Commençons donc par le commencement : tes origines. Tu viens d'un milieu familial très porté sur la musique ?

Willy Moon : Non, pas vraiment. C'est à dire que j'ai commencé par jouer de la guitare parce que mon père en jouait, donc en un sens, on peut dire que oui, mais ce n'a pas été prépondérant dans mon orientation musicale. Mais c'est vrai que voir mon père jouer de la guitare me fascinait immensément étant enfant. Cette façon de s'exprimer est si immédiate et singulière aux yeux d'un enfant… Ca m'a vraiment marqué. Ceci dit, la musique n'était pas un élément très présent dans notre environnement familial. On n'en écoutait pas vraiment à la maison… Je ne crois pas avoir de souvenir précis d'un "fond sonore" musical à la maison. La musique, c'était vraiment mon truc perso à moi au sein du foyer.

 

Tes parents n'entretenaient aucun rapport "professionnel" avec la musique ?

Non, pas du tout : mes parents sont profs. En ce qui concerne ma mère, je dois dire qu'elle n'a jamais vraiment travaillé parce que… c'est une personne qui, comment dire… vit dans un monde "un peu à part". Elle a été malade pendant plusieurs années, ce qui a joué aussi. Mais mon père a travaillé toute sa vie en tant que prof.

 

 

Alors comment en es-tu arrivé à développer le son que tu as actuellement ?

Par la musique ! J'ai d'abord commencé par écrire, composer et produire des morceaux, puis à chanter par-dessus. J'ai passé beaucoup de temps à présenter mes morceaux à toutes les personnes dont je soupçonnais qu'elles seraient intéressées par ma musique, qu'il s'agisse d'amis ou de professionnels que je démarchais. Techniquement, j'ai commencé par travailler sur ProTools, un logiciel que ma soeur m'a offert en 2008, en guise de cadeau d'anniversaire. J'ai donc commencé par essayer de faire de la MAO, parce que je ne connaissais personne avec qui je pouvais réellement faire de la musique. J'avais besoin d'une section rythmique, et comme je n'avais pas de batteur à disposition, je me suis dit qu'il fallait que je m'en occupe moi-même…

La guitare, elle, c'est un instrument que j'ai appris de manière plutôt classique ; et ensuite, j'ai continué en autodidacte. Mais pour revenir à mes premiers pas en matière de programmation musicale, il est vrai que le processus d'apprentissage a entraîné pas mal de frustrations au début. En effet, pour se familiariser avec la MAO, c'est loin d'être évident : j'ai dû mettre des mois pour arriver à certaines choses qu'un professionnel saurait régler en quelques minutes…

 

Tu travaillais donc avec des tutoriels sur YouTube, par exemple ?

Oui, exactement, et c'est ça qui est fabuleux avec Internet : on a vraiment la possibilité de tout apprendre par soi-même désormais, pour peu qu'on soit vraiment motivé.

 

Est-ce à dire que tu as toi-même produit ton premier album ?

A fond. J'ai travaillé avec deux autres personnes, un gars avec qui j'ai mixé l'album et avec un co-producteur qui n'est personne d'autre que Steve Mackey. Mais j'étais extrêmement impliqué dans le processus, on a vraiment fait 99% de l'album ensemble, et j'ai pu obtenir très précisément le son que je désirais. La production, la composition… tout ça est vraiment représentatif de ce que je suis, musicalement parlant. Quand on écoute l'album, on entend vraiment ce que je voulais personnellement obtenir, plus que juste "un groupe de gens qui a produit du son".

 

 

Et quand tu as commencé à produire, tu avais des modèles précis en tête ? Tu t'es dit "tiens, j'aimerais vraiment faire un truc dans le genre de tel ou tel groupe / chanteur / musicien" ?

Dès le début, je souhaitais absolument avoir une identité personnelle. Je désirais que ma musique existe par et pour elle-même. Ca, c'est la chose la plus importante pour moi : je ne veux en aucun cas que ma musique entre dans des cases qui ne sont pas les miennes. Ca ne m'amuse pas ! J'aime découvrir de nouvelles choses. Si on réalise une création, quelle qu'elle soit, il faut qu'elle soit novatrice, fraîche, originale et excitante.

 

Tu écoutais quoi pendant le processus de création de l'album ?

Hmm… Beaucoup de jazz. Mais mon choix était en réalité plutôt simple : c'était soit créer, soit écouter. L'un aurait empiété sur l'autre, donc je n'écoutais pas tant de musique que ça au final, histoire de pouvoir vraiment me mettre à fond dans la composition sans être distrait par autre chose. Mais la seule musique que j'arrivais à écouter sans être perturbé, c'était le jazz. Pourquoi ? Parce que j'écoute pas mal de jazz instrumental, et l'absence de voix est très "reposant". On peut parfaitement mettre du jazz en fond sonore sans y prêter trop attention, et en même temps se relaxer. C'est le seul type de musique que je peux "entendre sans l'écouter" - tous les autres types de musique attirent mon attention et me déconcentrent… S'il y a de la voix par exemple, il est quasiment impossible de faire abstraction de ce qu'on écoute. J'adore le jazz pour ça.

Sinon, en tant qu'ado, j'écoutais du punk, du hip-hop, les Ramones, les Stooges, David Bowie, Sonic Youth… Outkast aussi, que j'adorais (et c'est toujours le cas)… toutes sortes de choses.

 

 

Oui, c'est générationnel, je crois : on est tellement exposés à tous les types de musique aujourd'hui que poser la question des influences n'a plus trop de sens, il me semble.

Je crois que c'est vraiment un phénomène unique et moderne auquel nous assistons, oui. Et j'ai le sentiment que du coup, tout le monde se crée son petit univers personnel, dans le bon sens du terme : plus personne qui a une véritable identité artistique ne rentre vraiment dans des cases, et c'est une bonne chose. Aujourd'hui, la "bonne" musique qu'on entend est le résultat d'une formidable digestion de tous les genres musicaux par les jeunes artistes.

 

Pourquoi as-tu choisi "Moon" comme pseudonyme ?

J'avais besoin d'un nom que je trouvais vraiment évocateur de ce que je faisais et de ce qui m'intéressait. Etant enfant, j'étais totalement fasciné par l'espace et la science fiction ; l'idée de quitter la planète Terre pour explorer l'espace m'obsédait. La Lune est un symbole très fort : visible à l'oeil nu, elle est quasiment la seule "connexion" que les humains ont avec l'immensité de l'espace, elle est la seule qui réussisse à nous donner une idée concrète du genre d'objets qui flottent dans l'univers. Sans la Lune, on aurait beaucoup plus de mal à se représenter le système solaire, les planètes et les autres étoiles… La Lune a l'air bien réelle, concrète, alors que le reste de ce qu'on connaît de l'espace relève plutôt du domaine des concepts pour notre esprit.

 

 

OK, alors on va passer à des questions rapides histoire de voir ce qui te vient à l'esprit du tac au tac… Ca marche ?

Avec plaisir.

 

Ton chanteur préféré ?

James Brown (aucune hésitation, ndlr).

 

Ta chanteuse préférée ?

Ouhla… difficile pour le coup… Wanda Jackson… Billie Holliday, Lena Horne, Tina Turner… des légendes, quoi.

 

Une célébrité que tu adores ?

Meryl Streep.

 

Un rituel avant d'entrer sur scène ?

Me peigner ! Que ce soit le matin ou le soir, tant que je ne suis pas peigné, je ne me sens pas comme un être humain. Pas compliqué ! (Rires)

 

 

Quelque chose qui a disparu et que tu regrettes ?

Pouvoir fumer à l'intérieur des lieux publics.

 

Si tu n'avais pas fait de la musique, tu ferais quoi d'après toi ?

Je n'en sais rien, et à vrai dire, je préfère ne pas y penser. Si je n'avais pas pu me réfugier dans la musique pour canaliser toute mon énergie, la perspective d'avoir dû faire quoi que ce soit d'autre m'effraie. Sérieusement. Enfin, peut-être que j'écrirais des scénarios, ou quelque chose du genre. Le processus narratif m'intéresse beaucoup.

 

C'est quoi, ton vêtement fétiche ?

Un pull col roulé.

 

Ah, ça veut dire que tu n'es donc pas du tout d'accord avec l'humoriste Mitch Hedberg, qui trouve les cols roulés atroces parce qu'ils donnent la sensation d'être "étranglé par un nabot particulièrement chétif" !

Je ne connaissais pas ! (Rires) Mais peut-être bien que l'idée me plaît… Si j'adore les cols roulés, c'est en fait parce qu'ils sont des vêtements extrêmement passe-partout, dans lesquels on se sent toujours bien et qui donnent une allure extrêmement versatile à un style vestimentaire : chic, habillé ou relax, on peut porter un col roulé chez soi, au cinéma, à un concert, à une soirée, au travail… et ce sera toujours de très bon goût. J'aime beaucoup la mode en général, d'ailleurs.

 

 

Tu vas faire beaucoup de shopping ?

Non, jamais. J'ai horreur de ça, en fait, quand j'étais enfant, ça m'horripilait de faire les magasins, ça doit venir de là. Les boutiques me stressent… A part les friperies. Mais à vrai dire, si quelqu'un pouvait tout simplement venir m'apporter tout un tas de vêtements parmi lesquels je pourrais choisir mes préférés, ce serait le bonheur !

 

Un personal shopper, quoi.

Exactement !

 

Finissons donc sur ton style. Tes vêtements semblent être une donnée importante de ton identité… Alors, est-ce que tu t'habilles toujours dans ce style très chic à l'ancienne, qui rappelle les crooners et qui est à l'opposée totale du seapunk si en vogue actuellement ?

Oui, absolument. Ca doit faire des années que je n'ai pas mis de jean par exemple, je ne me sens absolument pas dans mon élément dans un jean. Ni de vêtements oversize… Je ne comprends pas pourquoi tant de gens continuent à porter du oversize, pas plus que la popularité du baggy : on dirait des habits de nourrissons. S'habiller avec des vêtements trop grands te fait ressembler à un enfant qui patauge en brassière… Le style "gangsta" me fait à chaque fois penser à des bébés en grenouillères ! Mais quelle idée de s'habiller ainsi. Ce n'est vraiment pas très attirant, à mon sens. En fait, moi ce que j'aime - et j'admire, c'est plutôt le style à la Cary Grant, à la Michael Caine, James Brown etc.

Il faut être fier de ses vêtements !

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Willy Moon.

++ Son premier album, Here's Willy Moon, est disponible depuis le 5 avril dernier chez Universal.

 

 

Propos recueillis et traduits par Scae // Crédit photos : DR.