Dans votre biographie il est fait référence à Gatsby, mais c’est une influence qui semble revenir souvent. Est-ce que c’est le côté romantique ou esthétique qui vous touche ?
Alex Aikiu : Pour moi c’est le côté esthétique à fond. Je suis très fan du sud de la France, entre Nice et Monaco, c’est surtout l’architecture qui me parle. Fitzgerald a écrit pas mal de ses romans là-bas, j’ai une passion pour l’esthétique de la région, pour le climat, le soleil, les paysages. J’ai aussi une fascination pour le couple Zelda-Fitzgerald, leur liberté et leur fin tragique.


Vous citez Roxy Music aussi, ce qui va d’ailleurs souvent de pair avec Gatsby…
Alex : J’adore la voix de Bryan Ferry, son écriture. La aussi, c’est un tout, c’est très chic, il est classe, j’aime les gens classes.


Quel est l’homme le plus classe dans la pop music selon vous ?
Tous : David Byrne.
Alex : Car c’est un génie musical et avec un très grand goût.
Alex : Les collaborations qu’il a faites tout au long de sa carrière sont brillantes, même jusqu’à maintenant, comme ce qu’il fait avec St Vincent. Il paraît même qu’il est en train de travailler sur une comédie musicale a Broadway. Il continue à créer, créer, créer, toujours.

 


D’un point de vue visuel, vous avez tapé fort avec vos clips. Selon vous un artiste ne peut exister que s’il est fort visuellement ?
Alex : Non pas nécessairement.
Barnabé : Regarde les Pixies, je n’ai pas le souvenir d’un clip particulièrement fort visuellement, et leurs styles n’étaient pas dingues non plus. Après leurs pochettes étaient plutôt recherchées.
Alex : Je pense qu’il est important d’être propre, de faire attention à soi, c’est du respect pour soi et pour les autres. Il faut faire attention à soi, ça m’a été inculqué par mes parents. (Rires) Quand ils sortaient au cinéma ou au théâtre, nos parents en profitaient pour s’habiller.
Barnabé : On s’habille moins qu’avant. Chaque occasion avait sa tenue appropriée.
Julien : Aujourd’hui pour certains être déglingué ça peut être une façon d’être apprêté, tu n’es pas nécessairement chic mais ça peut être une forme de statement. Il ne faut pas être trop neutre, sinon ça veut dire que tu es no look.

 

Vous regrettez l’époque où les gens faisaient plus attention à leurs apparences ?
Alex : Tu sais moi je bosse dans ça, je bosse avec Jean-Paul Goude. On avait bossé avec Pedro Almodovar, il devait représenter l’homme des Galeries Lafayette. On voulait qu’il soit habillé comme Diaghilev, avec le costume de smoking. Mais il fallait trouver le bon costume, avec le plastron amidonné, avec les bonnes attaches, pour bien placer le noeud papillon. Tout était hyper bien pensé. Maintenant il n’y a plus de structure dans les vêtements. Tu n’as plus les structures qui te donnent une allure et du graphisme, comme à l’époque. On parle de mode, mais on perd les bonnes choses et on ne va pas y revenir, car ça coûte cher, les gens n’ont plus le temps, les gens doivent aller vite. Les gens consomment à tire-larigot, que ce soit la musique ou les vêtements. Maintenant on achète et on jette, on ne fait plus attention à rien.

 


Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Julien : Barnabé et moi on s’est rencontrés à l’époque, on avait un groupe de rock au lycée, on répétait dans une cave, c’était pas fameux. Et puis ensuite les aléas de la vie ont fait que chacun de son côté nous avons rencontré Alex, à peu près au même moment.


Vous êtes contents de ce premier album ?
Alex : Moi à 70 % content (rires) mais l’avantage c’est qu’on a la scène pour le faire résonner comme on le souhaite.
Barnabé : Sur scène on s’est réapproprié les morceaux à cinq, il y a des edit ou des versions des morceaux, ça leur permet de vivre après le disque.
Alex : On est très contents du live, on a pas mal désossé les structures des morceaux, il y a moins de prod’, je trouve qu’il reflète plus notre personnalité. C’est le reflet de nous cinq.


Vous avez bossé avec Guillaume Brière, qui est un peu devenu le producteur incontournable en France, comment ça s’est passé ?
Alex : On l’a rencontré car nous jouions dans un même festival en Hollande, en même temps que The Shoes. On s’est vus après nos shows respectifs et on a sympathisés, j’ai demandé à Guillaume si ça le branchait de venir dans l’aventure pour y apporter sa touche il m’a dit oui. On a donc retravaillé les chansons de l’album, ça s’est fait rapidement car on s’est très vite compris artistiquement parlant. Il a beaucoup travaillé sur les mélodies et développé des ponts en termes de structures, il nous a bien compris. Il est super généreux, il adore collaborer.
Barnabé : Nous n’avons pas tous les mêmes atouts donc on est tous complémentaires et on a choisi nos collaborateurs de cette manière, il y a une sélection qui s’est opérée de manière très naturelle.
Alex : Moi je suis fan de collaborations, rencontrer de nouvelles énergies, ça enrichit, même humainement. On a également collaboré avec JD Samson et Pilooski, et plein d’autres gens aussi.

 


Vous avez une imagerie assez queer, par vos clips, la participation à une Flash Cocotte, c ‘est voulu, c’est naturel ?
Alex : C’est pas du tout créé de toutes pièces mais le fait est que les gays sont plus funs. Les soirées que fait Dactylo sont super fun, c’est démocratisé, il y a des jeunes, des vieux, des gays, des pas gays contrairement à plein de clubs parisiens, super chiants, consanguins, avec des gens moches et des peaux dégueulasses.  Et puis Dactylo se bat et s’éclate à proposer des nouvelles choses à Paris donc c’était cool de jouer pour elle. Apres l’imagerie queer à 100 % je suis ne suis pas sûr, disons que la dimension esthétique nous importe beaucoup, et qu’elle est très forte dans le milieu gay.

 

Les artistes qui vous ont influencé, musicalement et/ ou esthétiquement ?
Alex : Blondie, Grace Jones, pas mal de choses androgynes.
Julien : Bowie
Alex : Après c’est plus les photographes qui m’ont marqué comme Jean-Paul Goude, dans le côté épuré, et son utilisation des couleurs primaires.


Les enfants de stars essaient disent toujours qu’ils se sont faits seuls, sans aucune aide de leurs parts. Mais en ce qui te concerne Barnabé, Isabelle Adjani, ta mère, a chanté sur le disque, et on l’a entendu à plusieurs reprises parler du groupe. Pour le coup tu ne peux pas trop te défaire de cette lourde filiation, tu vas un peu à l’encontre de ce qui se fait généralement...
Barnabé : Certaines personnes ont eu une manière hyper vulgaire de parler de mon statut de fils de, et de vouloir absolument ramener le groupe à cela. Pour le coup m’afficher clairement à la télévision aux côtés de ma mère et parler simplement de notre relation m’a permis de m’affranchir une bonne fois pour toute de ce poids. Je n’ai aucun problème avec cela.

 


 

++ Le site officiel , le compte SoundCloud et la page Facebook de The Aikiu
++ Le premier album de The Aikiu, Ghost Youth, sorti chez Sony Music est disponible depuis le 17 juin.
 

Sarah Dahan // Crédit Photos : Felipe Barbosa