Un ami à moi me disait que votre musique est faite pour faire l’amour dessus, est-ce que vous êtes d’accord avec ça?
Aluna : Wow
George : Ah bon, vraiment ? À ce point ?
Aluna : On aimerait entendre beaucoup de retours du même genre, oui. Plein de bébés créés sur notre musique, c’est cool.
George : Si les gens veulent faire l’amour sur notre musique, qu’ils le fassent, c’est cool.


Comment vous êtes-vous rencontrés ?
George : J’ai remixé l’ancien groupe dans lequel jouait Aluna. Puis on m’a demandé d’écrire pour l’ancien groupe d’Aluna mais ce fut un échec cuisant. C’est difficile de se plonger dans l’univers d’un groupe que tu ne connais pas. Je l’ai compris très vite.
Aluna : Quand tu ne connais pas quelqu’un et que tu essaies de faire quelque chose pour lui c’est très délicat, c’est même fastidieux. Le mieux est d’oublier ça, de repartir à zéro et de créer une nouvelle musique ensemble, et c’est ce que nous avons fait.
George : Dès que nous avons commencé à travailler sur des morceaux nouveaux, ça a cliqué de manière instantanée. Donc nous avons continué à écrire plusieurs morceaux parce que ça sonnait bien et que c’était cool et au bout d’un mois on s’est dit « Créons notre groupe ! » (Rires).

 


Vous connaissez un certain succès commercial, votre single avec Disclosure fonctionne bien (numéro 2 des charts single en Angleterre), mais aussi critique (ils ont été nominés au prestigieux Sound of BBC en 2013, NDLR) , c’est le meilleur scénario dont vous pouviez rêver non ?
Aluna : Oui, on ne peut pas se plaindre.
George : Nous avons de la chance et nous sommes très reconnaissants. Qui l’aurait cru ?

 

Et si vous deviez absolument choisir entre le succès commercial et la reconnaissance des critiques, vers quoi vous dirigeriez vous ?
Aluna : Ca serait débile de réfléchir à ça, quand tu fais de la musique, la meilleure chose à faire est de ne pas trop considérer ce genre de choses. Les choses trouvent toujours leur place de manière naturelle de toutes façons. Il ne faut pas écouter les gens sinon tu deviens fou. Quand nous commencions à écrire les morceaux, on les faisait écouter autour de nous, certains les trouvaient catchy, d’autres les trouvaient bizarres, nous on n’en n’avait aucune idée.


Quelle serait la musique la musique la plus sexuelle selon vous ?
Aluna : Je trouve que ce que fait Lionel Richie est très sexy. Ou bien Marvin Gaye.
George : Peut être Barry White ?


Je ne vous ai pas demandé la chanson la plus cheesy en fait…
Aluna : Ok alors peut être que je te dirais la BO de Virgins Suicides par Air, ça c’est super sexy.
George : Ok très bien et bien moi je m’accroche à Barry White. Je l’écouterai seul, c’est pas grave.

 


Si vous deviez choisir un duo dans lequel vous vous reconnaissez le plus, ça serait Roxette, Eurythmics ou Goldfrapp ?
Aluna : Eurythmics
George : Oui Euryhtmics ont fait des chansons franchement cool.

 

Vous êtes d’accord si je dis que votre musique sonne intrinsèquement anglaise ?
Aluna : Je ne vois pas comment elle pourrait sonner autrement pour être honnête. Si tu vis en Angleterre et que tu essaies de refaire un son américain tu es grillé dans la seconde, ça se sent, ça s’entend, ça se voit et c’est ridicule. C’est pareil avec les films, quand un film anglais veut se la jouer américain et qu’au final ca ressemble juste à Eastenders, tu as l’air con. L’idée c’est de ne pas se prendre au sérieux.
George : C’est bien d’avoir du recul, de pouvoir se moquer de soi aussi.

 


Oui, c’est une attitude très anglaise au final.
Aluna : Il ne faut pas oublier que la plupart des Anglais font de la musique pour s’amuser car il fait un temps de merde dehors. La musique c’est fait pour s’amuser, pour être heureux, pour se relaxer, pour passer un bon moment quoi, ce n’est pas sérieux !


Vous avez des exemples de chansons qui vous ont rendus heureux quand vous étiez plus jeunes ?
Aluna : Oui, tous les albums dépressifs de Radiohead ! (Rires)
George : Mes parents avaient l’album de Carol King Tapestry dans leur voiture, donc on l’écoutait tout le temps. Ce n’est pas forcément de la musique « joyeuse » mais ça me rappelle de bons souvenirs. Sinon je dirais Michael Jackson.

 


Justement hier c’était l’anniversaire de la mort de Michael Jackson. J’ai l’impression que c’est comme pour les attentats du 11 septembre, tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce jour là. Vous vous en souvenez ?
Aluna : Oh mon dieu évidemment que je m’en souviens ! J’étais à Glastonbury et mon amie avait pris un « Legal High » (drogue légale, NDLR) , un truc absolument dégueulasse. Et ma pote a ce problème : elle pense qu’elle est drôle, et c’est un problème qui s’est accentué avec la prise de cette drogue, c’était un vrai cauchemar. Et quand on a appris que Michael Jackson était mort, tout le festival était en effervescence, la rumeur enflait de partout, et des histoires contradictoires sortaient dans tous les sens, c’était la folie. Du coup elle a passé la soirée à faire des blagues sur Michael Jackson, ce n’était pas drôle et c’était même embarrassant. Je voulais la buter.
George : Moi j’étais en tournée avec mon ancien groupe. On a joué et puis après quand on est allés boire un verre au bar tout le monde ne parlait que de ça. Comme Aluna le disait, les histoires contradictoires se succédaient, on ne savait pas qui croire. Et puis quand le pub a commencé à mettre les infos en boucle, on a compris qu’il était bien mort. C’était triste.

 

Comment s’est fait la rencontre avec Disclosure avec qui vous avez signé White Noise ?
George : On nous a invités à jouer avec eux à Brixton, on s’est bien entendus et puis voilà.


Aussi simple que ça donc ?
Aluna : Oui mais au final Londres c’est tout petit, les choses peuvent se faire facilement et rapidement.


J’interviewais Lloyd Cole il y a quelques jours, il me disait justement qu’il a fui Londres à cause de son côté consanguin, du fait que tout le monde se connaît, des rapports faussés et de la concurrence. Vous en pensez quoi ?
Aluna : Qui est Lloyd Cole ?


Ah, c’est un chanteur qui est en activité depuis les années 80 en fait.
Aluna : Je ne sais pas, moi quand je vois quelqu’un qui réussit, je me dis que je peux le faire aussi.
George : La compétition peut aussi être stimulante.

 

 

Du coup, faites vous partie d’une scène londonienne, d’une communauté artistique ?
Aluna : Non pas vraiment, on  a nos amis qui ne sont pas dans la musique, mais lors de concerts et de festivals, on est amenés à rencontrer pas mal de musiciens et à créer des liens avec certains d’entre eux. Bondax, Bastille, Disclosure.
George : Oui c’est d’ailleurs plutôt cool avec ce « métier » c’est que tu rencontres plein de gens et que tu es amené à rencontrer des gens qui ont le même état d’esprit que toi.

 

Vous avez déjà tourné avec Aluna George ?
Aluna : Pas vraiment, on a fait plein de petits shows où on joue pendant 45 minutes et où les gens ne connaissent que trois chansons. On attend que l’album sorte, pour que les gens connaissent les chansons.


C’est très important pour vous que les gens connaissent les paroles ?
Aluna : Oui, à fond ! Je voudrais que les gens se mettent à poils pendant nos concerts.
George : Ca commence gentiment, on a vu quelques filles topless à nos derniers shows. Mais ca dépend beaucoup de la météo, s’il fait beau ça se fait assez naturellement je crois.
Aluna : Je veux voir des gens danser et donner tout ce qu’ils ont. De manière très sérieuse.


Que pensez-vous des Yeah Yeah Yeahs qui empêchent désormais le public de prendre des photos ?
Aluna : Tu ne peux pas te battre contre la technologie mais tu peux te le permettre quand tu es les Yeah Yeah Yeahs.
George : Moi je m’en fous, si les gens paient leur place, ils peuvent faire ce qu’ils veulent non ?
Aluna : C’est peut être un peu égoïste d’empêcher les gens de prendre les photos. Ça fait un peu « Concentre toi sur moi et moi uniquement ». C’est débile.   

 

 

 

++ Le site officiel, la page Facebook, le compte SoundCloud et le compte Twitter d'AlunaGeorge.
++ Le premier album d'AlunaGeorge, Body Music, paraîtra le 29 juillet chez Island Records.

 

Sarah Dahan // Crédits Photos : Fiona Garden.