RIKSLYD - Oriented

Guido Minisky : Diis Paradiis, c’est une artiste norvégienne, débarquée à Paris avec sa copine excentrique dont le nom m’échappe…

Hervé Carvalho : Ylva !

Guido Minisky : Et elles se sont fait connaitre par des soirées où elles dansent, elles mixent... Tout le monde savait que Diis était un peu DJette, mais peu de gens savaient qu’elle faisait de la musique. Et puis un jour, c’est Crame qui nous a envoyé ce morceau Oriented. Et on a complètement craqué dessus, et très peu de temps après, quand on était sûrs qu’on allait pouvoir faire cet album-concept, on s’est dit «il faut mettre Oriented dessus».

 

Omar Souleyman - Shift Al Mani (Crackboy Remix)

 

Hervé Carvalho : C’est le premier morceau qu’on a eu vraiment dans ce délire-là, on avait commencé à faire la soirée chez Moune, et on en avait parlé à Krikor qui avait adoré ce truc-là. A l’époque, il a fait pendant quelques années la musique de la montée des marches du Festival international du film de Marrakech, donc il est hyper-familier avec la musique orientale, et il m’a dit «ben si tu veux, pour ta soirée, je te fais un petit truc».  Il a fait cet edit dans l’après-midi, il nous l’a envoyé et le soir on le jouait à la soirée. Ce morceau, c’est une grosse balle, c’est le gros classique, le hit des soirées, de l’album, des EP's…

Guido Minisky : Spontanément, lorsqu’il l’a mis en ligne, il l’a tout de suite appelé Acid Arab, à un moment où "Acid Arab", on ne savait pas encore trop ce que c’était ; c’était un nom de soirée, ce n’était pas forcément nous...

Hervé Carvalho : Donc ça nous a paru évident de le mettre sur le premier EP et sur l’album, parce que c’est un morceau fondateur de tout ce projet Acid Arab. Lorsqu’on a décidé de sortir l’edit, c’est Versatile qui a contacté Sublim Frequencies, et on a eu l’autorisation de l’exploiter… Et récemment, on a eu l’occasion de jouer avec Souleyman au Portugal d’ailleurs.

Guido Minisky : Et on a pu présenter Souleyman à Krikor lors d’une soirée à la Gaité Lyrique… Chouette moment. Ah d’ailleurs on a pu faire écouter l’edit à Souleyman. Et Krikor, pour faire un truc un peu plus housy, il a pas mal décéléré le track d’origine sans time-pitcher, donc la voix de Souleyman est altérée, et quand il l’a entendu, il était... surpris.

 

Professor Genius - Couronne

Hervé Carvalho : A l’époque où on s’est vraiment lancés dans le projet de l’album, Professor Genius sortait cet EP génial, Hassan, sur le label new-yorkais L.I.E.S. C’est un type brillant, qui sort autant des trucs italo sur Italians Do It Better, que ces trucs plus arty et jam sur Lines. On lui a envoyé un mail par Facebook, il a tout de suite adhéré au projet. Il a fait plusieurs versions, on a même travaillé avec lui sur deux autres jams, The Habibeats Rum sur l’EP et un morceau qui sortira plus tard.

Guido Minisky : Et il est également monteur dans notre vidéo à New-York ! Super mec. Il adore l’Europe et a pris une année sabbatique pour s’installer un peu ici.

 

 

Hanaa Ouassim - Madad (feat. Turzi, Judah Warsky, DJ Gilb'R)

Guido Minisky : Hanaa, c’est le fruit d’une jam. Elle nous a été présentée par Léonie Pernet, une amie de Chez Moune, et une amie tout court, et aussi une chouette chanteuse. Elle nous a dit, genre «je connais cette fille géniale, Hanaa ; elle chante, elle joue de la darbouka, elle est incroyable»…

Hervé Carvalho : En fait, c’est une fois la session lancée qu’on lui a demandé des voix. Au début, elle était plutôt là pour les percussions.

Guido Minisky : On avait cette envie de se faire rencontrer des musiciens électroniques et des musiciens orientaux au «studio Victor», au stand Versatile – le studio de Gilb’r. On a invité Turzi et sa guitare, Judah Warsky et sa basse, Hervé était au beat, Gilb’r produisait. Gilb’r avait préparé un beat éthéré, tout le monde a commencé à improviser par-dessus. Hanaa était à la darbouka, et pendant l’enregistrement, Gilb’r lui a proposé de chanter. Un peu gênée, elle s’est mise au micro, a posé un truc immédiatement, et visiblement était plutôt encore en recherche quand Gilb’r a dit «OK, c’est bon !». Et Hanaa était hyper surprise, et cette unique prise est celle qui est dans le morceau.

 

Vous les avez approchés comment, Turzi, Judah Warsky... ?

Guido Minisky : Eh bien en fait, Judah Warsky, c’est mon frère... Et Turzi, son ami d’enfance. Donc je les connais tous deux depuis bien longtemps. D’ailleurs, sur ce morceau, Turzi joue de la guitare à l’archet et au tournevis.

 

Pilooski - The Wizard Edit

Hervé Carvalho : Pilooski, on l'a vu débarquer sur notre groupe Facebook. On lui a parlé de ce projet d'oeuvre collective, et il nous a dit qu'il s'était intéressé à la musique orientale il y a longtemps déjà - preuve en était de cet edit, The Wizard Edit, qui datait d'il y a quelques années et qu'il nous a gentiment offert.

 

Acid Arab - Berberian Wedding 

 

Hervé Carvalho : On est partis pour le mariage d’amis dans le sud du Maroc. Et la musique jouée au mariage était jouée par la famille, un rythme berbère en six-huit, très particulier, propre à la musique berbère. C’était un moment incroyable, j’ai jamais été aussi high sans boire d’alcool. Toute la soirée, ce beat, avec des paroles improvisées par rapport à ce qui se passait pendant le mariage, c’était une espère ce transe incroyable. En rentrant, on a fait une interprétation de cette musique-là, mais avec des boites à rythme pour faire de la house, une 707… On travaille donc en studio, on avait filmé donc on récupère les voix des enfants, on les met sur ce morceau…. Et on est finalement retournés là-bas pour tourner un clip dans le même village, et on a refait un mariage, mais avec les enfants seulement – ceux qui chantent dans le morceau –, tourné en Vidéo 8, en hommage à ce village, à ces gens incroyables.

 

I:Cube - Le Bon Vieux Temps (Red Tape Mix)

Hervé Carvalho : On ne présente pas I:Cube, c’est le patron. Meilleur producteur de musique électronique en France. Chez Versatile depuis toujours. C’est Gilb’r qui a dit «je vais demander à Nicolas». Il nous a fait un morceau pour l’EP, et il l’a modifié, c’est la «Red Tape version» ; plus lente, plus alambiquée, plus album, finalement.

Guido Minisky : On peut dire que I:Cube a réussi à définir d’une façon littérale incroyable «Acid Arab» : un morceau acid à consonance arabe. Ce qui est drôle avec lui, c’est qu’il a proposé trois tracks, tellement le mec est rapide. Gilb’r lui a demandé lundi, mardi on avait trois propositions de morceaux – j’exagère à peine.

 

Danny Mahboune - Ouzou Mneha (Live at Belleville)

Hervé Carvalho : Danny Mahboune, c’est un Juif tunisien de Djerba, qu’on va découvrir à la release party.

Guido Minisky : Pour la première fois en France.

Hervé Carvalho : Producteur disco, house, techno, avec des babouches zébrées en fait.

Guido Minisky : Il sera au micro, il fera une animation, un peu à l’ancienne… Du moins on le souhaite, il a demandé un micro, et comme il chante sur le morceau, de façon un peu excentrique, on espère qu’à la Java, il sera à la hauteur de ses interprétations vocales…

Hervé Carvalho : Et c’est un des premiers morceaux qu’on a eus.

Guido Minisky : C’était une proposition spontanée, avant qu’on commence à faire des requêtes à gauche à droite. Et aussi, un des seuls morceaux avec une touche un peu funky et presque rigolote d’un album plutôt sérieux au final. 

 

Il y a un peu moins d'un an, Acid Arab nous avait concocté un très chouette mix exclusif qu'on vous recommande chaudement de (re)découvrir là, juste au-dessus.

 

Renart - Sahra Min Tahab

Guido Minisky : Comme beaucoup de gens, on a remarqué Cracki Records quand ils sont arrivés, notamment Renart. Et puis un jour, Renart balance sur SoundCloud un edit perso d’un morceau syrien, dont le titre en anglais est Love is not a Joke, qui était déjà un de nos tracks cultes, qu’on adorait, qu’on jouait dans les soirées Acid Arab. Son edit est incroyable, pas au niveau de celui de Crackboy, mais il s’en approche.

Hervé Carvalho : Ouais, un peu plus techno, moins Chicago house.

Guido Minisky : Oui, et puis avec moins de matos, moins de savoir-faire, bon il a dix ans de moins, mais vraiment un morceau génial. Sur la foi de ça, on s’est dit qu’il était bon de l’intéresser à ce projet, de voir ce qu’il allait pouvoir faire. Il a répondu oui tout de suite, et puis il n’a plus donné de nouvelles pendant des mois. Je pensais qu’il avait un peu lâché l’affaire, puis un beau jour, il envoie un truc incroyable. Pas la version définitive, mais presque. Lorsqu’il a été de passage à Paris, on a bu un coup ensemble, il nous a expliqué que pendant tout ce temps, il avait étudié le dabkeh. Il avait passé un temps infini à trouver des vidéos, voir comment jouaient les gens, comment ils faisaient ces sons, comment ils faisaient pour que ça joue comme ça, et il a essayé de reproduire ça sur son morceau, et il y est parvenu.

Hervé Carvalho : C’est une tuerie, un de nos classiques…

Guido Minisky : On le joue à toutes nos soirées. A chaque fois, c’est la folie. On pense que c’est presque un classique, il mériterait une vraie sortie maxi et tout, mais bon… au moins il est sur l’album.

 

Ci-dessus, une playlist de morceaux issus des deux EP's d'Acid Arab.

 

Dimmit - Blash

Hervé Carvalho : Aux prémices d’Acid Arab, on repère ce mec et sa bande sur SoundCloud. C’est des mecs de Strasbourg qui font de la musique en tant que hobby, hyper-brut, spontané. Une espèce de ghetto house, produite avec Reason, qui sonne cheap mais ça marche. Et là-dessus, ils rappent en arabe sur des prods' très ghetto-tech. On a halluciné de tomber sur ce truc-là sur SoundCloud…

Guido Minisky : On était tellement à fond qu’on a mis deux semaines à choisir le morceau qu’on voulait.

Hervé Carvalho : Il nous l’a envoyé, et ce mec qui ne pensait pas sortir de disque je pense, se retrouve sur une release Versatile, c’est une bonne histoire. Après, on aimerait bien le faire venir…

Guido Minisky : Ouais, le connaître mieux, parce qu’on l’a jamais rencontré, on a très peu échangé avec lui - même par mails, ça a toujours été très court, très succinct.

Hervé Carvalho : Ce qui est cool dans ce morceau, c’est l’immédiateté. Pas de prise de tête. Ghetto.

 

Etienne Jaumet - The Cheikh Arrives

Hervé Carvalho : Etienne, c’est comme I:Cube, un immense artiste de Versatile...

Guido Minisky : Immense artiste tout court ! Je l’ai contacté, et au départ il nous a envoyé un morceau qu’il avait fait longtemps auparavant. Un morceau qu’on adore. Mais Gilb’r nous a dit «ça peut encore être un peu mieux, je vais lui demander de l’améliorer», et finalement il a viré ce morceau, il est reparti de zéro. Et il a créé ce truc, The Cheikh Arrives, une espèce de bande-son à la Carpenter de film-catastrophe dans un avion qui passerait au-dessus du Maghreb. Avec des flûtes berbères jouées par lui, une voix du désert qui est la sienne.

Hervé Carvalho : Et une grosse 808 qui tabasse.

Guido Minisky : Un morceau énorme. Pareil quand on le joue, les gens s’arrachent les cheveux. C’est une des rares tentatives dancefloor d'Etienne et c’est plutôt convaincant.

 

Acid Arab - Samira (feat. Avril & Shadi Khries)

Guido Minisky : Shadi, c’est un percussionniste jordanien qui est venu à notre rencontre assez tôt au début du projet,  pendant les soirées Chez Moune, pour dire «voilà je suis percussionniste, j’aimerais bien jouer». Au début on l’a un peu pris de haut, puis on s’est un peu renseigné et on s'est rendu compte qu’on avait affaire à un gros tueur avec un CV incroyable ; et on s’est revus chez Hervé avec sa darbouka, il jouait par-dessus des disques qu’on passait, c’était génial. On lui a proposé de venir jouer sur ce track, au lieu de créer une ligne de percus produite ou de la sampler. Et Avril, qui est compositeur de musique de films, harmoniste incroyable avec un talent protéiforme extra, a écrit et produit des lignes de cordes sublimes entre John Barry et Ziad Rahbani. C'est un morceau sur lequel on a fait un usage de sample assez important, puisqu'il y a des voix qui viennent d’un disque de Samira Tawfik. C’est un morceau plus arabe qu’acid... Bien qu’il y ait cet apport de Sex Schön, cette ligne de guitare qu’il a programmée, qui a des sonorités acid. C’est un vrai trip, l’arrivée de Cléopatre au milieu d’une rave, avec un final grandiloquent où les cordes ne font que monter, et l’incroyable puissance des percus de Shadi derrière… Très beau morceau.

 

Mattia - Surabaya

Hervé Carvalho : C’est le frère de Joakim.

Guido Minisky : Je sais pas comment ça s’est fait, en fait. A ma connaissance, personne ne savait que Mattias faisait de la musique.  

Hervé Carvalho : C’est le premier morceau qu’il sort. Il est produit par lui, mixé par Nicolas Villebrun de Society of Silence, et Gilb’r. C’est une espèce de trip contemplatif, psychédélique, acid incroyable, il clôture l’album et je pense que c’est la meilleure façon de le faire. C’est hyper-joli.

Guido Minisky : 8 minutes où il se passe peu de choses, qui prennent bien leur temps et qui sont très belles. Avec des samples orientaux dissimulés dans la réverb'. Superbe truc. Evidemment, on ne peut pas le passer en pic-time d’une soirée de vénères, mais bien amené ça a toujours un effet incroyable sur les danseurs.

Hervé Carvalho : Et puis ça lie tout ce qu’on vient d’entendre dans l’album. Pas forcément acid, pas forcément arabe, mais le truc est bien là

Guido Minisky : On s’est rendu compte finalement que le concept de base de la rencontre entre acid house et musique orientale, on l’a laissé derrière nous. Le morceau de Genius est plutôt fly, le morceau de Hanaa Ouassim n’est à aucun moment acid ou house...

Hervé Carvalho : C’est une espère de pop psychédélique berbère.

Guido Minisky : Et le morceau de Mattias, même s’il est sur un tempo un peu plus rapide et qu’il correspond à de la musique de club, on est quand même pas dans l’acid house. Comme pour Danny Mahboune...

Hervé Carvalho : Oui, qui est disco.

Guido Minisky : En fait, on a dépassé notre propre concept !

Hervé Carvalho : Et tant mieux.

 

++ La page Facebook, le compte Twitter et le SoundCloud d'Acid Arab.

++ Collections, le premier album d'Acid Arab, est disponible chez Versatile.

 

 

Propos recueillis par Robin Korda.