas en train de travailler.

 

Et d'ailleurs, ça vous arrive d'utiliser le mot chillax ?

Plus depuis l'âge de 15 ans, mais nous disons toujours "rad", donc qui sommes-nous pour en juger ?

 

Vous travaillez beaucoup ? Souvent ?

Le plus qu'on peut. Nos vies en dépendent. Si nous ne travaillons pas, nous ne nous attendons pas à ce qu'on nous propose du travail. On a été très occupés ces derniers temps à faire des recherches assez poussées sur quelques mixtapes, ainsi qu'à retravailler constamment des démos vocales et à planifier les sorties futures de nos singles. On aime penser qu'on travaille beaucoup. Mais il nous est difficile de déterminer qu'est ce qui fait partie du travail et qu'est ce qui n'en fait partie, vu que notre boulot nous fait tellement plaisir. 

 

 

Que pouvez-vous nous dire sur la scène électro australienne ?

C'est plus ou moins la même que la scène électro américaine. On a eu notre moment de gloire il y a environ six ou sept ans, ce qui correspond à peu près à l'explosion de la musique électro qu'a connu la France à la même période et de manière similaire. Le public comme les musiciens australiens étaient alors vraiment en phase avec leur temps. Tout ça a commencé à faiblir vers 2008. Mais l'Australie est trop influencée par les Etats-Unis, donc quand les USA ont décidé que cette année, la dance était revenue à la mode, l'Australie a subitement décrété que c'était effectivement de nouveau le cas… encore une fois. Le dubstep s'est monstrueusement imposé en 2009 lorsque les stations de radio locales se sont mises à programmer des émissions de deux heures uniquement consacrées à ce style de musique. Mais à ce moment-là, ça ne plaisait pas aux Etats-Unis, donc l'Australie n'a pas réussi à exporter sa propre production. Nous manquons de personnalités véritablement influentes et de meneurs d'opinion en matière de musique, donc au final, nos radios comme nos boîtes de nuit sont inondées par la même bouse électro commerciale que celle que passent tous les clubs du monde où le champagne coule à flot sous les boules disco. Certes, nous disposons d'une petite scène électro underground, mais notre population est si faible que ce milieu reste difficile à maintenir. Espérons que ce milieu tienne le coup et devienne une puissance avec laquelle il faut compter. C'est quand même bizarre que la vraie bonne musique, celle qui garde son intégrité, corresponde si rarement à celle qui marche.

 

Pour finir, que pouvez-vous ajouter à votre propre sujet ? Des projets ? Un album ? D'autres fans en délire attendant vos concerts avec impatience ?

Notre prochain single est tout prêt, il sort le mois prochain, il s'agit de Clair De Lune feat. Christine Hoberg. Par la suite, nous sortons un autre single en début d'année prochaine. Pour une fois, nous démarrons enfin un petit peu sur les chapeaux de roue. Quatre de nos mixtapes sont également programmées à la radio pour le mois prochain. Elles ressemblent beaucoup au mix que nous avons joué au Social Club, mais cette fois-ci, nous avons poussé le concept encore plus loin. Un album complet n'est pas encore à l'ordre du jour, nous ne disposons pas d'assez de morceaux, mais même si c'était le cas, nous préférons d'abord mettre des singles sur les rails. Ponctuellement, on aime bien consacrer notre temps de travail à fond à un single, sans compter. Quand on produit un album en entier, on se retrouve vite avec des morceaux qui ont moins de valeur que d'autres. Nous croyons fermement en tout ce que nous produisons, et nous sommes convaincus que chaque morceau mérite qu'à l'écoute, le public s'y investisse autant que nous dans sa production, et qu'il fasse attention à chaque détail, comme nous nous le faisons lorsque nous l'élaborons. En ce qui concerne les fans en délire, nous ne pouvons qu'espérer qu'il y en ait de plus en plus, ou nous finirons au chômage.

 

Flight Facilities sera en DJ set le 2 novembre au Magazine Club à Lille et le 3 novembre au Social Club, Paris.

 

 

Bastien Landru // Traduction : Scae.