Cet album est beaucoup plus sexy et léger que les précédents, vous en aviez marre d’être sérieuses ?

Erika : N’est-ce pas ? Je repensais à cette époque il n’y a pas si longtemps, et je me demandais pourquoi nous étions si tristes. (Rires) C’était sérieux, quoi. Pour cette fois-ci, je pense que nous avons étés influencées par nos expériences parallèles, j’ai beaucoup expérimenté avec les synthés, j’ai écouté aussi beaucoup de disco. Je pense que ça s’entend sur le disque.

 

Vous écoutiez quoi pendant le processus créatif ? 

Erika : J’écoutais de la pop issue du Top 40, Giorgio Moroder mais aussi du Madonna des années 80.

 

Vos chansons ont beaucoup été utilisées dans des séries. Je voulais savoir si vous étiez à fond dans les séries et si vous aviez sombré dans la folie Game of Thrones ?

Erika : Je sais que Heather adore Game of Thrones. En fait, on voulait surtout qu’une de nos chansons soit utilisée dans Twilight ! (Rires) C’est toujours plaisant d’avoir l'une de ses chansons dans un film ou une série, après ma mère m’appelle toute fière en me disant qu’elle a entendu l'une de mes chansons à la télé. (Rires) Moi, je ne regarde pas la télé.

Annie : Tu mens, tu regardes Angela, 15 ans 

Erika : Récemment, j’ai regardé ce documentaire anglais qui s’appelle 7up et qui suit la vie de personnes tous les sept ans. C’est absolument incroyable.

Annie : Moi, je regardais Freaks and Geeks, mais à part ça, j’adore Seinfeld. Je ne connais pas les émissions de télé actuelles - je n’ai même pas vu Girls.

 

 

Pouvez-vous me parler de votre collaboration avec Etienne Daho ?

Erika : Il est génial, c’est le meilleur ! Il m'arrive parfois de passer de la musique dans des bars à New-York, et lorsque je passe du Etienne Daho (ce que je fais souvent), les gens apprécient toujours beaucoup.

 

Comment vous êtes-vous connus ? 

Annie : Il est venu à l’un de nos concerts. Quelqu’un nous a présentés et nous sommes allés boire des verres ensemble après le show. Nous sommes devenus amis instantanément. Il est chaleureux, il est doux et bienveillant. Et puis ce qui est agréable, c’est qu’il est talentueux mais aussi vraiment adorable.

 

Cela fait dix ans que vous avez fondé Au Revoir Simone. C’était important pour vous d’avoir des projets parallèles pour «respirer» ? 

Heather : Oui, moi je suis retournée à la fac. 

Erika : Oui, c'était nécessaire pour être sûres qu’au fond, on voulait toutes continuer le groupe.

 

 

Quels furent les points culminants de votre carrière jusqu’à présent, et quels en furent les points plus négatifs ?

Annie : Le point culminant, c’est cette interview, te rencontrer ! Mais je pense aussi à la collaboration qu’on a faite avec Air. On a passé une semaine à Paris, nous avons appris leurs chansons et nous les avons jouées, et ils ont appris les nôtres et les ont jouées. C‘était à la Cité de la musique, c’était absolument génial.

Heather : C’était surréaliste de voir Jean-Benoît et Nicolas jouer nos chansons.

Erika : Nous avons aussi réussi à trouver notre rythme entre les tournées, les enregistrements et tout le reste.

Heather : L’un des pires souvenirs est sans doute la première tournée. Nous ne dormions pas assez et nous buvions trop. On n'avait pas encore compris qu’il faut faire attention à son corps en tournée. Mais les tournées c’est marrant : je me souviens d’une tournée où nous étions avec The Antlers, et je me souviens qu’avec Darby, on était partis chercher des scorpions dans le désert... tu fais des trucs improbables en tournée, c’est fou ! (Rires)

Erika : J’aime me retrouver dans les situations absurdes que peut provoquer une tournée, j’aime que l’anormal devienne normal. C’est un peu mon but dans la vie.

 

 

La culture française vous a toujours attiré ? 

Erika : Oui, depuis toujours. J’ai une vision très romantique de la France. Heather et moi avons appris le français à l’école.

Heather : Oui, à l’école nous devions choisir un nom pour les cours de français, et je m’appelais Juliette.

Erika : Moi, je m’appelais Corinne. J’aime tellement la France, pour sa cuisine, sa mode, ses films.... J’aime tout. 

Annie : Dans la culture américaine, je pense qu’on a tendance à forcer le trait sur le côté romantique de la France. Je dois dire que je trouve que Paris est une ville très sale et qu’au début ça m’avait rebuté, mais ça va mieux depuis quelques années. J’avais pensé la même chose avec Los Angeles aussi, mais quand tu vis quelques temps dans une ville, tu vois les choses différemment. C’était important pour moi de vivre quelques temps à Paris pour me faire une vraie idée de la ville.

Heather : Pour moi, Paris est comme une seconde maison, j’aime cette ville même avec sa saleté ! (Rires) D'ailleurs, j’aime même les gens qui y sont.

Annie : Ce que je n’aime pas, c’est quand tu te balades seule dans des endroits touristiques et que certains hommes se mettent à te suivre. Je me suis faite suivre plusieurs fois, c’est une expérience assez désagréable.

 

 

Vous avez monté le groupe à Williamsburg, qui est entretemps reconnue comme la capitale mondiale des hipsters. Comment ça se passe pour vous ?

Heather : Nous en sommes parties ! (Rires) De toute manière, les loyers sont devenus hors de prix. Quand on est arrivées, c’était le ghetto, ce n’était pas safe du tout. 

Annie : Je ne pouvais pas marcher seule du métro jusqu’à chez moi, c’était trop dangereux.

Erika : On a eu de la chance que rien ne nous soit arrivé là-bas.

Heather : Mais il y a eu des gens qui se sont fait attaquer dans notre rue : on entendait des coups de feux et tout !


++ Le site officiel et la page Facebook d'Au Revoir Simone.
++ Sorti chez Moshi Moshi Records, l'album Move in Spectrums est disponible depuis le 23 septembre dernier.

 

 

Sarah Dahan // Photo de Une : Alex Braverman.