Le rendez-vous était pris dans les locaux désaffectés du PCF de la place du Colonel Fabien, dans les bureaux du label Believe Recordings. Ca tombait bien, un peu comme un symbole pour ces apôtres du désenchantement d'après la Chute du Mur, ces prophètes électro-trash du non-sens de bretelle d'autoroute. Les deux affables Sushis avaient maladroitement scotché au mur le livret du disque, "pour faire comme dans les vraies interviews américaines". L'occasion de revenir sur la présence récurrente du Christ dans leur oeuvre, la passion de Mitch pour les accessoires militaires et le goût de Rebeka pour le bubble tea japonais.

 

 

Ca va ?

Mitch et Rebeka, en choeur: Ouais, toujours !

 

Vous vous définissez comme des gens hyper-heureux ?

Rebeka : Pas du tout. D'ailleurs on est quel jour ? On est mardi... mardi déprime. 

 

 

Votre musique est-elle le reflet d'une intériorité torturée ?

Rebeka : Oui docteur ! 

Mitch : On a l'esprit ailleurs, mais ensemble.

 

Ca va mal ?

Mitch : Non, non, ça va très bien mais on est juste à l'intérieur de nous-même. 

 

Il y a une atmosphère périurbaine qui se dégage de votre musique...

Rebeka : Oui une mélancolie de bretelle d'autoroute.

 

Exactement, c'est le mot.

Rebeka: Ouais, d'ailleurs dans le teaser de J'aime mon pays, on voit des poubelles. 

Mitch : Oui, une mélancolie d'abribus.

 

 

Ca vient d'un vécu, comme on dit à TF1 ?

Mitch : On a été élevés sur le bord d'une autoroute nationale...

Rebeka : Moi; je viens de St Naz' (Saint-Nazaire, ndlr) ; il y a beaucoup de blockhaus, moi quand j'étais jeune j'allais jouer dans les blockhaus. On ouvrait les blockhaus. On avait volé le marteau-piqueur du père d'un pote et puis GRRR on y allait ; c'était pas un trou dans le béton, on perçait pas le bunker, on est bien d'accord, mais bien la porte. Une fois à l'intérieur, ça fout les pétoches, les murs suintent. Elle vient de là la chanson Y a du sang sur les murs. Une fois, on a trouvé un casque. 

 

Un casque de soldat ? 

Rebeka : Non, un casque de scooter. (Rires)

 

Beaucoup de temps passé à ne rien branler dans une zone périurbaine, c'est un peu le destin de tout artiste punk, non ? Un truc de classe moyenne désoeuvré qui traîne...

Rebeka : Moi, je suis fille de prof, ouais, c'est exactement ça.

 

Vous vous définissez clairement comme le produit d'une génération désenchantée ? Mylène Farmer, Damien Saez...

Rebeka : Ah ouais, Damien Saez, je ne sais pas, mais fils de Mylène, oui. Mylène est bien là oui.

 

 

Ca va mieux ? J'ai entendu dire que tu t'étais cassé quelque chose...

Rebeka : Ouais, Je me suis cognée, on jouait au Zénith de Strasbourg avec Vitalic, dans un coin de table. Du coup on a été aux Urgences picoler. J'ai une carte d'abonnement aux Urgences d'ailleurs, mais là j'en ai ras-le-bol.

Mitch : T'es passée illimité...

 

Vous risquez votre vie quand vous entrez sur scène ?

Rebeka: Tout à fait, c'est la règle. Toi (elle désigne Mitch) tu t'es brûlé sur scène. Il voulait faire un show pyrotechnique mais on n'a pas les moyens

Mitch : Ni la technique, d'ailleurs...

Rebeka : Des bougies d'anniv' que tu tenais à pleine paume, t'étais comme ça, près de mes cheveux, sur un scooter en pleine scène... Ca aurait vraiment pu mal finir un nombre incalculable de fois.

 

Tu faisais le malin, quoi, tu faisais le rigolo.

Mitch : Oui, et puis j'ai enflammé ma main avec cette torche.

 

 

Finalement, le talent ça n'existe pas ? Il suffit d'en n'avoir rien à branler pour être punk ?

Rebeka : Nous, on est pas punks. 

 

Ah bon ? Juste immatures en fait ?

Rebeka : Ouais, on est plus adultes handicapés que punks. (A Mitch) Tu te rappelles la fois sur tes épaules en Serbie, quand tu t'es mis à l'envers et wwwoooouuuuh ? Je me suis fait très mal ce jour-là. 

 

Vous ne respectez jamais les normes de sécurité, c'est un principe de vie ?

Mitch : On ne respecte jamais les règles, le point d'équilibre ne s'est jamais fait.

Rebeka : Tu sais qu'on aime bien Brain ? On le lit beaucoup, on aime bien les pages putes et pleins d'autres pages aussi.

 

Brain vous aime aussi, je crois...  Sexy Sushi, ça fait SS, vous y avez pensé ?

Mitch : Non, pas du tout. 

 

 

Est-ce que la tête de Schroumpf a un sens, sur la pochette ?

Rebeka : Non, c'est une erreur. Ca n'a aucun sens.

 

Est-ce que votre musique est une erreur en elle-même ?

Rebeka : Ahah, ouais... Une belle bourde.

 

Vous ne vous prenez jamais au sérieux ? 

Mitch : Bah on est sérieux, là... 

 

Vous prenez au sérieux votre propre dérision, quoi. Comme Tekilatex...

Rebeka : Je ne connais pas Tekilatex moi, je sais juste qu'il est gros et noir.

 

 

Vous prenez au sérieux votre immaturité ?

Mitch : On est comme ça en fait, on ne cherche pas à être moins sérieux ou plus sérieux, on est comme tu nous vois, voilà. 

Rebeka : Oh, regarde Mitch ! T'as des nouveaux petits chaussons. Des nouveaux petits chaussons. (Mitch montre ses nouveaux chaussons anglais, ndlr) On les a acheté aujourd'hui, 4 euros 50. 

Mitch : J'aimerais bien installer des petits vitraux sur mes chaussons. 

 

Il y a une chanson qui s'appelle Je refuse de travailler dans votre album, c'est presque politique...

Rebeka : Oui, c'est exotique, c'est comme un bon massage... On n'aime pas trop travailler, non.

 

Jamais de la vie ?

Rebeka : Moi, j'ai une une expérience traumatisante, j'ai balayé les gares de Pornichet et St-Nazaire en intérim...

Mitch : Moi je faisais des palettes pour l'alimentaire. Je les construisais avec un pistolet d'Auschwitz. T'as pas le droit à l'erreur, si tu te trompes, t'es empalé comme le Christ.

 

 

Le Christ est très présent dans votre album...

Rebeka : Oui, regarde la pochette. C'est un album très religieux. 

 

D'ailleurs vous ressemblez un peu aux deux larrons de la Bible sur la pochette. Il y quelque chose de très religieux.

Mitch : Ouais, mais en fait on a toujours fait des litanies comme ça. On aime bien répéter, ça va avec la musique techno. 

Rebeka : Moi comme je répète toujours les mêmes mots en boucle, ça devient une sorte de transe. Donc, c'est le Christ, mais c'est aussi Bouddha, Allah... c'est un disque dédicacé à tous ces grands hommes. 

 

Dans vos concerts, il y a une dimension religieuse, presque prophétique.

Mitch : Oui, je crois qu'ils s'élèvent en fait.

 

 

Sexy Sushi, vous n'avez pas peur de participer du diktat de la minceur ?

Rebeka : Non, non, les sushi c'est gras quand même. Le saumon, c'est vachement gras. Non je pense que si tu fais que bouffer des sushi, après tu peux finir obèse...

Mitch : Non, tu finis comme une pile, parce que c'est gavé de mercure, tu finis par pouvoir allumer une ampoule juste avec ton ventre.

 

Vous aimez les films d'horreurs ?

Mitch : Pas du tout. Par contre on aime bien les nanards. (S'engage ici un dialogue entre eux, semblant mimer des doublages de films des années 90, ndlr) 

Rebeka : "Enculé !", "Fils de pute !"

Mitch : "Je sais où tu te caches, fils de pute, viens par ici !"

 

L'intelligibilité s'est perdue, je ne comprends plus rien... Vous gagnez beaucoup de fric avec ce que vous faites ?

Rebeka : Non, on est manipulés par le Parti Communiste ! (L'interview a lieu dans ce qu'il reste du siège du Parti Communiste, ndlr) 

Mitch : C'est Robert Hue qui tire les ficelles !!  

Rebeka : En plus, on doit 150 millions d'euros à notre label à cause des procès, alors...

 

 

Vous avez beaucoup de procès ?

Rebeka : Ouais.

Mitch : NON !

 

Accordez-vous sur votre mensonge, s'il vous plaît...

Mitch : Non, moi j'ai plein de PV parce que je ne paye jamais les transports en commun, c'est un principe. C'est une fierté que je porte.

 

Moi je ne pourrais pas. T'as pas de surmoi qui t'interdit ce genre de pratiques?

Rebeka : Il a pas de sur-lui, lui! Le surmoi, c'est comme une capsule qui te comprime, un peu comme les cacahuètes. T'es comme une cacahuète qui serait sortie de sa capsule !

 

Ca me fait très peur ce truc, ça me perturbe depuis le début ! (Je désigne l'étrange bouteille sur la table)

Rebeka : C'est un bubble tea, des boules de tapioca.

 

 

Est-ce que ça peut inspirer une chanson de Sexy Sushi ?

Rebeka : Moi j'aime bien parler d'amour quand même! 

Mitch : Oui et moi je préfère parler de voitures, en fait tout ce qui a un rapport avec la puissance : les armes à feu... Je collectionne aussi les accessoires militaires !

 

Tu farfouilles dans les brocantes, pour dénicher des tenues militaires ?

Mitch : Oui, j'aime bien les sabres aussi, les katanas. Les cartes Magic aussi !

 

Vous comptez vous autodétruire un jour ?

Rebeka : On s'était décryogénisés, une fois. On est morts plusieurs fois, bien sûr. Mais ce qu'on préfère, c'est mettre en scène notre retour. C'est un procédé marketing, tu l'auras compris. 

 

La dernière lettre d'insulte que vous avez reçue ?

Rebeka : C'était une dame qui disait : "C'est lamentable de danser sur du pain alors que des enfants se battent pour des bananes".

 

Ah OK, c'est tout ce que je voulais savoir. A bientôt alors.

Rebeka et Mitch: A bientôt !

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Tumblr de Sexy Sushi. Vous N'allez Pas Repartir Les Mains Vides ? est disponible depuis le 13 mai dernier.

 

 

Propos recueillis par Pierre Jouan.