Quand as-tu commencé la musique ?
Black Atlass : J'ai commencé le piano à 7 ans et j'en ai fait pendant 7 ans environ.


Et tu as un background musical particulier ?
Ma famille a toujours eu une énorme collection de musique et c'est de là que vient mon goût pour la musique.


Donc si tu devais remercier tes parents pour une seule influence, ce serait quoi ?
Ce serait probablement Prince pour mon père et Peter Gabriel pour ma mère.


En 2013, lors de la tournée européenne de Woodkid, tu faisais sa première partie. C'était comment ?
C'était génial. Ça a été une très bonne expérience. Passer autant de temps avec ces bons musiciens et jouer devant tous ces différents publics... C'était incroyable.

 

C'était la première fois que tu venais en Europe ? Qu'en as-tu pensé ?
C'était ma première visite ici et la première tournée d'une telle ampleur. J'ai pu visiter des endroits que je n'avais jamais vus auparavant. C'était vraiment fun.

 

Woodkid, c'est un musicien qui apprécie les orchestrations imposantes et classiques. Tandis que ta musique est actuellement plus restreinte : le beat, des synthés et ta voix. Est-ce qu'un jour tu envisages d'avoir de plus gros arrangements et une orchestration plus développée ?
Pour cet album, je voulais que ce soit très raffiné et un peu minimaliste. C'est ça qui m'intéresse actuellement. Je m'exprime mieux là-dessus. Et à l'avenir, je ne sais pas ce que je ferai précisément, mais il est certain que ma musique évoluera - et pourquoi pas tendre vers quelque chose de plus sophistiqué et d'orchestré ? Voire même bosser avec Woodkid ?

 

Ton nouvel EP s'appelle Young Bloods. Qu'est ce que ça veut dire ? Tu estimes qu'actuellement, il y a besoin d'un renouveau, mené par une nouvelle génération ?
Ce n'est pas l'intention du titre, mais je comprends ta question. Le titre s'explique par le fait que ma musique est à la fois une réflexion et une représentation de cette période de ma vie à moi et de celles de mes amis. On est tous très jeunes et j'ai écrit au sujet de nos expériences au lycée, sur ce que c'est que d'avoir notre âge aujourd'hui.

 

Ta voix est à l'arrière-plan des chansons, si l'on peut dire, elle ne surnage pas vraiment au milieu des autres sons. On a l'impression que tu conçois le son comme un tout imbriqué, et on a du mal à saisir l'origine du morceau. On a du mal à savoir si tu es plus un compositeur ou un producteur. Entre ta composition classique et pop, et la production plutôt rugueuse et dark... Tu as un son en tête - ou plutôt une idée de morceau - quand tu commences à composer ?
Ça peut être les deux. Souvent j'ai une idée de son, après en avoir entendu un qui m'aurait inspiré, ou semblé cool. Ou quelque chose que je n'ai jamais entendu auparavant. Mais actuellement, j'essaye de me concentrer sur mon chant, donc souvent je me pose au piano et je plaque mes accords, puis mes mélodies.


 

Tu as un son très personnel, assez facilement identifiable. Tu as des petits secrets de production ?
Pas vraiment, les productions sur Young Bloods, et plus généralement dans tout mon travail jusqu'à présent, ont été des enregistrements intenses, avec un gros usage des samples, notamment beaucoup d'auto-échantillonage. J'utilise un sampler, qui me permet de balancer les boucles et de les assembler quand et comme je veux. Mais récemment, je suis passé sur Ableton et franchement, c'est plus facile ! (Rires) La musique est étalée devant les yeux, ça simplifie la vie.

 

Sur la chanson Jewel, il y a un son de vinyle, ce qui donne à la chanson un côté un peu vintage. Ça contraste un peu avec l'idée générale de l'EP et de ses sons. Est-ce que tu considères ta musique comme plus révérencieuse envers le R'n'B dont tu t'inspires, ou en exploration dans de nouveaux domaines ?
Ce n'est pas facile comme question, je ne sais pas vraiment. Pour moi, ma musique a toujours été une réflexion sur mes influences, le passé, mais je veux absolument qu'elle soit tournée vers le futur, tout en étant l'expression du moment où je l'ai écrite, du lieu. Que ça constitue quelque chose sur laquelle m'appuyer par la suite, pour visualiser le chemin parcouru.

 

Et tu travailles exclusivement seul ?
Oui, jusqu'ici j'ai toujours tout fait seul. Mais à l'avenir, dans mes projets, j'aimerais vraiment collaborer avec plus de personnes, différents producteurs et peut-être des paroliers.

 

Qui par exemple ?
Justice, Rihanna, Kanye West, Rick Ross, Lana del Rey...

 

À Montréal, il y a beaucoup de «gros» groupes : Suuns, Godspeed You Black Emperor, Arcade Fire, pour n'en citer que quelques-uns... Bien qu'ils ont des styles très différents du tien, ce sont des groupes qui incarnent l'aspect culturel de la ville. C'est intimidant ou plutôt stimulant de venir d'une ville aussi importante dans la musique contemporaine ?
D'une manière générale, la scène montréalaise est vraiment dans le soutien, je ne me sens pas du tout intimidé. À Montréal, les gens sont enthousiasmés par tous les projets. Il y règne une bonne mentalité. J'y ai toujours perçu une ambiance plutôt chaleureuse et accueillante.

 

Il y a un truc de particulier à Montréal ?
Oui, définitivement. C'est vraiment différent du reste du Canada et c'est une très belle ville. J'y ressens une certaine atmosphère créative et le fait qu'il y ait ma famille et mes amis est très stimulant. C'est une ville à facette, il y a plein de quartiers et d'aspects culturels différents.

 

Une de tes chansons s'appelle Paris. C'est une ville qui te plaît ?
Oui, j'aime bien. Mais je commence à peine à me familiariser avec la ville et les gens.

 

 

Justement, on dit quoi sur les Parisiens à Montréal ?
On dit souvent que les Parisiens sont snobs...

 

Tu ne serais pas un peu un lover par hasard ? Du type romantique ? Parce qu'entre tes thématiques et les noms de tes chansons (Jewels, Rose, Paris, Free Angel), tu donnes l'impression de jouer avec les clichés romantiques, non ?
Oui, je pense qu'on peut dire ça. J'aime le romantisme qui a toujours été un aspect important des relations pour moi. Et puisque cet EP traite aussi de l'amour !

 

Donc t'es un musicien à muse ?
Oui, totalement ! Cet EP m'a été inspiré par une muse, ma copine. (Rires)

 

Mais il y a un certain contraste entre les thématiques de tes paroles et la couleur de ton son, plutôt sombre.
Les gens pensent que c'est sombre, à cause du tempo des chansons qui est plutôt lent, et quelques sons qui effectivement le sont. Mais c'est juste naturel, ça vient de moi. C'est un type de son et un type de musique avec lesquels je me sens à l'aise et créatif.

 

Qu'est ce qui t'inspire alors, à part l'amour ?
Plein de choses. Mes expériences, la musique toujours, des artistes et leurs œuvres... Mes amis, ma famille, mes proches...

 

La fête ?
Non, les fêtes sont à peu près toutes les mêmes au fond ! (Rires) Passer du bon temps avec mes potes et les gens en général, c'est suffisant.

 

Tu as dit une fois «je ne veux pas être Bieber», parce qu'on t'avait comparé à ce garçon, qui a ton âge et qui vient aussi du Canada. Sérieusement, ça ne t'énerve pas d'être comparé à Justin Bieber ?
Pas vraiment, la comparaison ne fait pas sens, mis à par le fait que l'on soit tous les deux jeunes et originaires du Canada... Ça m'est égal.

 

 

Et tu finissais en disant «mais j'aimerais bien avoir une audience aussi vaste que la sienne». Comment est-ce que tu définis le succès ?
Je pense, qu'en tant qu'artiste, être capable d'atteindre le plus de personnes possibles et rentrer en contact avec elles, toucher les gens, c'est ça le succès. Tu vois, "être connecté" avec les gens.

 

En 2012, ta chanson Paris a été choisie pour le clip d'une campagne Louis Vuitton signée Marc Jacobs. Ensuite, tu as défilé pour la collection printemps/été 2014 de Christian Dior. Puis tu as été élu "artiste de la semaine" par Vogue Magazine. J'ai aussi vu qu'American Apparel t'avait habillé avec des looks complets. OK, le monde de la mode te veut, mais comment t'expliques-tu cet engouement pour ta personne ?
Je pense que c'est juste un aspect de ma musique. Une manière de faire que les directeurs artistiques et les créateurs de mode partagent avec moi. Une attitude face à la création que l'on a en commun. Mais vraiment, je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer cet intérêt...

 

Dans le futur, tu comptes continuer à travailler avec l'industrie de la mode ?
J'aimerais énormément. Mais je veux que ce soit une connexion naturelle, comme ça l'a été jusqu'à présent. C'est un monde que j'aime et admire : la mode, les créateurs et tous les gens formidables que j'ai pu y rencontrer. Donc oui, naturellement.

 

Et toi personnellement, tu as l'air de vraiment faire attention à ton apparence. Tu ne ressemble pas du tout au cliché de l'artiste un peu négligé...
Oui, c'est une grosse partie de ma vie. Être à la mode, c'est important, et ton look, c'est aussi ce que tu es. C'est un truc qui me passionne, comme je suis passionné par la musique ou par les bons films. Ca fait partie intégrante de mon mode de vie.

 

 

Et comment décrirais-tu ton mode de vie ?
Je suis un jeune homme moderne, romantique et raffiné, sans stress et en bonne santé ! (Rires)

 

Et tu comptes sur cet intérêt du monde de la mode pour ta carrière de musicien ?
Jusque là, ça a eu une place importante dans ma carrière et je reconnais avoir eu beaucoup de chance, parce que c'est une opportunité aussi rare que précieuse. J'espère que ça continuera à m'aider dans le futur.

 

D'après ce que j'ai compris de toi, est-ce qu'on peut dire que Kanye West est un modèle pour toi ?
Oui, carrément. C'est l'une des personnalités qui m'a le plus inspiré dans ma carrière. Kanye est un artiste au-dessus de tout, il survole la culture pop. Il a atteint un succès que j'aimerais atteindre un jour. Il arrive à toujours être créatif - voire totalement expérimental - tout en ayant une très large audience. Et comme je te disais, il fait de la musique qui connecte les gens, entre eux et avec lui. C'est beau.

 

Aujourd'hui, il y a quelques mecs comme toi qui font de la musique et qui ont pour particularité de ne pas porter de barbe. Tu essayes de ramener l'homme glabre dans les bonnes faveurs des dames, ou tu mises sur la fin de la domination culturelle des barbus ?
Je vais te décevoir, mais je pense que les barbus sont bien installés. D'ailleurs, j'aimerais bien porter la barbe. Je l'ai déjà fait, mais elle n'était pas encore suffisamment fournie. Donc patience !

 

++ Le second EP de Black Atlass, Young Bloods, est disponible ici.
++ La page Facebook et le compte Soundcloud de Black Atlass.

 

 

Benjamin Pietrapiana // Crédits photo: Richmond Lam.