Sur ton dernier album, l'une de tes chansons se nomme Digital Witness. Je me demandais donc quelle était ta relation à Internet et aux nouvelles technologies...

St. Vincent : C’est compliqué pour moi, comme pour beaucoup de personnes. D’un côté, c’est fascinant que la technologie se soit démocratisée au point que je puisse réaliser un album depuis ma chambre. C’est le cas de mon premier album. Ensuite, j’ai pu correspondre avec les gens via Internet, je me suis sentie super puissante, et d'un point de vue créatif, c’est vraiment fascinant. Mais il y a aussi les mauvais côtés : ça influe trop sur nos vies, sur notre façon de communiquer. On communique, certes, mais via des machines, alors forcément, les rapports humains sont faussés et je pense qu’on perd en empathie. Personnellement, j’aime beaucoup Twitter car je peux parler à mes fans directement. En qui concerne les technologies en général, je n’ai pas vraiment de réponse mais plutôt des questions. Qu’allons-nous devenir avec tout ceci ?

 

Tu as souvent été comparée à Kate Bush, mais je trouve que sur cet album, tu sonnes comme pas mal de chanteuses des années 90, comme Tori Amos - qui a elle-même été comparée à Kate Bush en son temps. Tu es sensible à ce qu’elle fait ? Tu écoutais quoi dans les années 90 quand tu étais ado ?

J’aime beaucoup Kate Bush, je l’ai découverte au lycée à travers les classiques que sont This Woman’s Work et Hounds of Love. C’est une grande artiste. Quant à Tori Amos, elle est talentueuse, mais je n’aurais pas choisi ces artistes-là pour parler de mon œuvre.

 

Tu écoutais qui en grandissant ?

Plein d’artistes, je ne sais pas. Tout.

 

 

OK, pas de souci. A part ça, depuis le début de ta carrière, tu as été encensée par les critiques : tu vois ça comme un cadeau ou comme un sort qui t'enchaîne ?

Je suis heureuse si ma musique rentre en contact avec qui que ce soit. Je ne vois pas en quoi ça peut être considéré comme un sort.

 

Dans le sens où ça peut te mettre la pression et te bloquer d’une quelconque manière…

J’ai sorti 5 albums en sept ans, je ne sais pas si les critiques les aiment tous. Je n’y pense pas quand je fais un album. Je suis heureuse si ma musique touche les gens.

 

Tu as déclaré dans une interview pour un journal britannique que tu ignorais l’idée de l’échec. Tu entends quoi par cela ?

Quand j’étais petite, que je jouais de la guitare et que je m’imaginais ma vie rêvée plus tard, je me représentais précisément dans la situation dans laquelle je me trouve actuellement : je parcours le monde et vis de ma musique. Pour moi, il n’était pas question que je puisse ne pas réussir. Et maintenant que j’ai un peu de recul sur tout ça, que j’ai une carrière, je me dis que c’est cette naïveté enfantine qui m’a servi d’armure et qui m’a permis de faire cette carrière.

 

 

Tu n’as jamais eu à souffrir de l’angoisse de la page blanche ?

Non.

 

Qu’est-ce que tu aimes le plus pendant les tournées ?

Mes concerts. Toujours mes concerts.

 

Tu n’as pas fait de découvertes incroyables, tu n’es pas tombée amoureuse d’une ville par exemple ?

Non, rien de particulier, toutes les villes sont cools. Tu peux faire ton meilleur concert dans un trou à rats, il n’y a pas de règle.

 

Certaines choses te manquent quand tu es en tournée ?

Mon neveu et ma nièce.

 

 

J’ai lu que tu as pas mal écouté l’album de Beyoncé, et que tu trouves que c’est une femme forte. Certains critiques se sont élevés contre elle, dénonçant le fait qu’elle pose en féministe mais qu’elle travaille toujours avec Terry Richardson, photographe bien connu pour être un pervers sexuel. Tu en penses quoi ?

L’idée que les tous les gens soient égaux, quels que soient leur genre, orientation sexuelle ou origine, est tellement évidente que je ne comprends pas tout ça. Etre une femme forte, c’est être féministe : on ne peut pas la critiquer pour certains choix alors qu’elle fait beaucoup pour les femmes de manière générale.

 

Y a-t-il des femmes que tu admires dans le monde de la musique ?

Oui, PJ Harvey, Sleater-Kinney, toutes les riot girls.

 

Tu te considères toi-même féministe ?

Je pense que tout le monde devrait être traité de la même manière.

 

Qu’as tu appris aux côtés de David Byrne ?

Il est sans peur. C’est excitant d’être autour de lui.

 

C’est à dire ?

Littéralement : il est sans peur.

 

OK, merci pour cette explication en profondeur.

 

 

++ Le site officiel et le compte Facebook de St. Vincent.

++ Sorti fin février, le nouvel album éponyme de St. Vincent est disponible ici.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photos : Renata Raksha.