Ce que tout ça ne dit pas, c'est que sur ce deuxième album, notre adorable lapin en sucre vient de trouver le groove en perdant son pucelage. Petit Prince mal à l'aise et maladroit, Connan colle désormais de la buée aux vitres comme Kate et Léo avec Caramel, objet chaud, collant et sucré, enregistré dans une chambre d'hôtel à Tokyo - donc définitivement Lust In Translation.

 

On va commencer avec une question un peu cheloue.

Connan Tant Hosford (Connan Mockasin) : Ça me va.

 

Tu as enregistré ton premier album parce que ta maman t'a demandé de le faire, et son successeur Caramel, transpire le sexe. Est-ce qu'à tout hasard tu n'essaies pas de résoudre un complexe d'Œdipe via ta discographie ?

Œdipe ? Je ne suis pas sûr de connaître.

 

C'est une théorie popularisée par Freud…

Ah je vois. Je ne suis pas trop sûr du sens donc je préfère ne pas m'aventurer dans une réponse.

 

 

En gros, c'est le désir inconscient d'éliminer le parent du même sexe et de vouloir se reproduire avec celui du sexe opposé.

Ah oui. Je ne pense pas que l'on trouve ça dans l'album. C'est plus du flirt. Je ne suis pas très doué pour flirter dans la vie, alors c'est peut-être pour ça que je le fais dans l'album. Et puis j'aime le mot "caramel", ce mot m'inspire le flirt, c'est pour ça que j'ai composé cet album à partir de ce mot. Même la manière dont sonne ce mot est une petite douceur.

 

Et le caramel, c'est ce qui pourrait symboliser ton rapport au lien amoureux ? Au sexe ?

Je ne crois pas être très caramel. Le caramel est un mot sexy… En même temps, il y a peut-être du vrai, j'ai peut-être une manière caramel d'envisager les choses de l'amour. Mais j'aime surtout le mot. C'est ce qui m'a intéressé en faisant l'album, je me demandais à quoi ressemblerait une œuvre qui s'appellerait Caramel. Parce que je n'en mange pas, je n'aime pas spécialement les sucreries. Mais le caramel en soit c'est simple et j'aime les choses simples. On a enregistré cet album avec un équipement très limité, c'est comme ça que j'aime faire de la musique. Et nous étions pendant un mois dans une chambre d'hôtel à Tokyo et c'est là que nous avons tout enregistré. J'étais très excité d'enregistrer l'album là bas. Tokyo est une ville vraiment… mystérieuse pour moi.

 

On dirait que tu as un truc très spécial avec Tokyo, tu as enregistré celui-ci là bas, ton premier album avait été conçu, selon tes dires, pour plaire aux Japonais…

Oui oui, c'est très mystérieux pour moi. Il y a une atmosphère unique. Et puis je ne comprends rien sur place. J'ai besoin de me plonger dans quelque chose qui m'est étranger de temps en temps. Et puis les Japonais sont extraordinaires, ils sont très calmes, très polis, vraiment adorables avec moi… Tout ça est un mystère pour moi.

 

 

Donc il y a une part de Tokyo dans Caramel ?

Oui, je n'aurais pas pu faire cet album là ailleurs. Même ailleurs que dans cette chambre. C'est là que l'idée m'est venue et j'ai tout composé dans la foulée. Si je n'ai pas d'idée pour un album, je ne fais rien. Je n'ai pas envie de faire des albums "par erreur". J'ai fait le précédent parce que ma maman me l'avait suggéré et j'ai bien fait de l'écouter. Mais aujourd'hui je ne peux plus entendre cet album. Je ne suis pas ce genre de musicien, je m'amuse sur le moment et puis j'ai besoin de passer à autre chose, de me risquer à la nouveauté.

 

Tu n'écoutes plus ton album ? D'ailleurs tu disais être surpris que le public puisse l'aimer.

Oh oui ! Totalement surpris. D'ailleurs c'est en France que j'ai eu les premiers retours. C'est vous qui m'avez en premier témoigné de l'amour concernant cet album. Je ne sais pas pourquoi. Mais quoiqu'il en soit, vous êtes toujours incroyablement gentils avec moi. Ça aussi c'est un mystère.

 

Gainsbourg peut-être.

Non, ça se manifestait même avant de travailler avec elle…

 

Non non, je parle de Serge. Dans Forever Dolphin Love, il y a un groove assez proche de l'époque Melody Nelson.

Ca me fait vraiment plaisir, j'adore cet album, je l'écoute sans cesse. C'est un compliment.

 

D'ailleurs je pense à autre chose mais à l'époque de Forever Dolphin Love, tu inventais des mots pour leur mélodie, c'est ça ?

Oui, c'est vrai. Enfin, j'aime à croire que j'inventais des mots comme un enfant le ferait.

 

 

Et sur cet album, tout a commencé avec un mot, non ?

Oui, Caramel.

 

Est-ce que ce ne sont pas les mots qui guident ta musique en fait ?

Je vois où tu veux en venir. Non, pas tant que ça en fait. Ça n'est le cas que sur Caramel. Ici c'est tout l'album qui est construit à partir d'un mot mais l'album précédent était définitivement un album guidé par ses mélodies.

 

C'est quand même étonnant que cet album ait été enregistré à Tokyo…

(Il me coupe, ndlr) Tu y as déjà été ?

 

Non hélas, mais j'adorerais m'y rendre.

C'est incroyable. Ils adorent la France aussi, tu sais ?

 

Oui, j'ai l'impression. Mais ils déchantent souvent lors de leur séjour.

Oui, j'ai entendu parler de cette histoire, ils appellent ça le Syndrome de Paris. Ils nourrissent une telle idée romantique de Paris que lorsqu'ils sont confrontés à la réalité, ils pêtent un plomb. Ils idéalisent Paris alors quand ils sont confrontés aux rues sales, à un serveur brusque ou à quoi que ce soit qui sorte de leur rêve, ça les chamboule. Ils ont même une cellule de crise ouverte en permanence à l'ambassade. Ça montre à quel point le problème peut être fréquent. Et ça n'existe que chez les Japonais ! (Rires)

 

 

Ça m'ennuie que nous ayons une réputation mondiale de malpolis…

Mais vous n'êtes pas malpolis ! Tout le monde cherchait à me mettre en garde avant que je vienne en France et lorsque je suis arrivé, j'ai trouvé tout le monde charmant. Vous n'êtes pas des malpolis, vous êtes un peuple qui sait ce qu'il veut. Qui ne supporte pas qu'on lui dicte sa conduite ou ses goûts. C'est mon opinion. Mais je ne considère en rien les Français comme des rustres. Ou l'arrogance. On vous taxe d'arrogants et très sincèrement, je ne vois pas en quoi. Je crois que c'est votre grande honnêteté qui donne cette impression. Vous êtes des sanguins, tu vois ce que je veux dire ?

 

Oui. Même si je connais des individus profondément apathiques. Mais pour en revenir à Tokyo, il y a quelque chose dans Caramel qui ne colle pas à la ville. On ne retrouve pas Tokyo dans le calme et le groove de cet album. Si ?

Non Tokyo n'est pas une ville très groovy, je te l'accorde. Qu'est-ce que c'est, une ville groovy ? (Rires)

 

Londres, où tu as vécu, a un groove très particulier.

Ah, tu trouves ? Je ne sais pas. C'est peut-être parce que j'y ai résidé longtemps mais je ne vois plus le groove de la ville. J'adore la ville, que l'on s'entende bien mais je crois que j'ai épuisé mon rapport à elle, c'est dommage.

 

C'est là bas que tu te sens à la maison ? Parce que tu voyages énormément et j'ai le sentiment que tu choisis de rester sur place assez régulièrement.

Ah oui, c'est vrai que je voyage énormément. Et c'est vrai que je me sens beaucoup plus à la maison en étant à Londres qu'en Nouvelle-Zélande aujourd'hui. Et j'ai eu ce sentiment très tôt c'est pour ça que j'ai quitté la Nouvelle-Zélande pour elle. J'ai dû m'y installer il y a sept ans maintenant. Je n'avais jamais voyagé hors du pays auparavant. Les débuts ont été très durs, j'ai même été SDF pendant un mois et demi. Il m'a fallu un certain temps avant de pouvoir vivre confortablement là bas. Quelque chose comme trois ans. Donc Londres, si tu n'as absolument aucun argent, c'est vraiment très difficile. Et j'ai aussi compris à quel point ça pouvait être facile de devenir SDF. Avoir un logement, un boulot, c'est une dynamique ou un élément finit par en entrainer un autre mais c'est un cercle très dur à intégrer quand tu arrives sans un sou dans une ville comme Londres. Et ça reste le lieu où je me sens chez moi, ça me fait toujours du bien de revenir là bas.

 

Et est-ce que tu as croisé un endroit particulier sur Terre qui te donne envie de composer ?

Le JAPON ! (Rires)

 

C'est une obsession. Donc définitivement cet endroit agit sur toi ?

Ouais, tu n'imagines pas à quel point. Mais j'aimerais aller à Hawaï, pour surfer déjà, mais j'imagine que c'est le genre d'endroit qui pourrait m'inspirer. Il doit y avoir des vagues incroyables là bas. Je dois y aller, même si ça n'est que pour regarder ! (Rires)

 

C'est quelque chose que tu gardes de la Nouvelle-Zélande, le surf ?

Ouais j'adore ça. C'est pour ça que j'adore Guétary. On a joué dans un festival dingue là bas, Baléapop, j'ai trouvé ça incroyable. Je pense que c'est l'un des festivals que j'ai préféré de ma vie. Les organisateurs étaient vraiment adorables avec nous en plus, on nous a installés dans une maison pendant dix jours, on se réveillait quand on voulait, on faisait de la moto dans les collines, on a eu des mets extraordinaires…Je me suis senti à la maison là bas justement. J'ai eu du mal à partir.

 

 

Tu as besoin de rester proche de la nature, je crois...

Oh oui, tu sais, je ne suis pas un enfant de la ville, j'ai grandi dans une toute petite ville très verdoyante. Imagine le choc quand je suis arrivé à Londres… Je commence tout juste à m'habituer aux villes.

 

Tu vas me trouver psychorigide, mais comment t'es-tu épanoui loin de la nature… à Tokyo ?

(Rires) Oui, je comprends, c'est bizarre mais c'est l'exact opposé de la nature, et je crois qu'en un sens, le côté hyper-urbain m'attire aussi.

 

C'est peut-être aussi ce qui explique pourquoi les deux albums sont aussi différents - l'un né dans la nature néo-zélandaise, et l'autre dans le béton tokyoïte.

Je ne suis pas sûr que ça s'entende dans l'album... Je veux dire, je ne crois pas que l'environnement ait eu un impact sur ma création les deux fois. Bon, après si tu creuses, je suis certain qu'on trouvera des tas d'implications inconscientes.

 

Et peut-être que le changement entre ces deux albums vient de… ta relation aux femmes ? Dès la première écoute de Caramel, je me suis dit "hé bien alors, Connan, on est devenu un playboy ?".

(Rires) C'est très amusant que tu penses ça parce que… pas du tout. Dans la vraie vie, je suis très mauvais pour les jeux de séduction… C'est terrible, je suis assez timide de nature. Et je ne sais jamais si quelqu'un m'aime bien, je ne m'en rends pas compte. Et si jamais je m'en rends compte, ça me met très mal à l'aise, donc généralement, ça donne des scènes… assez pauvres. (Rires)

 

 

Ça, c'est incroyable : tu sais que tu fais de la musique de playboy ? J'allais justement te demander un cours de séduction...

(Rires) Merci ! C'est tellement loin de moi, pourtant… C'est hilarant. Je me demande ce que le public va en penser… Il y a encore beaucoup de gens qui vont le détester, comme le précédent, je m'y suis fait. Tu ne peux pas satisfaire tout le monde.

 

Au moins, tu as le courage de te réinventer presque complétement.

Je ne comprends pas les seconds albums qui sont en fait un premier album bis. Chez moi, ça ne risque pas d'arriver, je ne sais même pas comment j'ai fait le premier. Je serais incapable de le refaire. C'est pareil pour celui-ci, je ne pourrais pas le refaire une nouvelle fois. Et puis il faudrait que je le ré-écoute, je n'aime pas ça.

 

Comment ça ? Tu n'écoutes jamais tes albums après les avoir réalisés ?

Oh non. Je trouve ça très embarrassant. Tu vois, c'est comme si en ré-écoutant ton interview, tu n'aimais pas ta voix. Ça me fait ça. J'aime plus que tout la sensation éprouvée pendant que je compose l'album, mais je ne parviens pas à les écouter.

 

De la part d'un chanteur, je dois dire que ça me surprend…

Pourtant, ça me met très mal à l'aise de m'écouter… Et puis mon propre travail reste quelque chose de très mystérieux pour moi.

 

Si tu penses comme ça, au moins, ça veut dire que tu es en perpétuelle évolution.

Ouais.

 

 

Mais sur cet album, on entend aussi les dauphins qui figuraient sur le premier. C'est une sorte d'au-revoir, cette référence ?

Oui je voulais leur faire un dernier adieu. Ou alors, à force de ne pas m'écouter sans la savoir, j'ai fait le même album ! (Rires)

 

Non, rassure-toi. Et il y a un personnage dans celui-ci : The Boss, c'est ça ?

Oui, c'est juste une grosse voix. Je voulais une grosse voix et je l'ai appelé The Boss. C'est un personnage mais il n'y a pas d'histoire dans l'album. S'il y en avait eu une, il aurait fallu qu'elle soit bonne. Et puis je voulais que des jeunes femmes japonaises chantent dessus. J'ai fonctionné par envie sur celui-ci. Comme de simuler un crash de voiture en utilisant uniquement les sons de la guitare. J'aime vraiment utiliser la guitare au delà de son usage traditionnel. C'est vraiment un instrument extraordinaire pour s'essayer à des expériences électroniques.

 

Tu me disais que tu avais un petit équipement pour enregistrer. Tu aimes travailler sous la contrainte ?

Complétement. Je ne pourrais pas travailler avec un ordinateur, il y a trop de possibilités, je m'éparpille là-dedans. Ca me disperse, impossible de créer.

 

Moins tu disposes de moyens, plus tu dois réfléchir, en somme.

Exactement. Ça conserve mon esprit concentré sur le principal. Et puis je déteste cette idée que l'on se fait de la perfection, stérilisée de toute erreur. Ce que j'aime c'est me dire que j'ai raté une prise, revenir dessus et m'apercevoir qu'elle est géniale comme ça, que je ne pourrais jamais la refaire parce qu'elle est parfaite ainsi avec sa maladresse et ses défauts.

 

 

En fait, tu veux conserver de l'humain là-dedans ?

Oui, exactement, j'aime cette sensation d'écouter ce que je fais en ayant l'impression que ça provient de quelqu'un d'autre.

 

La perfection, c'est ennuyeux.

Oh oui. Et triste. Tu dois apprendre à laisser aller, à accepter les erreurs. Ça participe à la beauté de la chose.

 

Parlons aussi un peu de tes peintures. Tu peins toujours ?

Oui. Et je peignais bien avant de faire de la musique. Mais je mets quand même ça de côté en ce moment, je suis tellement occupé je ne parviens plus à trouver une minute pour m'y mettre.

 

Chose étonnante, j'ai lu quelque part que tu voulais faire du stand-up. C'est vrai ça ?

Waouh, comment sais-tu ça ?

 

Aucune idée, je l'ai lu quelque part... impossible de me souvenir où.

C'est vrai, j'adorerais faire du stand-up. Enfin, je suis persuadé que je serais très mauvais mais j'aimerais essayer pour amuser mes amis, qu'ils se moquent de moi. Parce que ça me rendrait nerveux. Beaucoup de choses me rendent nerveux, je suis très nerveux avant de monter sur scène par exemple. C'est terrible et en même temps fascinant cette sensation d'être nu devant tout le monde. Mais ça me booste.

 

C'est du bon stress.

Oui c'est ça, c'est du bon stress. J'aime vraiment cette sensation… Comment tu as su pour le stand-up ?(Rires)

 

Je te promets que je ne me souviens plus.

A qui est-ce que j'en ai parlé ? Hmm...

 

Pour finir : est-ce que ta maman a écouté l'album ?

Non pas encore. Il me tarde de savoir ce qu'elle en pense.

 

Qu'est ce qu'elle va en penser selon toi ?

Alors là, je ne sais pas. Je crois qu'elle va l'aimer. Ce n'est pas tellement ce qu'elle écoute, j'ai peur que ça l'ennuie.

 

Je suis persuadé qu'elle va l'adorer.

Oooooh, merci ! (Rires)

 

++ La page Facebook et le compte SoundCloud de Connan Mockasin. 

++ Caramel est sorti le 4 novembre 2013 et est disponible sur iTunes.

 

 

Matthias Deshours.