Tu as déclaré que tu trouvais que cet album comportait des références à Patti Smith, Siouxsie, Madonna et Cure. La démarche de comparer son œuvre à d’autres est finalement rare pour un artiste. Peux-tu expliquer ce que tu voulais dire par là ?

Dee Dee Penny (Dum Dum Girls) : J’ai toujours écouté beaucoup de musique. Quand j’ai commencé les Dum Dum Girls, les références étaient plus simples, plus évidentes, c’était les Ramones, les Ronettes... Parfois j’ai l’impression qu’il faut montrer aux gens nos références et leur dire ce qu’on ressent vraiment. Parce que souvent, les médias trouvent des ressemblances qui sont fausses, donc autant indiquer directement aux gens des choses qu’ils n’auraient pas soupçonnées. Et je ne parle pas d’inspiration directe, mais plutôt d’énergie.

 

Tu  as aussi déclaré que tu as longuement attendu ta muse. As-tu eu la peur de la page blanche ?

Non, ce n’était pas la peur de la page blanche, mais le truc, c’est je suis quasiment tout le temps en tournée et je n’écris pas des masses sur la route. J’avais composé une quinzaine de chansons après ma dernière tournée mais je sentais qu’elles n’étaient pas abouties. J’ai donc attendu d’avoir un peu de temps pour moi afin de me consacrer à l’écriture, et c’est ce qui a fini par arriver lorsque je suis retournée chez moi à New-York. J’étais seule, mon mari n’était pas là, ma coloc n’était pas là, j’avais mon appart à moi toute seule. Je pouvais donc pleinement me consacrer à la musique. Je me suis posée pendant 9-10 jours et j’ai tout écrit d’une traite. J’avais le sentiment que j’avais quelque chose qui tenait la route.

 

 

Tu as besoin d’une routine pour écrire, d’un certain confort ?

Oui, j’ai toujours fonctionné comme ça : je me réveille, je bois l’équivalent d’un litre de café, je fume des joints toute la journée et je me mets au travail. Généralement dix heures plus tard, je réalise qu’il faut que je mange quelque chose ou que je sorte de chez moi prendre l’air parce que je suis ultra-concentrée sur ce que je fais.

 

Tu as dit que tu as écrit dans un état d’ébriété solitaire au Chateau Marmont, ce qui est sans doute le plus grand cliché de tous les temps, non ?

Absolument ! (Rires) Mais je ne suis pas restée longtemps, donc je n’ai pas pu vivre le délire jusqu'au bout. Ce que j’aime à Los Angeles, c’est ce côté suranné et nostalgique, toute la mythologie autour de Hollywood... je pense qu’on retrouve cette atmosphère au Chateau Marmont. Il est en retrait du reste de la ville, je pense  que les gens peuvent s’y perdre, dieu seul sait ce qu’il s’y passe. Moi-même, je ne suis pas restée assez longtemps pour perdre pied. (Rires)

 

 

A quelle nostalgie fais-tu référence ?

Quand j’étais petite, j’étais obsédée par le vieil Hollywood et tous les acteurs de légende, James Dean notamment, ainsi que par tous les classiques américains des années 50. J’ai pas mal d’amis qui vivent à L.A., mon groupe vit à L.A., ils habitent dans l’est de la ville autour d'Echo Park et de Silverlake, et je passe pas mal de temps là-bas. Mais quand je viens y travailler, je loue un appartement à Hollywood ou à Laurel Canyon. J’aime le passé décadent de la ville, le concept de l’actrice débutante qui débarque du  Kansas dans l’espoir d’y arriver me fascine totalement. Aujourd’hui c’est différent, mais il subsiste toujours un mélange de beauté et de désespoir qui est lié à la ville.

A New-York où je vis, ça n’a rien à voir : l'endroit est totalement électrique, plus dans l’urgence... mais il m'inspire également beaucoup. Les New-Yorkais vivent plus «dans l’instant», voire le futur, alors que Los Angeles m’évoque le passé - un passé hanté.

 

Tu ne te voyais pas vivre à Los Angeles ?

J’aime la ville en tant que «touriste» pour quelques semaines tout au plus, je ne me vois pas y vivre, non.

 

 

Tu as dit que la lettre que Nick Cave a écrite à MTV et dans laquelle il refuse d’être nominé en tant que meilleur artiste masculin de l'année 1996 fut aussi une grande inspiration pour toi. Tu peux développer ?

J’aime ce qu’il a écrit, je trouve ça beau et je m’y retrouve. Il a personnifié sa muse, il est très protecteur ; je comprends ce qu’il veut dire car l’écriture est pour moi un processus très solitaire et intime, les Dum Dum sont comme un enfant pour moi. J’aime l’idée d’avoir une muse, et je trouve que Nick Cave décrit avec justesse le processus créatif tel que je le ressens.

 

As-tu notamment une muse «réelle», physique ?

Non, pas vraiment, je suis plus conceptuelle.

 

Sa lettre fait aussi office de critique à l’égard du showbiz, tu le rejoins là-dessus aussi ?

Oui, d’une certaine manière. C’est un business très particulier, assez politique en fait. Certaines personnes dans ce milieu pensent au côté business avant même de créer quoi que ce soit.

 

 

A ce propos, que penses-tu d’une collègue à toi qui s’appelle Miley Cyrus ? Penses-tu que sa façon de se comporter est naïve ou bien réfléchie?

C’est compliqué de répondre. On ne joue pas dans la même catégorie, mais je dois dire que j’adore la chanson Wrecking Ball, son interprétation est géniale. En ce qui concerne les VMA's et le scandale qui a entouré la cérémonie, je peux simplement répondre qu’il y a toujours eu des provocations dans la musique, ce n’est pas nouveau, chaque génération dispose de ses propres provocateurs.

 

J’aime bien ta reprise de There Is A Light That Never Goes Out. Es-tu une fan des Smiths, ou est-ce que tu t’étais juste prêtée à l’exercice ?

Je suis  une énorme fan des Smiths. (Rires) Je prévois d’acheter l’autobiographie de Morrissey quand je serai à Londres, comme ça j’aurai de la lecture pour ma tournée. J’adore Morrissey, ce n’est pas juste un chanteur, c’est un homme de lettres et un poète, il écrit très bien. J’ai toujours aimé les chanteurs qui ont des choses à dire avec style - et je pense ici à  Patti Smith, Nick Cave ou encore Leonard Cohen. Il s’agit de poètes qui sont également musiciens.

 

Tu aimerais te lancer dans la littérature à un moment donné ?

Oui, j’adorerais. Avant de me lancer dans la musique, je croyais être écrivain ! (Rires) J’ai étudié la littérature, j’ai commencé mille livres... Et puis finalement, je me suis tournée vers la musique, un format sous lequel je me suis retrouvée plus à l'aise. Je trouve qu'il est plus facile de raconter des choses par le biais de la musique. J’ai des amis qui sont poètes et je me demande toujours comment ils arrivent à faire des lectures publiques de leurs œuvres. (Rires)

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Twitter de Dum Dum Girls.

++ Too True, le troisième album de Dum Dum Girls, sort le 27 janvier prochain chez Sub Pop Records.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photo : James Orlando & Shawn Brackbill.