Tu as dit vouloir échapper à la cacophonie de la ville pour l’enregistrement de l’album, mais tu l’as pourtant enregistré à Berlin... Pourquoi n’es-tu pas allée dans les bois ?

Agnes Obel : Hé bien parce qu’il faut un studio dans les bois et que malheureusement je n’en n’ai pas trouvé à disposition ! (Rires) En réalité, j’avais peur de partir à la campagne et de me sentir trop seule. J’aime travailler seule, donc il m’est nécessaire de trouver un équilibre avec une certaine vie sociale - il faut que je voie du monde, sinon je deviendrais folle. Si je ne travaille pas, je DOIS voir des gens ! (Rires)

 

Tu as beaucoup tourné après ton premier album ? J’ai l’impression que tu as vraiment enchaîné avec cet album, non ?

Je suis contente que tu penses ça, tout le monde me dit que j’ai été lente... j’ai envie de dire aux gens «hé ho calmez vous» ! (Rires) Je n’ai presque pas eu de vie. J’ai eu envie après la tournée de ré-écrire de la musique à nouveau.

 

 

Quand tu étais ado, tu as joué dans un court-métrage de Thomas Vinterberg (réalisateur de Festen et co-concepteur du principe dogma, ndlr). Est-ce que le cinéma t’intéresserait à nouveau, mais en tant que compositrice de B.O. par exemple ?

Oui, j’aimerais effectivement bien me prêter au jeu, mais j’aimerais faire quelque chose en rapport avec l’enfance en fait, c'est-à-dire me placer depuis la perspective d’un enfant. Je trouve que les enfants ont une vision très intéressante des choses, sans doute plus fantaisiste et créative que celle des adultes.

 

Concernant ta musique, un qualificatif semble souvent revenir, c'est qu'elle possède "une atmosphère très Twin Peaks". Tu es d’accord avec cette définition ?

Heu, je ne sais pas vraiment. Ce que j’aime le plus, c’est quand la musique s’imbrique parfaitement avec un film. Quand il y a une sorte de conversation entre les deux médias, c’est beau quand on a l’impression qu’ils se répondent. Une bande originale peut totalement altérer un film et inversement. Il est vrai que j’adore la façon dont David Lynch utilise la musique, il la travaille comme un véritable outil qui a toute sa place dans le film.

 

Du coup, le clip musical est le médium qui joint le mieux cela. Est-ce que c’est quelque chose qui t’intéresse ?

Oui, j’aime bien les clips de Portishead ; il y en a par exemple un qui a été réalisé par Chris Cunningham dans les années 90 et qui était particulièrement dingue. Il a été tourné sous l’eau, c’est fou. Maintenant, les clips sont malheureusement passés au second plan, ils ne passent plus vraiment à la télé, on les trouve quasiment uniquement sur internet. Quand j’étais au lycée, j’étais la seule qui avait MTV, c’était la grande classe ! (Rires) Et à l’époque, MTV c’était vraiment super cool et tu pouvais réellement découvrir de la bonne musique. Je n’écoutais pas la radio quand j’étais ado, je regardais MTV à la place. Je me souviendrai toujours de la première fois où j’ai découvert Beck avec la chanson Loser, c’était vraiment génial. J’ai même découvert Daniel Johnston et Sonic Youth grâce à MTV - ça te donne une idée à quel point tout ça a changé ! Ces années-là, la télé passait aussi Tori Amos avec Under The Pink... c’était une époque différente. (Rires)

 

 

Oui, aujourd’hui il n’y a quasiment plus de clips sur MTV, effectivement.

Alors que dans les années 90 c’était la folie : on rentrait de l’école avec mon frère et la première chose que l’on faisait, c'était d’allumer la télé pour regarder MTV. Les gens étaient hallucinés qu’on ait MTV ! (Rires) Aujourd’hui, les jeunes ne découvrent plus les choses de la même manière.

 

Tu avais d’ailleurs un groupe de rock quand tu étais au lycée. Tu n’as pas voulu poursuivre dans cette voie ?

Oh, j’ai eu toutes sortes de groupes ; j’ai eu un groupe quand j’avais 12 ans, et au lycée j’avais trois groupes en même temps. Il y en a même un qui était dédié à des reprises de Sinead O’connor ! (Rires) Mais les groupes, c’est juste une excuse pour traîner avec des amis. J’aimais bien avoir un groupe, des gens autour de moi, ça me manque parfois.

 

Tu écris, composes et produis seule. Es-tu une sorte de control freak ?

Non, mais j’ai simplement réalisé après pas mal d’années que je préférais travailler seule. C’est un processus qui me convient mieux, je trouve cela plus intéressant. C’est certes moins drôle, mais c’est ce qui me convient.

 

 

Après le design et la mode, il y a désormais une nouvelle hype autour de la nourriture danoise. Peux tu me dire quels sont les meilleurs plats du pays ?

Hé bien écoute : franchement, moi je pense que la plupart des plats danois sont dégueulasses. Mais il est vrai qu’on a quand même de beaux produits. On a beaucoup de poisson, le hareng est l’une de nos spécialités. Il y a toutes sortes de pains aussi, et comme il y a beaucoup de forêts, on a aussi beaucoup de champignons. Je n’aurais pas vraiment de plats ou de spécialités à te conseiller car la plupart des plats typiques sont des plats «paysans», établis lorsque les gens étaient très pauvres. Ca tourne beaucoup autour de la pomme de terre et du pain, tu vois, ce n’est pas très glamour. C'est loin d'être aussi raffiné que la gastronomie française, par exemple.

 

Est-ce que tu es l’enfant chérie du Danemark ?

Je ne crois pas, je suis partie pour vivre à Berlin il y a huit ans déjà, je ne suis pas sûre que les gens fassent le lien. Je n’ai même pas de label qui m'édite dans mon pays d’origine !

 

Ressentais-tu une grosse pression après ton premier album qui fut un très grand succès de manière quasi-inattendue ?

La pression venait de moi, je voulais faire un bon album, je voulais qu’il traduise absolument ma vision. Je voulais être capable d’incorporer mes visions et thèmes dans ma musique.

 

 

Et quels étaient ces thèmes ?

C’était un certain état d’esprit. Je traversais des choses particulières dans ma vie privée mais j’étais frustrée car je ne pouvais pas les exprimer. Je me suis dit qu’il fallait le faire en chansons, c’était important pour moi d’y parvenir.

 

Est-ce dur pour toi d’être seule et non pas entourée d’un groupe, d’avoir la lumière uniquement posée sur toi ?

Oh, je pense que ca fait partie de tout ce délire. Faire des photos et tout, ce n’est franchement pas mon truc - ce que j’aime faire, c’est composer. Mais je ne me plains pas car je voyage grâce à ma musique, donc je ne vais pas faire la tête lorsque je dois faire des photos et des interviews. J’ai rencontré tellement de musiciens et de personnes intéressantes grâce à ce que je fais, c’est un peu comme dans un rêve.

 

Est-ce que tu envisagerais de bifurquer vers quelque chose de plus «pop» à l’avenir ?

Je n’en n’ai aucune idée. L’important est de faire ce qui me donne envie, ça peut arriver, oui, mais c’est une option parmi tant d’autres.

 

 

++ Sorti chez PIAS, Aventine est disponible depuis le 30 septembre dernier.

++ Agnes Obel sera en concert à Paris du 2 au 4 décembre au Trianon.

 

 

Sarah Dahan.