Les lecteurs de Brain n’ont pas encore pu écouter ton album. Alors pour le leur décrire, tu pourrais me donner une saison, un fruit, une odeur et une couleur ?

Anoraak : Alors, en premier, le printemps. Ensuite, un fruit ? Il faut que je fasse la somme de ce que j’aime et de ce que ça va représenter…

 

Tu peux éventuellement tricher : milkshake…

«Petit smoothie» ! (Rires) Une banane, tiens. J’adore les bananes, en plus. Une odeur… Bon, pas une odeur de banane, déjà. Ca ferait peut-être un peu monomaniaque. Je dirais l’odeur de la ville, le matin, quand les rues ne sont pas encore souillées, au tout petit jour. Et une couleur : forcément je pense au thème graphique noir et blanc de l’album… Donc je vais dire le blanc, pour éviter le côté «et une corde avec ça, monsieur ?». 

 

 

Comment ça se fait qu'en 2009, tu aies délaissé la batterie pour bidouiller des synthés ?

En fait, je n'étais pas vraiment batteur à la base. Quand on a monté notre groupe, on était tous guitaristes, donc on a dû choisir l’instrument qui nous plaisait le plus parce qu’à cinq guitaristes, on faisait un peu Gipsy Kings. Et puis j’adorais la batterie et j’étais un peu frustré de ne jamais en avoir fait avant. Donc c’était cool et j’en joue encore un peu de temps en temps, mais je n’en fais plus de manière pro ou quasiment pro. Je suis plutôt revenu sur les instruments grâce auxquels j’avais appris la musique auparavant : les guitares, les claviers, et la basse.

Pour ce qui est des boites à rythme, comme je suis aussi batteur, j’ai tendance à composer les rythmiques en jouant de la «air batterie», tu vois. Du coup, je compose toujours la batterie, mais je n’en joue pas. Sur l’album précédent, j’avais quand même joué un peu en studio. Sur celui-là, il y a deux morceaux sur lesquels c’est mon batteur live qui joue.

 

Ca veut dire que tu as joué quoi, toi, sur Chronotropic ?

Les basses, les synthés, toutes les rythmiques qui sont programmées – neuf sur onze, je crois – et les guitares.

 

Et ton départ de Pony Pony Run Run ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Ca s’est fait simplement, en réalité. Il y avait des choix à faire : au moment où nous étions en studio, je commençais à tourner pas mal avec Anoraak, majoritairement à l’étranger. Du coup, si je voulais continuer mon projet, il fallait que je fasse un choix. Soit je continuais ce truc, qui me tenait vraiment à cœur mais qui était peut-être moins voué à fonctionner aussi rapidement que ce groupe allait le faire, soit je faisais une croix dessus. J’ai fait mon choix... et j'en suis très content.

 

Y a-t-il a un groupe qui a particulièrement accompagné ce changement de direction musicale ? Une influence forte ?

Ce n’était pas vraiment un changement, dans le sens où Anoraak existait déjà à l’époque de Pony, sauf que je l’avais mis en veille parce que ça nous prenait vachement de temps, on répétait beaucoup, on composait à cinq… Je n’avais pas le temps. Et un jour, je m’y suis remis. Pour ce qui est des influences d’Anoraak, elles sont hyper-variées : ce sont mes influences, c’est vraiment ma musique perso, intime. J’essaye de mettre toutes mes influences dedans, du rock alternatif des 90's, la pop mainstream des années 80, de la musique classique... Il n' s'agit jamais d'un procédé conscient : je ne me dis pas, "je vais mettre un peu de Chic, de John Carpenter…". J’essaie de ne pas faire le truc de manière intellectualisée. Et puis j’essaie de fuir la surinfluence.

 

 

Tu fais toujours partie du collectif Valerie ?

Oui ; après, Valérie existe parce qu’il a existé de manière active pendant un moment, mais aujourd’hui, c’est plus un site qu’autre chose. On est tous des potes, on s’appelle, on se donne des nouvelles, mais chacun fait un peu sa vie. College, il a son chemin à lui, les Outrunners ont un autre chemin : tous les projets se sont développés un peu différemment à partir du moment où Valérie a éclos, parce que chacun a des attentes un peu différentes. On avance tous dans des directions différentes, mais on vient tous de ce truc-là parce que c’est ce qui nous a aidés à nous faire connaitre à un moment.

 

Récemment, on a eu des nouvelles des Von Pariahs, qui ont d'ailleurs repris ton single, ou encore d’Elephanz. C’est un truc dont tu es fier, de venir de Nantes ?

Bah écoute, en fait je peux pas vraiment dire que je suis de Nantes, dans le sens où je suis Nantais d’adoption – j’ai vachement bougé quand j’étais gamin. Mais il y a une certaine fierté, parce que c’est le seul endroit où j’ai trouvé une scène, mais une scène qui ne se cantonne pas à un genre musical. Par exemple, les Von Pariahs n'ont rien à voir avec ce que je fais, mais on s’apprécie vachement, ils ont dit oui tout de suite lorsque je leur ai demandé de faire cette reprise, ils trouvaient le concept cool, etc. Tous les musiciens, peu importe leur style de musique, s’entendent super bien, boivent des coups ensemble le soir, respectent ce que font les autres, et c’est rigolo de se retrouver dans le même bistrot avec des mecs qui viennent de l’électro, d’autres du hip-hop, de la variété… En ça je suis assez fier. Je trouve que la scène nantaise dans sa globalité est assez intéressante, parce qu’il y a beaucoup de choses différentes qui se font, et souvent de qualité.  

 

C’est pourtant à Paris que tu as décidé de tourner le clip de Morning Light. C’est une ville que t’aimes bien ? 

En fait, j’habite à Paris depuis trois ans : tu peux me trouver majoritairement ici (dans le 18ème), surtout que je bosse chez moi donc je suis toujours plutôt dans ce coin-là. Mais ouais, j’apprécie beaucoup Paris. J’y ai vécu plusieurs fois, j’en suis parti, j’en repartirai sûrement, et j’y reviendrai peut-être un jour. C’est sûrement la ville où j’ai le plus vécu dans ma vie.

 

 

Ce qui est marrant quand on écoute Anoraak, c’est le mélange de sonorités électroniques et de romantisme presque un peu "guimauve". Du coup, je me demandais si tu étais un inconditionnel de comédies romantiques des années 80 ou un truc de ce genre...

(Rires) Hé bien oui, les eighties ça m’a forcément influencé, parce que je suis né en 1980 et je n’ai jamais rejeté cette période là ! Ca représente autant beaucoup de merde que de choses très intéressantes. Du coup, oui, il doit y avoir un truc. Après, je n’ai jamais cherché à faire de la musique eighties. Valérie, à l’époque où ça a éclos, il y avait un truc assumé années 80, avec une imagerie un peu rétro-futuriste… En plus on avait un graphiste qui était celui de tout le monde et qui était vraiment dans ce délire rétro-futur, ça a sûrement joué largement. Et puis, il y a un côté «pop» dans ma musique qui appuie ce côté-là. Mais après, je n’ai jamais clamé faire de la musique hyper-80’s, «je suis trop un fan de John Carpenter et Giorgio Moroder». J’aime bien, mais autant que Purple Jam ou Dvorak.

 

Ta musique est assez évocatrice visuellement, et quand j'ai appris pour le lieu du rendez-vous, je me suis demandé qui serait le réal' dont tu rêverais pour un clip.

C’est assez compliqué. Pour les clips, soit j’ai vraiment l’idée en tête et je vais quasiment faire le réal parce que j’ai une vision précise, comme le clip avec le skater par exemple, je savais exactement ce que je voulais. Ou alors, je laisse le bébé à quelqu’un, en disant, même si je garde le final cut, «qu’est ce que ça vous inspire ?». C’est intéressant de voir ta musique de l’œil de quelqu’un d’autre.

Contrairement à la musique où t’as forcément des groupes vers lesquels tu vas toujours retourner, sur le ciné je suis beaucoup plus flexible. D’un film à un autre, un réalisateur peut vraiment m’exciter comme me décevoir, sans que je tire un trait dessus. Je ne vais pas me pâmer devant une filmographie. Mais bon, si je devais en choisir un... ce serait... allez, Michael Mann.

 

Il y a un titre que tu aurais aimé écrire ?

Les Danses Slaves, d’Antonin Dvorak. Ca, j’en aurai rêvé.

 

Tu as fait beaucoup de remixes et de DJ-sets. Faire le DJ en 2013, c’est une partie du job qui sert à arrondir les fins de mois ?

Tourner, c’est juste génial, j’adore ça. J’aime bien être chez moi, composer et tout, mais si je ne tournais pas, je deviendrais fou. Je suis anti-casanier, pas du tout un rat de studio. J’aime bien, mais sur des périodes limitées. Au contraire, partir me sort de la torpeur du quotidien. Et j’adore les tournées, seul ou en DJ, dans les deux cas, c’est toujours une bonne nouvelle de savoir qu’on va jouer. 

 

Comment expliques-tu que tu aies plus de succès à l’étranger qu'en France ?

Un évènement a mis ça sur les rails en 2008 : l'un de mes morceaux avait été mis en highlight profile sur MySpace USA. A partir de ce moment là, mon niveau d’écoute a été multiplié par 10 ou 20. Et depuis, la majorité de mon public est anglo-saxon, la France arrive juste derrière. Du coup, je joue pas mal à l’étranger, parce que c’est là-bas qu’il y a le plus de gens qui m'écoutent. 

 

 

Et c’est où alors le meilleur endroit où poser ses bacs à disques ?

Mine de rien, j’ai fait pas mal de soirées cool à Paris. Récemment, j’avais un DJ-set au Social Club, ça s’est vraiment bien passé. Public de gens qui dansent direct, qui ne se jaugent pas dans tous les sens… Même en live, notre dernière parisienne, c’était à La Maroquinerie et c’était vraiment mortel. Moi qui avais auparavant plutôt tendance à dire qu'il est assez dur de jouer en France et notamment à Paris, finalement non, ce n'est pas le cas. En concert, les meilleurs endroits où l'on a joué, ça reste les Etats-Unis et le Mexique. Public de dingue. En DJ-set, ce n’est pas vraiment la ville, mais le club en lui-même, le type de gens que ça draine, si c’est en adéquation avec la programmation... Il y a pas mal d’endroits où j’ai aimé faire le DJ. A Beyrouth, c’était chanmé aussi. Bon public bien cool, et très bonne bouffe.

 

Tu as une arme secrète pour rendre dingue un dancefloor ?

Oui, pour le coup : Michael Cassette. Ah, et un morceau de Daft Punk, Burnin', pas forcément le plus connu. Je pense surtout aux plus jeunes qui ne connaissent pas forcément le titre, mais ça les rend fous quand même… Mais je ne le joue pas à chaque fois.

 

Le truc que tu écoutes le plus ces jours-ci ?

Daughter, et aussi Alpine, le groupe australien. Ca date de l’année dernière, ça me rappelle les groupes californiens de nanas que j’écoutais quand j’étais ado. Je suis fan.

 

Un Français à suivre ?

Je vais essayer de ne pas faire de copinage. Il y en a pas mal. Les Von Pariahs - bon désolé c’est des copains, mais j’ai l’impression d’attendre un groupe de rock comme ça depuis que j’ai 15 ans, en France. Ces mecs-là sont capables de ravager une scène, vraiment. J’en n'ai jamais vus des comme ça – même si j’en ai sûrement loupés, je dis pas. Je les ai vu faire leur premier concert, quand ils ne s’appelaient pas encore les Von Pariahs, à Nantes à la fête de la musique, genre devant un bistrot. Et ils m’avaient scotché, mais vraiment, incroyable. Ils ont ça dans le sang, ils se sont trouvés. Les bons musiciens, au bon moment, avec les bons instruments, les bonnes compos, le bon chanteur...

 

C’est quoi la chanson qui te sert de réveil ?

Minnie Ripperton, je suis assez fan : Adventures in Paradise, Inside My Love...

 

Enfin, puisqu'il est rare d’interviewer un batteur : qui est le meilleur batteur du monde ? Manu Katché ?

(Rires) Ah, ça fait un peu conversation de zikos dans un shop de Pigalle, mais allez… Vinnie Paul !

 

++ La page Facebook, le compte SoundCloud et le site officiel d'Anoraak.

++ Chronotropic, le deuxième album d'Anoraak, est sorti le 28 octobre chez Grand Blanc.

 

 

Robin Korda.