Comment s’est effectuée la rencontre avec Benjamin Biolay ? 

Alka Balbir (Alka) : C’était à une soirée il y a six ou sept ans, alors que je venais d'arriver à Paris et commençais à sortir pour les premières fois de ma vie. Mon copain et moi, on s’est incrustés à une soirée en appartement et il était là. 

 

Il t’a dragué ?

Non, pas du tout. Ou alors je n’ai rien remarqué : moi, j’étais dans mon histoire avec mon mec. J’étais très mal à l’aise, je ne me sentais pas bien dans cette soirée. Et là, il est arrivé et ça m’a apaisé. (Rires) Lui aussi était très mal à l’aise, du coup je me suis sentie instantanément proche de lui. On s’est parlé quelques minutes, de musique notamment, il m’a demandé de lui faire écouter ce que je faisais. On s’est revus deux jours plus tard et c’est comme ça que tout a commencé.

 

Cela veut dire que tu as mis la musique de côté pendant sept ans ? 

Je n’y ai pas vraiment réfléchi ; entre Benjamin et moi, c'est une histoire d’amitié avant tout. Au départ, on faisait ça pour rigoler, je n’y croyais pas forcément dur comme fer. On se retrouvait de temps en temps pour s’amuser. Et puis tout d’un coup, il a eu beaucoup de succès et beaucoup de choses à faire.

 

 

Il a écrit, composé et produit ton album. Tu lui a donc fait une confiance aveugle ?

Quand je l’ai rencontré, je savais déjà qui il était et j'appréciais beaucoup ce qu’il faisait. J’étais embringuée dans une histoire d’amour très compliquée, j’avais peu d’amis, et Benjamin est l’une des premières personnes à qui je me suis confiée lorsque je suis arrivée à Paris. Il a en quelque sorte joué le rôle d'un guérisseur d’amour ! Il m’écrivait des chansons à travers lesquelles je pouvais expier mon histoire d’amour en musique. Je ne pouvais que lui faire confiance.

 

Tu as déclaré être fascinée par les muses ; tu as dû aimé t’abandonner à lui, non ? 

Oui, je trouve très belle l'idée d'être la source d'inspiration de quelqu’un. Ca me chavire un peu. Après, j'apprécie également les personnes qui écrivent et composent elles-mêmes leurs propres chansons, bien évidemment. J’aimerais d’ailleurs être moi aussi en mesure de le faire. Mais apparemment, notre rencontre a inspiré Benjamin et  j’en suis très flattée, justement parce que j’ai toujours été dans ce fantasme de la muse. 

 

Quelles sont tes muses fétiches ? 

Ce n’est pas très original, mais je peux te citer Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Jane Birkin, Brigitte Bardot... toutes les filles qui ont chanté pour Gainsbourg. Quand j'étais jeune, j’étais vraiment dans ce fantasme-là.

 

 

Je dois sûrement être la 72ème personne à te le dire, MAIS : tu as exactement la même voix qu’Isabelle Adjani, ce qui est très troublant. Penses-tu que ça puisse te desservir ? 

J’ai plus l’impression de chanter de façon "gainsbourienne", comme pourraient le faire Birkin ou Charlotte Gainsbourg. La vérité est que je ne sais pas vraiment chanter et que ma voix se rapproche peut-être du timbre d’Adjani. J’adore chanter dans un souffle, ça me fait des papillons dans le ventre. Par exemple, quand je chante à fond dans un karaoké, je trouve que je chante mal ! (Rires)

 

Tu as une chanson de karaoké fétiche ? 

Oui, Banana Split de Lio !

 

Tu es très chanson française, alors ? 

Oui, totalement et depuis toujours. Après, quand je suis en soirée, je suis très R’n’B, à la Beyoncé, Rihanna et compagnie.

 

Je t’ai vue chanter sur scène, tu n’avais pas encore l’air très à l’aise... 

Il faut que j’apprenne à me contrôler. Je pense que tu as raison. Sur scène, c'est seulement après trois chansons que je commence à me détendre. Ca me stresse de chanter parce que je ne me dissimule pas derrière un personnage, c’est un acte vraiment très intime. Et puis chez Edouard Baer, là, j’étais dissimulée non seulement derrière mon propre personnage, mais aussi derrière la troupe toute entière et Edouard qui est très connu : c’était donc la sécurité.

 

Tu savais en grandissant que tu serais artiste, peu importe le médium ? 

Oui : très jeune, j'étais fascinée par Peau d’Âne ou Top Hat (Le Danseur du Dessus en V.O., une célèbre comédie musicale de 1935 avec Fred Astaire, ndlr), et à mon sens, ce métier est un tout. Chanter et jouer la comédie, c’est pareil pour moi.

 

Je suppose que ça te brancherait de jouer dans une comédie musicale. 

Oui, bien sûr ! J’ai dû écouter Starmania cinq milliards de fois - mais il faudrait que la comédie musicale soit bonne...

 

 

Tout à fait, je pensais plus aux Misérables qu’à Robin des Bois...

Oui, c’est un peu ça le problème, on n'a pas vraiment de comédies musicales super chouettes ici. Mais Le Soldat rose n'est pas mal, non ? J’ai cru entendre dire que c’était pas mal. Après, je n’ai pas une grande voix, donc en ce qui concerne la faisabilité du projet pour moi, ça reste à voir… En réalité, rien ne me fait peur tant que ça me plaît. J’ai envie de faire de belles choses, peu importe la forme.

 

Tu as déclaré avoir porté une confiance totale à Benjamin Biolay ; aurais-tu ainsi pu chanter les mots de quelqu’un d’autre ? 

Oui, absolument, mais j’ai besoin d'établir une véritable connection et un rapport authentique avec la personne en question. Je travaille beaucoup avec des amis, j’ai du mal à m’abandonner avec quelqu’un que je ne connais pas. Dès que je sens qu’on m’aime, hé bien je fais tout pour ne pas décevoir : on revient donc là à l’idée de la muse. En fait, j’ai besoin de savoir qu’on m’aime pour réussir à m’abandonner. C’est une question de rencontres - je sais que c’est bateau de le formuler ainsi, mais dans mon cas, ça s'avère très vrai. J’aurais du mal à accepter que des gens que je ne connais pas me proposent des chansons par e-mail. J’ai besoin d’un rapport intime à la personne, il me faut être convaincue qu’une collaboration peut avoir lieu même si je ne suis que l’interprète.

 

Avant, j’avais tendance à penser que les musiciens se contentant d'être interprètes ne sont pas vraiment impliqués dans le processus créatif, mais tu parlais tout à l'heure de Rihanna - et maintenant d’interprétation - et je trouve qu’une chanteuse comme elle a réussi à transcender tout ça. Elle est certes «simplement interprète», mais elle vit à fond ses chansons. En fait, c’est un vrai métier, quoi.

Absolument, et je me bats pour cela ! C’est bien normal puisque je suis moi-même dans cette position, mais c’est vrai qu’être interprète est un métier à part entière. Regarde France Gall, par exemple. Moi, je suis bouleversée même par de vieilles émissions où les chanteurs font des play-backs pourris. Cela ne me dérange pas : il s'agit juste de quelqu’un qui dégage quelque chose de dingue. Aujourd’hui, il est de bon ton de savoir tout faire, or ce n'est pas tout le monde qui en est capable. Quand Catherine Deneuve joue dans un film, on ne lui demande ni de l’écrire ni de le réaliser il me semble... Bref, c’est très bien les gens qui savent faire plein de choses, je les admire, mais j’éprouve aussi beaucoup de respect pour ceux qui se cantonnent à une seule chose mais qui la font bien.

 

Tu penses quoi de Mélanie Laurent, une consœur à toi qui sait tout faire

Euh... ça ne me touche pas beaucoup, mais ce que je peux admirer chez elle, c’est qu’elle ose passer à l’acte. Moi, je ne fais les choses qu'à partir du moment où quelqu’un me prend par la main, alors que Mélanie Laurent n’a pas peur. Moi, si j’osais plus, j’aurais peut être fait plus de films.

 

Pourquoi, tu veux dire que tu as raté beaucoup de castings car tu n’as pas suffisamment osé t'imposer ?

Quand je ne connais pas les gens, je suis hyper-fermée, j’ai du mal à m’abandonner, et la force de Mélanie Laurent est qu’elle n’a pas peur.

 

 

Quelles étaient tes idoles quand tu étais petite ? Quelque chose me dit qu'il s'agit avant tout de femmes, non ?

Oui, toutes les chanteuses de Gainsbourg, Barbara... ou Mylène Farmer qui, elle, m’a vraiment très souvent accompagné dans la vie ! (Rires)

 

Tu es allée la voir en concert à Bercy ? 

Non, je t’avoue que tout ça me fout un peu le bourdon aujourd’hui. A part ça, j’ai récemment un petit peu buggé sur Sylvie Vartan, mais j’aime aussi beaucoup France Gall et Michel Berger ainsi que toute la chanson populaire de cette époque. Chez moi, on écoutait peu de musique mais on regardait beaucoup la télé, donc j’ai en fait découvert la musique par le biais de France 2 et TF1.

 

J’ai lu quelque part qu'on a décrit ton album comme de la "variété française". Cette catégorie te correspond ?

Oui, ça ne me dérange pas du tout, j’adore le présenter comme ça, d'autant plus auprès des personnes qui pensent que c’est ringard ! Pour moi, au contraire, ça m'évoque la plus belle époque ! (Rires)

 

Tu penses quoi de France Gall qui a été méchante avec Jenifer à propos de ses reprises ? 

Je ne sais pas ce qui s’est véritablement passé, mais je peux comprendre que lorsque une fille reprend toutes tes chansons et les massacre, hé bien ça ne doit pas être facile à vivre. Après, France Gall n’a pas été très sympa non plus, c’est vrai. J’ai moi-même enregistré une reprise d’une chanson de France Gall, mais j'ai choisi un titre qui est très peu connu, c’est une démarche plus enrichissante je trouve, j’ai envie de faire redécouvrir ce morceau. J’ai l’intention de lui envoyer l’album.

 

Est-ce que la musique est ta priorité pour les mois qui viennent ? 

J’ai tourné un film, le prochain Alexandre Arcady : c'est une oeuvre hyper-dure qui raconte l’histoire d’Ilan Halimi. L'ensemble est filmé du point de vue de sa famille, et moi je joue sa sœur. Le tournage m’a vraiment remuée, je dirais même qu'il m'a chamboulée. Je comprends qu’à force de jouer des rôles dramatiques, certains acteurs deviennent fous. Et en décembre, je joue dans le film d’un réalisateur avec qui j’ai déjà travaillé et qui s’appelle Benoît Forgeard.

 

++ La page Facebook d'Alka.

++ La Première Fois, son premier album, est d'ores et déja disponible chez Naïve.

 


Propos recueillis par Sarah Dahan // Crédit photos : Partel Oliva.