Issu d'un quartier latino à l'est de Los Angeles, entre pauvreté, guerre des gangs et émergence du hip hop, Mr Cartoon se met au graffiti au début des années 80. Alors que la plupart de ses camarades taquinent la bombe pour tuer le temps et suivre la tendance, l'art graphique est pour lui une véritable passion. Le graffiti est un tremplin vers d'autres activités: « Faire des fresques sur les murs de Los Angeles m'a amené à customiser des voitures lowriders puis à faire des illustrations pour des magazines et pour des pochettes de disques.» Devenu un graphiste talentueux et expérimenté, Cartoon découvre l'univers du tatouage « noir et gris » en 1993, en s'aventurant au magasin Spotlight Tattoo. Contrairement au tatouage coloré, dont l'origine remonte aux tribus ancestrales, sa variante « noir et gris » est inventée dans le milieu carcéral nord-américain. Ayant difficilement accès à des encres de couleurs, les prisonniers utilisent des allumettes ou des cendres de cigarettes pour créer les contours, les ombres et les reliefs de leurs tatouages. Dans les années 1970, le style se perfectionne sous les aiguilles de tatoueurs comme Jack Rudy et se popularise dans les rues de East L.A.


Intrigué par la richesse de cet art, Mr Cartoon passe désormais le plus clair de son temps libre à traîner à Spotlight Tattoo avant de se faire finalement tatouer: «C'est comme ça que j'ai appris les bases techniques. Mais ce fut un apprentissage long et complexe, la peau étant de loin le support le plus difficile et le plus délicat à travailler. Ma carrière de tatoueur a réellement démarré cinq ans plus tard lorsque Baby Ray, l'un des pionniers du tatouage « noir et gris », m'a offert un job à L.A. Tattoo.» Depuis, Mr Cartoon a monté son propre studio dans un entrepôt de Downtown L.A. Il est aujourd'hui à la tête d'un petit empire. Principal vecteur de la démocratisation du tatouage dans le monde de l'entertainment afro-américain, l'homme a gravé son encre sur la peau de Big Boi, DJ Premier, Fat Joe, Pharrell Williams ou encore Beyoncé. Cartoon explique son succès: « Ce sont les membres de Cypress Hill qui ont été les premiers à populariser mon style mais je connais un engouement réellement massif auprès des stars depuis le tatouage que j'ai fait pour Eminem. Au-delà de cet élément déclencheur, je pense que mon travail séduit parce qu'il s'adresse à la rue. Mon studio est implanté dans le ghetto. J'écoute ce qu'il s'y passe. Par ailleurs, mes oeuvres sont uniques, je ne refais jamais deux fois la même chose. C'est pour cela que mes tarifs sont élevés. Vous pouvez demander à 50 Cent le prix qu'il a payé pour l'un de ses tatouages!!»


Graphiste novateur et touche-à-tout, Mr Cartoon fait en parallèle des logos (Shady Records, Everlast, Snoop Dogg…), des projets au coup par coup avec des marques (Nike, T-Mobile, Toyota) tout en développant Joker Brand, une marque de vêtements qu'il a fondée au milieu des années 90 avec Estevan Oriol et B-Real. Homme d'affaires et artiste comblé, Cartoon avoue n'avoir qu'un seul regret: « ne pas avoir tatoué Eazy-E de son vivant.»


Par Wessida // Photos : Estevan Oriol.