Nous vous avons récemment sollicité pour une interview chorale pour Phoenix. Dans celle-ci vous racontiez qu’on vous avait accusé de faire du Phoenix sur la foi d’un seul titre et que ça vous avait vraiment saoulé, quel était ce titre et était-ce vrai ?
Julien : C’était pour Windblows, on nous dit que c’est une copie conforme de Phoenix alors que franchement on a pas l’impression.
Guillaume : Ce genre de remarque nous renvoie  une sale image de nous mêmes, comme si on était des suiveurs. Effectivement  sur ce titre tu trouves une voix douce sur une musique pop, alors qu’en plus Phoenix aujourd’hui ce n’est plus du tout ça, ils en sont loin. On trouve ça réducteur en fait. On est contre les réductions, à part les réductions mammaires qui sont parfois un passage obligé pour certaines personnes.


Vous allez partir aux Etats-Unis, vous rêvez quand même du même destin ?
Raphaël : Dès les premiers disques, on a senti que le public français était peu habitué à notre genre de musique, l’accueil a bizarrement toujours été meilleur aux Etats-Unis, et du coup on a toujours eu l’envie de réussir à l’étranger.
Guillaume : Même la musique française qu’on aime depuis trente ans, c’est des trucs un peu cultes qui sont bizarrement toujours mieux compris à l’étranger.


Oui d’ailleurs vous vous réclamez de Jean-Michel Jarre depuis toujours, et là il semble que ça redevient à nouveau acceptable de dire qu’on l’aime, vous en pensez quoi de ces cycles irrémédiables d’acceptation et de déni?
Julien : Une grande partie du style musical de Chateau Marmont vient de là, nous n’avons absolument pas honte de nos influences. Quand on parlait de Jean-Michel Jarre sur les premiers EP les gens étaient horrifiés. Et du coup quand on évoque Toto pour parler de cet album, les gens sont également scandalisés.
Guillaume : Il faut dire qu’on s’en amuse aussi.
Raphaël : Les trucs qui nous plaisent n’ont rien à voir avec la mode ou l’air du temps.

 


Vous pensez que la débrouille peut aller au delà des obstacles du music business ? Pourquoi avoir créée le label Chambre 404 ?
Julien : On a créé Chambre 404 en plein milieu de l’écriture de l’album, au retour de notre tournée aux États-Unis. On voulait licencier l’album mais garder toute la liberté artistique sur le son et l’image. On voulait en fait disposer de  la force de frappe d’une major pour la promo et avoir la possibilité de faire ce qu’on veut avec la musique et l’image, d’avoir le contrôle total. C’était la meilleure solution pour nous et donc on s’est lancés.


Est-ce que jouer au Chateau Marmont serait un délire qui pourrait vous plaire ?
Raphaël : Oui carrément, en plus apparemment André Balazs qui possède l’hôtel a nos EP et aime bien ce qu’on fait.
Guillaume : Au début on avait un peu peur que le nom puisse poser un problème, qu’il puisse nous coller un procès et puis finalement tout s’est bien passé. Ca ne rentre pas dans la même catégorie de business apparemment, nous ne sommes pas en concurrence.

 

Oui mais si tu regardes Aline, avant ils s’appelaient Young Michelin, ils ont dû changer de nom car Michelin les menaçait de faire un procès et pourtant ils ne jouent pas dans la même catégorie, non plus.
Raphaël : Tu vois le groupe Gush ? Avant, il s’appelait Guts mais ils ont dû changer de nom parce qu’ils portaient le même nom que le magazine de Cauet, t’imagines ?
Julien : On a choisi Chateau Marmont parce qu’on trouve que le nom est hyper cool.
Guillaume : Et puis faut pas oublier qu’il y a un groupe qui s’appelle Interpol et si eux ont le droit de s’appeler comme ça, pourquoi pas nous ?


Votre premier album est très éclaté dans les influences, l’idée c’était de ne surtout pas se censurer ?
Julien : Ca faisait longtemps qu’on voulait mettre sur un album tout ce qu’on voulait faire, on voulait explorer pas mal de styles. On ne voulait surtout pas faire un disque avec le même morceau, on voulait passer par des phases différentes. On pensait plus à des disques de space rock ou de prog rock pour l’inspiration.
Guillaume : Notre référence en terme d’hétérogénéité c’était plutôt le 10 000Hz Legend de Air. Groupe auquel on nous a aussi beaucoup comparé au début. Enfin bon, quand on fait en France de la musique électronique, on ne peut pas non plus s’affranchir de toutes ces figures tutélaires.


Votre musique pourrait totalement être la bande son d’un film de SF. Alors je me demandais est-ce que vous êtes plus Dune ou Star Wars ?
Julien : Dune c’est un peu léger par rapport à Star Wars non ?
Guillaume : Dans l’absolu c’est une grande œuvre profonde au niveau du livre, le film est un grand film malade et raté qui à la base était prévu par d’autres personnes à Hollywood. A la base c’était même Jodorowsky qui devait le faire, Lynch s’y est aventuré et  il s’est cassé les dents, artistiquement aussi.  Mais cela reste depuis une œuvre culte qu’on prend plaisir à regarder. En plus il y a la musique de Toto, on y revient. (Rires)
Raphaël : Pour ma part c’est comme si tu me demandais de choisir entre papa et maman.
Guillaume : Star Wars se rattache à des mythes classiques la princesse, le bien contre le mal etc. Après moi je te parle de la trilogie originale, pas les nouveaux trucs tout pourris tu vois.  Mais bon, le  plus grand film de tous les temps en terme de SF c’est Blade Runner.
Raphaël : On est très Philip K. Dick aussi.

 

 

Vous allez passer par Roswell lors de votre tournée aux Etats Unis ?
Guillaume : Nous ne sommes pas passés très loin lors de notre dernière tournée, mais nous n’avons pas eu le temps de nous y arrêter malheureusement. Si on avait eu un jour off dans le coin, on y serait allés. Mais bon t’arrives là-bas, c’est un peu Disneyland en fait, t’as la boutique souvenir avec les assiettes et puis t’espères voir un truc au loin. (Rires)


Julien tu m'as dit aimer Véronique Sanson, de par sa musique à la fois Los Angeles et France. Du coup est-ce que vous aimeriez vous poser en Californie, à la Fleetwood Mac au bord de la mer pour composer un album ?
Guillaume : Toute la variété française à l’époque était gérée à l’arrière par des monstres de studio. Tous les mecs qui jouaient sur les albums de Michel Berger et Véronique Sanson étaient sensiblement les mêmes que ceux qui jouaient sur ceux de Steely Dan ou Fleetwood Mac.
Julien : Pour le deuxième album on voudrait aller écrire une partie vers Los Angeles, c’est un poil cliché mais ça va nous apporter des trucs bien pour l’aspect pop.
Guillaume : C’est cliché certes mais ça reste quand même la Mecque. On avait aussi songé à Austin, en tous cas les Etats-Unis c’était évident. Sinon tu peux te taper un délire hippie et enregistrer un album au Chili et revenir avec un disque sur lequel tu trouves de la flute de pan. Et là encore, les gens nous tomberaient dessus en nous disant qu’on veut refaire du Manu Chao !


Ca vous saoule vraiment j’ai l’impression cette histoire de comparaison…
Raphaël : Oui ça nous saoule, le truc c’est qu’on a le même âge que tous ces mecs, on est arrivé dans la mouvance de la French Touch. On fait cette musique depuis super longtemps.

 


Vous sortez l’album la même année que Phoenix et Daft Punk, qui s’occupe du planning au sein du groupe ?
Guillaume : L’album était prêt depuis longtemps, nous on voulait qu’il sorte au plus vite mais les choses ont pris plus de temps que prévu,  on a donc petit à petit réalisé qu’on allait le sortir sur la même période que Daft Punk et Phoenix. Quand tu sors un album une semaine après celui des Daft Punk, je peux t’assurer que tu es heureux qu’on parle du tien ne serait-ce que deux minutes.  Et le Phoenix avait leaké bien avant donc bon…
Julien : Le pire aurait été de sortir le même jour que le Daft Punk mais comme il avait leaké aussi, l’épuisement médiatique était déjà en marche.
Guillaume : Après les gens bloquent sur ces deux albums mais il y a aussi l’album de Orval Carlos Sibelius qui est magnifique. Alors comme il est pas estampillé « French Touch » les gens n’en parlent pas. Mais bon la « French Touch », ça n’existe pas, ça ne veut rien dire, c’est un concept invisible qui a été créé il y a 15 ans, il va falloir trouver une nouvelle expression pour remplacer ce truc c’est plus possible.
Raphaël : Pour moi ça traduit quand même un héritage de la musique française.
Julien : La « French Touch » c’est une américanisation de la musique française des années 70.


Aujourd’hui tout le monde a vos synthés via des plugs gratuits, est-ce que vous êtes dégoutés de les avoir payés aussi chers ?
Julien : En 1997 on était encore dans le Sud de la France, je sillonnais toute la France, les studios et les brocantes et je récupérais les synthés pour presque rien. Et puis un plugin  de synthés ça sonne pas aussi bien qu’un synthé, ça s’entend sur un disque. Donc non, on est pas dégoûtés.


Il paraît que Mirwais devait travailler sur votre album, que s’est-il passé ?
Julien : J’ai tendance à lui demander conseil sur pas mal de choses musicalement parlant car il a la science du single. Nous sommes allés mixer dans son studio, on a failli le faire travailler sur Windblows et finalement on l’a fait nous-mêmes. Il n’a pas mis les mains dans le cambouis mais il nous conseille. Il accepte rarement de collaborer avec des gens, il le fait uniquement s'il a le contrôle total.


Comment voyez-vous la pop évoluer d’ici plusieurs années ?
Guillaume : Très mal, dans les chansons aujourd’hui il n y’a plus que deux accords,  trois effets pourris et des sons hyper bourrins.
Julien : On a l’impression et l’envie qu’il va y avoir un retour à la complexité. Dans dix ans, les singles vont redevenir complexes  mais avant ça il faut passer par la phase Rihanna qui répète le mot diamonds 48 fois dans la même chanson.

 

 

Ah bon, vous n’aimez pas Diamonds ?
Julien : Si, il est génial ce track mais musicalement il est débile, c’est juste une grosse caisse répétée a l’infini. Et une meuf qui répète tout le temps la même chose sur la même note.


Oui enfin, il y a quand même la qualité de l’interprétation. Et le concert qui vous a le plus marqué quand vous étiez petit ?
Raphaël : À 7 ans, je suis allé voir Nina Hagen dans une arène du Sud de la France, je crois que ça m’a marqué à vie.
Guillaume : Mon père était fan de Dire Straits alors je les ai vus plusieurs fois dans des stades.
Julien : Moi c’était Joe Satriani à Toulouse à 12 ans. Mais plus récemment je dirais Air sur la tournée 10 000 Hz Legend avec les musiciens de Beck, c’était grandiose
Guillaume : Ma plus grosse claque live c’est Wilco, des américains complètement barrés. C’était un mélange de prog rock, d’americana et de pop. Ils sont fous ! T’as le ressenti de la moindre note, de la moindre mimique, c’est fou. J’aimerais bien qu’il y ait un retour a ça.


C’est quoi une bonne pop song pour vous ?
Guillaume : C’est un truc que tu veux chanter quoi, tout simplement!
Julien : C’est un truc qui doit être super bien écrit, car ça reste un métier.

 


C’était pas galère d’être fan de musique dans le Sud-Ouest quand on est petit pour accéder aux disques, pour voir des concerts ?
Raphaël : C’était galère pour la vie en général !
Guillaume : On allait à Toulouse pour voir les concerts, on en avait pour deux heures de voiture, on voyait les gros trucs mais c’est sûr qu’on avait pas accès à tout.  


Vous êtes tous les trois arrivés à Paris en même temps ?
Julien : Plus ou moins, on s’est suivis. Disons qu’on allait tellement à l’encontre de la jeunesse du Sud-Ouest qu’il nous a paru évident à un moment donné de partir de là-bas pour aller à Paris.
Guillaume : Ca sentait la fuite collective. (Rires)
Raphaël : On s'est connus au collège, on a vite fait le tour de nos camarades de classe. Nous on était pas dans le rugby mais plus dans le skate hardcore. Heureusement que nous nous sommes trouvés !
Guillaume : Au lieu d’apparaître comme des gens snobs ou hautains - c’est sûrement la façon dont certains devaient nous voir dans le Sud - on a décidé d’aller s’ouvrir l’esprit en allant  à Paris.
Guillaume : Ce qui est marrant c’est qu’aujourd’hui on fréquente des gens dont on rêvait dans le Sud.
Julien : J’étais assez fan de Mellow, et on a loué une partie de leur studio pour faire l’album, Patrick a un peu bossé sur le disque, c’est assez marrant. Alors qu’à l’époque on faisait deux heures de route pour aller les voir.


Vous leur avez dit ça par exemple ?
Julien : Oui et comme Patrick est un peu mégalomane il trouve ça super et tout à fait normal. (Rires)
Guillaume : Rob c’est pareil, on a tellement écouté son premier album et on est potes désormais.
Raphaël : Ce sont des personnes qui ont les mêmes affinités musicales que nous, le contact se fait facilement.

 

La chanson Affaire Classée vient bousculer tout l’album. Julien tu m’avais dit vouloir te prêter à un exercice, à une écriture gainsbourienne…
Raphaël : Oui ça s’est fait en une journée.
Guillaume : Tu vois les DVD sur les sessions d’enregistrement des groupes dans les années 70 où chacun des mecs est dans sa cabine avec le casque sur les oreilles et tu vois l’ingé son qui est affairé devant sa console ?  Et ben nous c’était pareil pour cette chanson, on était tous dans notre petite cabine, avec notre casque. Il y avait complètement cette vibe là.
Julien : Mais bon comme on est pas Steely Dan, le résultat sonnait plus comme un Gainsbourg de la fin des années 70. Et on voulait une voix vraiment à la Adjani dessus. On voulait refaire un morceau à la Digital Delay de Gainsbourg pour Deneuve.
Julien : Mais il y a beaucoup de bons retours à propos de ce morceau avec Alka, ça fait plaisir.
Guillaume : Tu vas voir que les gens vont nous tomber dessus en disant qu’on a voulu faire du Adjani.

 

Oui mais en l’occurrence vous le revendiquez ici…
Guillaume : Je voudrais revenir sur cette histoire avec Phoenix…


Tu en as gros sur la patate j’ai l’impression.
Guillaume : Non mais souviens toi en 2003, tous ces groupes en The qui voulaient refaire le Velvet Underground, c’était insupportable. Aujourd’hui nous sur Windblows on a deux synthés et une petite voix mignonne et on dit qu’on copie Phoenix ! J’ai envie de dire aux journalistes qu’ils n’ont pas de mémoire.

 


Tu n’aimes pas beaucoup les journalistes non ?
Julien : Ce n’est pas le message qu’on veut faire passer, on aime les journalistes !
Guillaume : Je n’ai rien contre les journalistes, je l’ai moi-même été !


Du coup tu dois avoir le sens des mots et du rythme, tu as trouvé une nouvelle appellation pour la « French Touch » ?
Guillaume : Ah j’avais oublié cette affaire là !


Vous avez su parfaitement écrire pour Alka Balbir, vous avez écrit pour Alizée par le passé, vous vous verriez être aux manettes d’un disque conçu spécialement pour une femme ?
Julien : Oui mais on se verrait plus partir sur un projet en anglais, avec une chanteuse où il y a la possibilité d’aller assez loin. De faire truc un peu spé sans qu’il y ait l’obligation que ça marche. On voulait Robyn sur un morceau de l’album mais finalement ça ne s’est pas fait.


Et si vous deviez être le compositeur de BO pour un réalisateur, lequel serait-il ?
Raphaël : John B. Root ? (Rires) Non je dirais Lucio Fulci.
Guillaume : Kurosawa.
Julien : Oui un truc genre un réalisateur italien des années 70. Ce sont vraiment des groupes qui jouent sur la bande originale. Mais aujourd’hui il n’y a pas de vrai score dans les films, des thèmes qui reviennent, les BO sont un peu cheapos.


Bon et sinon t’as trouvé une nouvelle appellation pour la « French Touch » ?
Raphaël : La touche francophone (avec l’accent québecois).



++ Le site officiel et la page Facebook de Chateau Marmont.
++ Sorti chez Arista, l'album est disponible depuis le 27 mai. Le groupe sera en concert le samedi 20 juillet à Biarritz (64) lors du Festival BIG FESTIVAL et à Paris à La Maroquinerie le jeudi 19 septembre 2013.

 Photos : Julien Mignot