Votre premier EP a été fait il y a deux ans, c’était alors les prémices du retour à la chanson française ou plutôt la pop française dite cool ; maintenant il y a une multitude de groupes qui chantent en français. Vous vous situez où dans tout ça ? Etes-vous proches de certains groupes ?

Benoît : Oui c’est vrai, on était parmi les premiers avec Aline et La Femme. Après, d’autres groupes sont arrivés derrière. Mustang était déjà là, mais ils étaient dans un autre registre. Disons qu’on croise souvent les mêmes groupes : on a joué avec Lescop, on a été potes avec les CracBooms, on a joué avec La Femme, Aline... A Bordeaux il y a Petit Fantôme, qui joue avec Francois & The Atlas Mountains, qui sont nos potes.

 

Depuis combien de temps est-ce que le groupe existe ? Le lineup a changé aussi, non ?

Mathieu : Ca fait trois ans. Au début, Cindy chantait sur nos démos mais elle ne pouvait pas faire les concerts avec nous bien qu’elle en ait toujours eu l’envie. Elle a fait son premier concert au Printemps de Bourges.

Benoît : J’aime sa voix sans affect, comme les premiers titres de Charlotte Gainsbourg, ou d'Elli ou Lio.

 

Pendant un long moment c’était interdit et considéré comme «pas cool» de chanter en français. Pour vous, ça a toujours été une évidence, ou vous vous êtes vous aussi pliés à cet «interdit» ?

Benoît : Non, moi j’avais un projet en français qui s’appelait Carabine, mais c’était plus scandé et moins pop que Pendentif. J’ai écouté pas mal de choses en français, comme les albums de Katerine, Mes mauvaises Fréquentations par exemple... ou aussi les albums de Dominique A, qui nous faisaient rester dans la chanson française.

Mathieu: Il y a eu un mouvement de rock français, mais pas vraiment de pop française - à part dans les années 80.

 

 

Vous écoutiez de la pop française, justement ?

Benoît : Oui, on a pas mal écouté Autour de Lucie par exemple.

 

Noir Désir - qui vient de Bordeaux comme vous - avait pour le coup des textes plutôt politiques et engagés. Est-ce que c’est quelque chose qui vous touche ?

Benoît : Ah non, pas vraiment. Il y avait trop de pathos dans Noir Désir, ils vont chercher leurs références du côté de Jacques Brel, alors que nous, à tout prendre, on est plus Trénet. Ou Gaisnbourg pour le côté sexy.

 

Moi, je vois votre musique comme des petits instantanés un peu «futiles». Vous confirmez cette impression ?

Benoît : Les premiers morceaux qu’on a composés étaient assez épiques, comme par exemple Riviera qui parle de moments passés à la plage. Qui parle du temps de prendre son temps, de la vacuité. Tout ceci tourne autour d'instants légers - mais qui sont pour nous très purs, comme la naissance d’un premier amour, l’origine des premières émotions. Il y avait ce sentiment dans les premiers morceaux des Beatles. Ou même chez Elli & Jacno avec Main dans la Main. Je suis sûr qu’ils devaient s’en prendre plein la gueule alors que maintenant, c’est le groupe le plus cool du monde. Il y a un album de Damien que j’ai beaucoup aimé, c'est Flirt, un disque construit comme plein de petites saynètes. J’aime beaucoup un réalisateur qui s’appelle Jacques Rozier qui a entre autres fait Du Côté d’Orouet et Blue Jeans, un court-métrage qui montre deux mecs qui vont draguer à la plage, tout simplement.

 

 

Dans un registre un peu similaire, les films de Rohmer, ça vous parle ?

Benoît : Oui, on adore, et on adore aussi les films de Truffaut. Le romantisme français et la musique anglo-saxonne, c’est le mélange ultime pour nous.

 

La production sur l’album est assez léchée - un morceau comme Pendentif a d’ailleurs beaucoup changé en deux ans. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Mathieu : On a enregistré en studio avec un producteur parisien qui s’appelle Antoine Gaillet et qui a travaillé avec M83 et Herman Düne. On avait fait un test avec lui sur 2-3 jours, et on s’est super bien entendus humainement et artistiquement. Du coup, il est venu à Bordeaux et on a réalisé notre album en sa compagnie. L’album est léché mais on a gardé pas mal d’éléments de nos premières démos et maquettes : des voix, des instrus, des claviers...

Benoît : Le premier EP a entièrement été autoproduit, c’est pour ça qu’on a voulu une prod’ un peu plus léchée sur l’album.

 

Dans votre dossier de presse, on fait face à une multitude de références musicales... où se trouve la vérité ?

Mathieu : Je suis très pop anglo-saxonne. En réalité, ce qui nous plaît, c’est le mélange d’esthétique pop anglo-saxonne avec le côté chant en français.

Benoît : Le challenge est là : faire de la pop moderne et pas de la chanson française, ce qui n’est pas la même chose.

 

 

La «chanson française», c'est quelque chose qui vous rebute ?

Benoît : Pour cet album, on est partis de la musique. Et moi je vais shooter instinctivement un truc «franglais» pour caler les mots, et à partir de ces trois phrases qui vont sortir, je vais développer quelque chose. On compose comme les anglo-saxons à ce niveau là, nous sommes moins littéraires que les personnes qui font de la «chanson française». On souhaite privilégier la musicalité.

 

Vos textes ont toujours un petit côté mutin - même le clip de Embrasse-moi est plutôt sexy.

Benoît : Ce qui nous réunit tous dans le groupe, c’est l’envie de faire quelque chose d’un peu sexy. Sébastien Tellier est sexy, Prince est sexy. Noir Désir, c’est pas sexy du tout. On aime les basses langoureuses ! (Rires)

 

Les chansons idéales pour conclure ?

Benoît : Kiss de Prince, James Brown... Ou sinon, certains morceaux de Gainsbourg.

Mathieu : Un bon slow des familles ! (Rires)

 

 

Ca aide avec les filles, d’être musicien ?

Mathieu : C’est un mythe, je pense.

Benoît : C’est Cindy notre chanteuse qui joue de ce truc et qui a des retours de mecs, surtout. Mais bon, je pense que ça doit aider, sinon les mecs ne feraient pas des groupes depuis la nuit des temps. (Rires) D’ailleurs, j’ai perdu ma virginité le même soir que mon premier concert.

 

Tu parlais de naïveté dans les textes. La frontière pour ne pas tomber dans la niaiserie est fine, non ?

Benoît : Chacun le voit comme il veut. Ca fait partie de la sensibilité de chacun, une personne qui n’a pas peur de dire «je t’aime» pourra adhérer à ces mots un peu purs.

 

C’est important pour vous de rester basés à Bordeaux ?

Benoît : On a réussi à développer le projet depuis Bordeaux, donc pourquoi bouger maintenant ? On vient parfois 2-3 jours à Paris pour faire de la promo, mais c’est amplement suffisant.

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte SoundCloud de Pendentif.

++ Sorti le 23 septembre, Mafia Douce est disponible sur iTunes. A Paris, Pendentif sera en concert le 14 novembre.

 

 

Sarah Dahan // Photos : Steven Monteau.