Tu as régulièrement posté des photos de la campagne sur votre Facebook et votre Instagram, est-ce là que tu as écrit cet album ?

Alison (Goldfrapp) : Oui, nous écrivons chaque album là-bas, à la campagne près de Bristol.

 

Peux-tu écrire également pendant que tu es en tournée ou as-tu besoin d’une certaine routine ?

Je glane évidemment des idées quand je voyage mais effectivement j’aime l’aspect cosy de travailler dans le même endroit où j’ai mes habitudes. Je me lève, je travaille de 11h du matin jusqu’à sept heures du soir, comme si j’allais au bureau en fait. J’adore écrire, j’adore le processus créatif.

 

Les chansons de Goldfrapp sont toujours très dramatiques, pleines d’emphase, tu pourrais être inspirée par la vie de tous les jours, par des choses du quotidien ?

J’aime rêver, je rêve tout le temps, où que je sois. L’esprit est un endroit merveilleux dans lequel il se passe plein de choses. (Rires)

 

Donc l’histoire du mec au pub du coin ne te bouleversera pas ?

En fait, tout et n’importe qui peut m’inspirer.

 

Cet album est un peu un retour aux sources pour Goldfrapp, il est proche de l’esprit de Felt Mountain mais aussi de Seventh Tree pour le côté acoustique

Oui il a définitivement le même ADN que Felt Mountain et Seventh Tree. Mais je pense que Goldfrapp a toujours été constitué de deux mondes, un côté orchestral, acoustique, pastoral et puis le côté électronique. Ils ont toujours existé côté à côte. J’essaie toujours d’explorer des nouveaux mondes et sons. Mais sur ce coup là, on voulait faire un album minimal. Sur le dernier album, le son était très lourd, il y avait beaucoup de couches, on a voulu enlever tout ça et aller à l’essentiel.

 

 

Il paraît que tu as révélé être déçue par votre dernier album, Head First ?

Je crois que je ne devrais plus en parler, je me suis beaucoup exprimée à ce sujet, ce n’est pas très respectueux pour les gens qui l’ont aimé au final.

 

C’est un peu comme si tu reniais l’un de tes enfants publiquement...

Oui, c’est vrai. (Rires)

 

As-tu la sensation de faire partie d’une famille de musiciens, d’artistes qui te ressemblent ?

Je n’y pense pas vraiment mais je suis contente qu’il y ait des musiciens qui sortent des sentiers battus, comme par exemple Bat For Lashes, qui fait partie de cette classe d’artistes qui sont plus dévoués à leur art qu’à la gloire.

 

Tu penses que tu pourrais écrire pour d’autres artistes ?

J’y ai pensé à un moment, ca pourrait être cool. Peut être que j’aurais du faire ça la dernière fois. Ca pourrait être une bonne expérience. Tu sais qui nous a demandé d’écrire pour lui ? Lee Hazlewood, avant qu’il ne meure. C‘est dingue ! Nous n’avons pas pu le faire, je ne me souviens plus exactement pourquoi, je crois que nous étions en tournée en fait. J’aurais tant aimé le rencontrer, je l’aime tellement. Mais je trouve ça super bizarre qu’il nous ait demandé à nous une chanson… Puis il est mort.

 

 

Peut être que tu devrais mettre sur pied une liste recensant tous les chanteurs pour qui tu rêverais d’écrire, et les contacter avant qu’ils ne meurent.

(Rires) Oui, tu as raison !

 

Est-ce qu’il t’arrive d’être bouleversée par tes chansons ? Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de pleurer pendant que tu chantais l’une de tes chansons ?

Oui, ça m’est arrivé à un moment, à chaque fois que je chantais Black Cherry je me mettais à pleurer. Mais il faut dire que c’était une époque de ma vie où je n’étais pas heureuse, du coup j’ai arrêté de la chanter pendant un moment car c’en était devenu ridicule.

 

Pour revenir à Bat for Lashes, elle est connue pour souvent nommer ses chansons par des prénoms. Elle m’a expliqué qu’elle trouvait ça romantique et que c’était un peu un clin d’œil aux années 70 où ça se faisait beaucoup. C’est le cas sur ton album, est-ce la même démarche ?

Je vois ce que Bat for Lashes veut dire, mais ce n’était pas mon parti-pris.

 

Est-ce que tu dirais qu’il s’agit d’un album-concept ?

Oui, mais de manière générale quand on parle de concept album, je pense toujours à Pink Floyd ! (Rires) Je lisais beaucoup au moment où j’écrivais cet album, j’étais plongée dans ces histoires. La chanson Stranger a été inspirée par le livre Carol de Patricia Highsmith. Et puis tout un tas d’autres livres aussi... A vrai dire, je voulais que l’album soit constitué de plein de petites histoires qui retracent un moment de vie précis.

 

 

Qu’as-tu lu d’autres ?

Des tonnes de livres, à tel point que je ne peux plus rien lire en ce moment. Il y a trop de choses qui se passent autour de la sortie du disque, en fait je ne peux lire que lorsque je suis détendue. J’ai lu beaucoup de romans noirs, c’est marrant car je n’aime pas beaucoup les films noirs, mais les livres, eux, se montrent beaucoup plus explicites. Mais j’ai toujours été dans un délire de contes de fées, de choses mystérieuses, à la David Lynch. J’adore ses films - et j’adore regarder des films en général. J’ai récemment développé une passion pour Louis Malle et Antonioni.

 

Il paraît d’ailleurs que tu aimes bien aller seule au cinéma la journée.

Oui, j’adore, c’est comme faire l’école buissonnière ! (Rires)

 

Qui sont les gens qui t’entourent généralement ?

Beaucoup d’hommes seuls, c’est très étrange !

 

As-tu déjà composé la bande originale d’un film ?

Oui, nous avons fait la B.O. de Nowhere Boy, qui est un biopic sur la jeunesse de John Lennon.

 

C’est marrant, j’aurais plus imaginé Goldfrapp faire la bande originale d’un film...

…Un film d’horreur ? (Rires)

 

Non, un film de David Lynch.

J’aimerais tellement faire la B.O. d’un film d’horreur, mais de David Lynch aussi.

 

 

Quel est ton compositeur favori ?

Je ne sais pas si j’en ai un, c'est plutôt Will qui est dans ce délire. J’aime beaucoup Enio Morricone cela dit. Après, il a fait des choses également très bien dans le registre de la pop. Je possède ce super album qui s’appelle Mondo Morricone : c'est un disque qui contient des pop songs qu’il a écrits, mais aussi des morceaux pour des films italiens composés au tout début de sa carrière. La musique est incroyable, il y a plein de voix de femmes, c'est très beau.

 

Ton top 5 des chansons les plus romantiques ?

Je ne sais pas si j'en ai cinq là tout de suite, mais l’une de mes chansons favorites est très romantique, c’est La question de Françoise Hardy. Et Nancy and Lee avec la chanson Some Velvet Morning, et Leonard Cohen aussi bien sûr.

 

Dirais tu que la musique de Goldfrapp est romantique ?

Oh oui ! Je suis une incorrigible romantique.

 

 

La chose la plus romantique que tu aies faite pour quelqu’un ?

Là comme ça, je ne vois pas, peut être que je transpose tout mon côté romantique dans mon art. (Sourire)

 

Non, c’est trop facile comme réponse, je parle de la vie au quotidien, là.

Hé bien je prépare un thé tous les matins à ma petite amie, je trouve que c’est une délicate attention. Enfin, disons que c’est sympa, mais c’est pas romantique. La romance, ça doit être quelque chose de spécial je trouve.

 

Les personnages qui constituent chacune des chansons de Tales of Us sont tous fictionnels ?

Oui, tous - sauf Clay qui est tirée d’une histoire vraie. Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux hommes pendant la guerre. J’ai appris l’existence de cette histoire par le biais d’un site génial, Letters of Note. C’est une histoire très belle, vraiment bouleversante. Un homme écrit à son amant le jour de l’anniversaire de sa mort, c’est une histoire d’amour tragique qui est formidablement bien écrite. Il se remémore les endroits où ils sont allés ensemble, où ils sont tombés amoureux, à la fin de la lettre j’étais en pleurs. Ils avaient prévu de se retrouver après la guerre et de vivre ensemble, mais ils n’ont jamais pu. Les autres histoires sont, elles, fictionnelles.

 

Tu es une grande amatrice de littérature, mais est-ce que tu aimerais un jour écrire toi-même un livre ?

Je pense ne pas être suffisamment intelligente pour ça ! (Rires) J’ai de gros problèmes d’attention aussi : une chanson ne dure que trois minutes, c’est le maximum que je puisse faire. Je ne sais pas comment les gens font pour écrire un livre. Moi j’adore simplement lire, me plonger dans une histoire.

 

 

La dernière fois que l’on s’est vues, tu m’as dit que tu pensais que Lady Gaga avait un pénis et que La Roux sonnait «comme un putain d’écureuil», tu penses toujours la même chose ?

Putain oui, je me rappelle avoir dit ça... j’ai beaucoup culpabilisé après, ce n’était franchement pas très délicat de ma part. Et non, je ne crois pas que Lady Gaga ait un pénis. Et en ce qui concerne La Roux, je trouve que ce qu’elle fait est vraiment très beau. (Sourire sarcastique) Je l’ai vue récemment à l’expo Bowie, elle ressemblait très étrangement à Tilda Swinton, et ce qui était encore plus étrange, c’est qu’elles étaient côte-à-côte. Elles se ressemblent beaucoup.

 

Tu avais aussi dit que Little Boots devait s’accrocher…

Oh mon dieu, j’ai honte, je suis un monstre. Mais elle est jeune et elle a plein de choses à accomplir. Elle a un album qui va sortir, non ?

 

En Angleterre, la presse désigne chaque semaine le meilleur groupe du monde.

Oui, c’est catastrophique, ils font ça depuis la nuit des temps.

 

Mais Goldfrapp semble être à l’abri de tout ça, vous avez plus de dix ans de carrière derrière vous, vous êtes respectés.

Je ne suis pas sûre. Je suis vieille pour le monde de la pop, je suis une ancienne, mais je suis à l’aise avec ça.

 

Il paraît que Madonna, à une certaine époque, essayait de te copier et que les tabloïds l’appelaient «Oldfrapp».

C’est horrible ! J’aimerais bien que les gens arrêtent de critiquer Madonna.

 

Mais peut-être est-ce temps pour elle d’arrêter aussi ?

Peut être qu’elle devrait arrêter de porter des porte-jarretelles. Et ce n’est pas une question d’âge, je pense que c’est juste absurde. Personnellement, je ne trouve pas ça super sexy.

 

Y’a-t-il un âge pour s’arrêter selon toi ?

Non, à partir du moment où l'on est heureux, il faut continuer.

 

++ Le site officiel de Goldfrapp.
++ Tales of Us, le nouvel album du duo, est disponible en pré-commande sous tous formats. Sortie prévue le 9 septembre chez Mute Records.

 

Propos recueillis par Sarah Dahan.