Alors que, comme pour les Sex Pistols au Chalet du Lac, un nombre risible de gens prétend avoir assisté à leur concert, forcément mythique, du Gibus (genre l’équivalent de dix fois la jauge de la salle), les Olivensteins réapparaissent à la surprise générale grâce à une compilation - et surtout grâce aux concerts, dont une date très, très attendue au festival BBMix.

Conscient que le Français adore accueillir les légendes, surtout si elles sont maudites et américaines (Screamin’ Jay Hawkins, Stiv Bators, Johnny Thunders) mais a une fâcheuse tendance à ignorer celles de son beau pays (Métal Urbain, La Souris Déglinguée, le purgatoire de Daniel Darc), Brain Magazine a la joie et la fierté d’ouvrir ses colonnes aux légendaires Olivensteins.

 

Les Olivensteins en 1979

 

Pourquoi vous êtes-vous reformés trente-trois ans après ?
Gilles (voix) : C’est un enchaînement de petites circonstances. En 2011, on a sorti l’album avec les trois titres du 45 tours d’origine chez Born Bad. Ça nous a donné l’occasion de nous retrouver pour faire des dédicaces, on ne s’était pas perdus de vue de toute façon. L’idée d’une reformation était presque un sujet de plaisanterie, en fait. L’année dernière, un copain de Romain Denis, le batteur, organisait un festival à Tournan-en-Brie. Il nous a envoyé un mail dans lequel il disait que ça serait marrant qu’on fasse un concert. On n’a pas répondu (rires). Il nous a relancés : «c’est oui ou merde, mais dites quelque chose». En 1/4 de seconde, je me suis dit «essayons, on verra ce que ça donnera». C’était donc pas du tout un truc réfléchi. Quinze jours plus tard, on était en répète. Et à partir du moment où on était au local, c’était plié, c’était reparti. On a répété pour ce concert pour voir si ça le faisait encore. On sentait qu’on pouvait le faire mais on avait une petite appréhension : «est-ce qu’on ne sera pas ridicules ?» Il y a quand même des reformations qui sont terriblement pathétiques, on ne voulait pas en faire partie. Comme ça s’est bien passé…
Vincent (guitare) : Je pense que, pour l’instant, ça n’est pas encore trop pathétique, harr harr !


Depuis, vous avez aussi donné un concert chez vous, à Rouen ?
Gilles : Oui, c’était la première fois que je faisais un concert à guichets fermés ! (Mort de rire)
Vincent : Non, on en avait déjà fait un mais on n’était pas tout seuls.
Gilles : On s’est aperçus de plein de choses. Après les Olivensteins, Vincent et moi, avons fait d’autres groupes et c’était toujours dur de relancer la machine en tant qu’ex-Olivensteins. Il fallait toujours s’imposer et là, avec la reformation on a un certain confort, une certaine facilité. Les morceaux existent, le groupe est là. Les concerts viennent tous seuls, le nom attire du monde, ça c’est quand même super-agréable.



Comment ça s’est passé avec Born Bad ?
Gilles : C’est mon frère Éric (parolier du groupe, ndlr) qui s’en est occupé. C’est Born Bad qui nous a approchés…
Vincent : C’était un peu dans l’air du temps, plusieurs mecs en avaient parlé à Éric.
Gilles : On aimait bien les trucs que fait Born Bad. On trouvait que leurs trucs de rock’n’roll français, leurs trucs du début des années 60 étaient assez classes, bien présentés et tout. Et une fois que l’approche a été faite, on a dit OK.

 

La pochette de l'album paru chez Born Bad
 

En 2013, le punk est au musée. Qu’est-ce que ça vous évoque ?
Gilles : Moi, ça me fait marrer.
Vincent : Ça va être pratique pour la collection de printemps des couturiers…
Gilles : Castelbajac fera une petite apparition. Tout est recyclé.
Vincent : On s’en fout de toute façon.

 

 

Gilles : En 82, tout le monde mettait des boots pointues et des chemises à pois. Il fallait bien qu’à un moment le punk soit porté au pinacle comme il l’est maintenant. C’est plutôt drôle de voir comment c’est raconté maintenant par des gens qui ne l’ont pas connu. C’est quelque chose que chacun a vécu de manière complètement différente, que tu sois à Londres, Paris ou en province comme nous. C’est une période très courte.


Quand tu parles à certains des gens qui ont connu cette époque, beaucoup ont tendance à rejeter ce qui a été fait après 1978 et porte l’étiquette punk…
Vincent : Des puristes, il y en a toujours eu. Il y avait des mecs qui venaient nous voir pour nous dire qu’on ne faisait pas du rock. Ils allaient voir les Dogs et ils disaient : «Ah ! ça c’est du rock !». En fait, on s’en fout !
Gilles : En tant que groupe, on ne se considère pas comme un groupe punk.
Vincent : On est arrivés un peu tard pour être des punks. En 78, c’était déjà un peu plié. Après, il y a eu une deuxième vague à Paris dans les années 80 mais on était déjà largués, harr harr !
Gilles  : Quand j’ai fait l’album La Colère Monte sur New Rose, en 86, c’était l’époque des Bérus et on passait quasiment pour des ringards, ha, ha, ha !
Vincent : Ça dépendait des mecs. Manu Chao, il jouait dans un groupe de rockabilly (Hot Pants, ndlr).

 


Gilles : On s’est retrouvés avec la nouvelle vague punk. En 78, ça tournait déjà à l’auto-parodie : les crêtes tout ça, c’était pour nous un truc complètement révolu, on était déjà passé à autre chose. Si je devais donner une définition au punk je l’associerais plus à une époque. J’étais admiratif devant le jeu de Mick Jones de Clash, les compositions de Pete Shelley des Buzzccoks ou de Paul Weller de Jam, mais on écoutait aussi Costello et, pour nous, c’était aussi associé à la même chose.
Vincent : On écoutait aussi de la country et du rock’n’roll.
Gilles : À l’époque, j’étais content de me procurer le Royal Albert Hall de Bob Dylan et à Mélodie Massacre (célèbre magasin de disques de Rouen, ndlr), ils faisaient venir des containers entiers de disques 60's en pressage américain qu’ils achetaient chez les soldeurs. On écoutait les mêmes choses que les Dogs, des vieux trucs, on mélangeait un peu tout.
Vincent : J’étais aussi très branché sur Sun Ra.
Gilles : Vincent m’a fait découvrir Captain Beefheart en 78 ou 79.


Dans une interview, tu disais que quand tu as vu les punks parisiens, tu as trouvé qu'ils étaient de gros poseurs…
Gilles : Ben oui, on était des provinciaux. Leur problème, c’était qu’il y avait un décalage entre leur discours et leur attitude et la scène, où ça le faisait pas, surtout que nous, à Rouen ou au Havre, on voyait défiler les groupes anglais.

 

Tu parles de gens comme Asphalt Jungle, là ?
Vincent : Je ne les ai jamais vus, mais j’aime bien le disque.
Gilles : Je les ai vus deux fois. Au festival punk de Mont-de-Marsan où ils se prenaient des canettes (elles étaient en verre à cette époque primitive, ndlr) et à l’Olympia où Rikky Darling mélangeait un peu les boutons de sa Strato, mais qu’importe ! C’était surtout cette attitude de poseurs. Après, on les a rencontrés tous ces mecs-là.



Tu habitais dans le sud à l’époque…
Gilles : Je suis à né à Rouen et j’ai suivi mes parents dans le sud pendant trois ans entre 74 et 77. J’ai vécu le punk à Sète et à Rouen quand j’allais voir mon frère qui travaillait chez Mélodie Massacre.
Vincent : Moi, je suis né à Saint-Germain-en-Laye, mes parents sont allés à Rouen mais à l’époque, en 75 -77 j’étais à Brest et je peux te dire qu’il n’y avait pas de punks là-bas ! J’apprenais la musique classique. Je connaissais Éric depuis toujours. Je connaissais Dominique (leader des Dogs, ndlr). À Rouen, on devait être vingt mecs à avoir les cheveux longs au début des années 70 ! On se connaissait tous.
Gilles : J’ai rencontré Vincent en allant passer mes vacances chez mon frère.
Vincent : Il revenait de Sète, je revenais de Brest. On n’avait rien à foutre, harr harr.
 

À l’époque, la Normandie était aussi branchée que Paris en matière de rock…
Vincent : La première fois que j’ai vu Feelgood, c’était à la Fête Rouge en 75, je me suis pris ça en pleine gueule.



Gilles : C’était pour une raison toute simple : les groupes débarquaient du bateau au Havre et ils donnaient un concert pour amortir le voyage. Ils faisaient Le Havre et Rouen. Avant l’ouverture de l’Exocet à Rouen, ils allaient plus au Havre. On avait eu Feelgood, Eddie and the Hot Rods, les Groovies que j’ai vus à Montpellier. Feelgood, je les ai vus à l’Olympia, Eddie and the Hot Rods c’était à Mont-de-Marsan. Il y avait une connexion avec le magasin de disques Crazy Little Thing qui était tenu par Philippe Garnier (journaliste de Rock & Folk) qui est parti vivre aux Etats-Unis. On avait vu les Clash en avril 77. Jam avait donné un super concert dans un cinéma. Après, de 79 à 84, on a tout vu : quasiment tous les groupes qui jouaient à Paris, s’arrêtaient à Rouen. On a vu les Cramps, Costello, The Cure, Stiff Little Fingers, Willy DeVille, toutes les semaines il y avait un truc. Mais les Olivensteins n’existaient déjà plus ! Ha ! Ha ! Ha ! À Rouen, il y avait une vraie dynamique, notamment  grâce aux Dogs. C’est presque du chauvinisme : à partir du moment où tu as un groupe de rock qui réussit à sortir du domaine local, qui a des articles dans les journaux et qui sort un morceau sur une compile en Angleterre, tu as une dynamique.



Vincent : Eric (Tandy, le parolier, ndlr) a aussi été un personnage vraiment central à Rouen, une sorte d’aimant. Il arrivait à aimanter des mecs de la rive gauche, de la rive droite, de partout, Mélodie, c’était essentiel.


Quel est le concert qui vous avait le plus impressionné à l’époque ?
Gilles : Feelgood en 75 et les Groovies à Montpellier, un truc absolument délirant. J’ai aussi vu Public Image Limited au Stadium porte d’Ivry, quelques mois seulement après la séparation des Pistols, et le duo Rotten-Lydon m’avait vraiment impressionné. J’avais vu les Clash plusieurs fois, je trouvais ça terrible. Je ressentais les mêmes choses en fait que ce que je ressens aujourd’hui quand je vois un super truc sur scène. Je ne me pose pas la question de savoir si c’est un groupe punk… En 90, j’ai vu les Grateful Dead au Zénith, pour moi, il y avait la même force que quand j’ai vu The Clash en 77.
Vincent : Le premier concert que j’ai vu, je ne devais même pas avoir dix ans, c’était Antoine et les Problèmes à Rouen. Franchement, ça m’avait trop plu ! C’était la première fois que je voyais un groupe en vrai et je me suis dit : «c’est ça que je veux faire !». Mon cousin faisait du jazz, il est arrivé à la maison quand je devais avoir cinq ans et il a passé le premier disque de rock que j’ai entendu de ma vie. Je me suis dit : «c’est quoi ce truc là ? C’est mon truc» ! Après, je demandais une guitare à tous les Noël mais on ne voulait pas m’en filer, ha, ha, ha !
Gilles : À l’époque, je m’enrichissais de tout ce que je voyais. Que ce soit à Rouen ou à Paris, il y avait un concert toutes les semaines. Je m’étais pris une claque énorme en voyant Devo au Palace, Jonathan Richman et les Modern Lovers, X-Ray Spex…



Vincent : En fait, ça serait plus simple de parler des concerts que t’as pas aimé…
Gilles : Toutes les semaines, il pouvait y avoir un truc bien…
Vincent : C’était pas forcément le concert de ta vie…
Gilles : Mais c’était toujours des trucs biens ! Un moment, j’ai tout revendu parce qu’il fallait que je paie mon loyer, harr, harr… J’ai passé les années 90 à rechercher les trucs que j’avais revendus dans les années 70, mes albums de Grateful Dead et de The Band. Et là, j’ai rechopé en CD ce que j’avais largué dans les conventions.


Et les Damned, c’était une grosse claque pour vous ?
Gilles : Je les ai vus au festival de Mont-de-Marsan à trois heures de l’après-midi, j’avais seize ans. C’était la première fois que je fumais de l’huile et je crois que j’avais avalé un demi-acide. À Mont-de-Marsan au mois d’août, par 40° en plein cagnard, c’était super, une claque énorme, c’était le premier groupe punk qu’on voyait. C’était les premiers punks qui jouaient en dehors de l’Angleterre, j’ai trouvé ça énorme ! Je les ai revus l’année d’après au deuxième festival de Mont-de-Marsan avec les Clash et puis, fin 78, on a fait leur première partie au Havre, à la salle des fêtes de Bléville…
Vincent Denis : On était tout contents…



Gilles Tandy : C’est comme ça qu’on a appris ce qu’était une première partie. On est tombés sur des crétins à part le Captain…
Vincent Denis : Captain Sensible était super-gentil.
Gilles Tandy : Brian James n’était déjà plus là. Captain Sensible faisait la guitare et ils avaient un autre bassiste. Et là, on est tombé sur des crétins de rosbifs comme on peut les imaginer niveau supporters de foot. Rat Scabies jouait avec du caca, ce genre de choses
Vincent Denis : Ils étaient bourrés comme des coings.
Gilles Tandy : Ils ont coupé la prise du bassiste pendant le concert, que des trucs comme ça. C’était vraiment des connards.
Vincent Denis : Des connards bourrés.
Gilles Tandy : Des connards d’Anglais bourrés.
Vincent Denis : C’était un peu décevant.
Gilles Tandy : Ils ont fini au poste à cause de leurs conneries. On a eu une petite réjouissance : leur road manager, le mec qui les accompagnait, était le programmateur du Gibus. Un mois avant, on avait joué là-bas. On s’était fait sortir comme des malpropres par l’organisation. Notre sonorisateur s’était fait péter la gueule par le videur qui l’avait éclaté méchamment : pas de traces mais très douloureux. On s’était retrouvés à trois heures du matin avec les amplis dans la rue. Et on voit ce connard débarquer avec les Damned ! Quand on a su qu’il s’était embarqué avec eux et qu’il était resté encore plus longtemps qu’eux au poste, on était assez heureux. C’est le seul petit bonheur que j’ai eu pendant ce concert. Ce soir-là, on a appris ce que c’était de faire une première partie et on n’a plus jamais foncé pour en faire. On en a fait d’autres, mais celle-là nous a guéris des groupes anglais !



Vous aviez des textes excellents…
Gilles : Je crois que c’est ce qui a attiré le public…


La musique assure aussi…
Vincent  : Les textes existaient avant. À un moment on a pris de l’avance, on a fait la musique avant les textes mais, en règle générale, c’était le contraire. Éric nous faisait tellement marrer qu’on avait envie de faire des trucs pour lui, de faire quelque chose de bien, pas un truc naze.


Comment fonctionniez-vous pour les textes ? C’était un choix dès le départ d’avoir des textes aussi provocateurs ?
Gilles : Ça venait comme ça. On en parlait l’autre jour avec Vincent. Paris Normandie (quotidien régional, ndlr) était une grosse influence pour Éric. Je crois qu’Éric n’a jamais eu la télé. On n’achetait pas Libé, il lisait Paris Normandie chez mes parents…
Vincent : Il l’avait pas, moi non plus. On a été élevés à Paris Normandie, c’était notre truc. Tu prenais ton café le matin et t’avais toujours des trucs genre «Patrick Henry s’est fait arrêter parce qu’il a enlevé un gamin» (jugé pour le rapt et le meurtre d’un enfant en 1976, Patrick Henry échappa de peu à la guillotine, ndlr), des trucs comme ça.
Gilles : Et Patrick Henry, c’était l’outrage absolu…


Vous n’avez jamais eu de problèmes à cause des textes d’ailleurs ?
Gilles : On n’a jamais, jamais eu de problèmes à cause des paroles. Je pense qu’aujourd’hui, on en aurait beaucoup plus. Je pense que c’était plus facile à l’époque.


Même «Pétain, Darlan c’était le bon temps» ?
Gilles : Fallait voir le contexte dans lequel on était : le FN n’existait quasiment pas. «Pétain, Darlan», c’est parti d’une collection d’Historia que j’avais chopée chez mes parents. On voulait se moquer de ce côté punk parisien…
Vincent : Leurs croix gammées…
Gilles : Cette espèce de déclaration comme quoi l’esthétique nazie était formidable, un truc très chic et tout. On s’est dit il y avait pas plus ringards que les collabos.
Vincent : Tu peux encore moins faire le fier à bras avec des insignes collabos qu’avec des trucs nazis, c’est encore plus nul et minable.



Vous avez fait combien de concerts à l’époque ?
Gilles : On en a fait une vingtaine, la plupart en Normandie. On n’a jamais joué plus loin que Paris.
Vincent : Ma mère m’a dit un truc rigolo : elle a quatre-vingt dix ans et des brouettes et elle est toujours en train de regarder de vieux papelards. Elle m’a dit qu’un de ses meilleurs amis était un médecin qui avait fait de la résistance. C’était un des meilleurs potes d’Olievenstein, le psy. J’aurais peut-être dû le rencontrer pour qu’on continue, harr harr !


Claude Olievenstein n’avait pas vraiment apprécié que vous utilisiez son nom…
Vincent : Oui, ma mère a toujours la lettre.
Gilles : Je l’ai aussi.


Il vous avait écrit pour vous dire que vous n’aviez pas le droit d’utiliser son nom ?
Vincent Denis : Ouais, ouais, c’est ça.
Gilles Tandy : On avait tenté une approche pas très délicate non plus pour savoir si on pouvait utiliser son nom. Il nous avait répondu sèchement. On n’était pas les Sex Pistols et on n’avait pas de Glitterbest (société de Malcolm McLaren, le manager des Pistols, ndlr) derrière nous. Plusieurs d’entre nous étaient au chômedu et la perspective d’aller voir des avocats ne nous réjouissait pas. Mais, là où ça devenait vraiment emmerdant, c’est que les RG commençaient à se pointer aux concerts.
 


Comment ça se traduisait physiquement ?
Gilles : Physiquement, un mec des RG se repère aussi facilement qu’un mec à poil. En plus, ils étaient présents dans les loges. On commençait à avoir des problèmes pour jouer autre part qu’à Rouen. On devait faire la première partie de Stiff Little Fingers en décembre 1979 au Palace et, comme par hasard, le truc a été annulé parce que l’autre (Claude Olievenstein, ndlr) avait fait passer un truc dans France Soir s’insurgeant de nos textes. Il les connaissait alors qu’on n’avait enregistré qu’un trois titres. Je n’ai jamais su comment il savait qu’on chantait Olivenstein, je t’ai dans les veines.



Vincent : Des mecs avaient dû piquer des setlists ou étaient là aux concerts…
Gilles : Ça n’était plus amusant... Faut aussi voir le contexte : fin 79, début 80, les maisons de disques n’étaient pas des téméraires. À l’époque, c’était «coco, on se fait une bouffe ?».
Vincent : On faisait ça pour le fun, pas pour le blé. A partir du moment, où ça n’était plus marrant, fallait passer à autre chose.
Gilles : À partir du moment, où on nous a dit «faut changer de nom», on s’est dit que si on change de nom, on ne fera plus la même musique. On n’allait pas s’accrocher à ça.
Vincent : Après, on a refait un truc ensemble qui s’appelait les Rythmeurs.



Born Bad vous encourage à faire plus de concerts ?
Vincent : Quand on s’est reformés, il n’avait pas l’air d’être chaud, il devait avoir peur que ça soit un gros truc naze.
Gilles : Il pouvait être sceptique, c’est normal. On a commencé à répéter au début de l’année. Les concerts se sont bien passés mais c’est normal que les gens attendent de voir. Nous aussi, on pouvait aussi se poser la question de savoir comment ça allait se passer…


Vous jouez sur scène certains titres de tes disques solos comme Le Vampire
Gilles : Oui. À Rouen, on a tout testé : on a joué dix-huit ou dix-neuf morceaux. Après, on va en virer. J’espère qu’on en fera des nouveaux. On avance à notre rythme. On répète une fois par semaine, pas plus parce qu’on ne peut pas plus.


 

Et le fait d’être un groupe culte du rock français, c’est pas trop lourd  à porter ?
Gilles : Non, non, non.
Vincent : C’est pas un gros culte, mes voisins s’en foutent, harr harr !
Gilles : Les créanciers aussi ! (Tous morts de rire) On s’est aperçus que ça faisait plaisir aux gens que l’album soit sorti chez Born Bad, c’est vachement agréable. On s’en est rendus compte quand on a fait des dédicaces. Les gens ne pouvaient pas se procurer le disque ou alors à des prix complètement exorbitants, donc le fait de rejouer nous donne l’impression qu’on transmet quelque chose au public, et ça, c’est super important.
Vincent : À Rouen, il y avait plein de mecs de notre âge mais il y avait aussi toute une bande de gamins de vingt balais qui dansaient comme des cinglés, ils connaissaient les textes par cœur.
Gilles : C’est vraiment agréable parce que ça n’a pas toujours été comme ça et qu’en plus ça se passe dans des conditions rêvées. Les gens sont plutôt tolérants avec nous, si on se plante ça va.
Vincent : On fait souvent des faux départs, harr harr ! On n’est pas des pros, on est des amateurs. En fait, les punks c’était ça : on faisait ça parce qu’on s’amusait, c’était pas du marketing, ni un truc réfléchi, ni rien.


Les Olivensteins en 2013


Vous êtes donc sur de nouvelles chansons…
Gilles : Ça va venir. Il faut qu’on s’y mette mais le parolier est vachement occupé en ce moment.  
Vincent : Quand tu commandes des paroles au parolier, il y a un délai de livraison, hé, hé, hé ! Faut pas être pressé !
Gilles : À l’époque, on jouait à peu près tous les quinze jours, trois semaines à Rouen. Il fallait pouvoir présenter un ou deux nouveaux morceaux à chaque concert.
Vincent : Mais, à l’époque, le parolier était insomniaque alors que maintenant, il arrive à dormir ! (Rires)



Gilles : On va s’y mettre ! On a déjà retoiletté les vieilles chansons. On ne les joue pas à la même vitesse parce qu’on ne pourrait pas et parce qu’on n’en a pas envie non plus. Elles sonnent différemment, c’est bien. À Rouen, on a joué plus d’une heure. Avec les mêmes morceaux, à l’époque, on arrivait à trois-quarts d’heure ! (Hilares)


++ Signés chez Born Bad, les Olivensteins sont en concert le jeudi 21 novembre au festival BBmix à Boulogne-Billancourt (92).

 


Olivier Richard // Crédit photos : D.R. et Pascal Fontaine.