Tu as travaillé avec Pharrell Williams sur Love is the Answer, et ton album donne un peu l'impression que tu es tout le temps happy. Tu es ce genre de personne jamais triste, résolument optimiste et heureuse ?
Aloe Blacc : Mon but est de rendre les gens heureux, donc j'essaye de faire de la musique avec des good vibrations, de la musique joyeuse pour célébrer la vie. Mais je ne dirais pas que je suis tout le temps heureux, non.

 

À l'évidence, jusqu'à maintenant, tu as voulu faire sonner ta musique comme celle de la Motown. Mais pour cet album, tu as ajouté des éléments du folklore musical américain, comme la folk ou la country. Tu considères ces éléments comme faisant partie de ton identité ?
Mon dernier album était effectivement un hommage au son Motown. Ce nouvel album est plus hybride, il réunit plus de styles différents. Comme tu l'as dit, de la folk et de la country par moments, mais aussi du hip-hop, de la soul et du rock. Hé oui, tout ça constitue mon identité.

 

Les producteurs avec lesquels tu as collaboré proviennent d'univers musicaux très différents. Pourquoi ?
Le principal producteur avec lequel j'ai travaillé est DJ Khalil, et il a un parcours musical très diversifié.

 

Il a quand même beaucoup bossé dans le hip-hop : de Red Man à Pitbull, il fait vraiment de tout...
Oui c'est principalement un producteur hip-hop. Je voulais bosser avec lui car je savais qu'on allait s'entendre, et qu'il comprend tous les styles de musiques. Et surtout parce qu'il bosse avec les meilleurs musiciens.

 

 

Et toi, personnellement, ta période hip-hop ne te manque pas ?
Pas vraiment. Je continue à écrire des morceaux hip-hop et j'y prend beaucoup de plaisir, mais je ne les sors pas.

 

Tu ne les sortiras pas du tout, ça finira à la poubelle ?
(Rires) Non, ça ce n'est pas possible, j'envisage de les sortir bientôt.

 

Pour revenir à tes collaborations avec les producteurs, pourquoi as tu bossé avec Avicii ? Qui est un DJ super mainstream, qu'on pourrait définir comme l'anti-Aloe Blacc : il fait de la musique dance grand public et il est Scandinave.
Sur mon premier album, Shine Through, j'ai fait beaucoup de morceaux dans des styles très différents, hip-hop, dancehall, soul, R'n'B, folk et aussi dance. Des morceaux au tempo lent, entre la house et le future style. J'entretiens donc une relation particulière avec la musique dance. Lui voulait bosser avec un artiste soul, et j'avais entendu ce qu'il a fait d'un sample d'Etta James pour sa chanson Levels (un sample de la chanson, Something's Good Gotta Hold On Me, ndlr). Et j'ai pensé que notre collaboration pourrait donner quelque chose d'intéressant. Pour moi, ce fut une bonne expérience.

 

Tu bosserais avec quelqu'un comme David Guetta ?
Oui, probablement - mais la chose la plus importante, c'est que ça commence par un morceau. La beauté de Wake Me Up, c'est qu'au départ, c'est simplement un morceau avec une voix et une guitare, et on savait qu'on tenait quelque chose de bon. À partir de là, on pouvait la produire dans différents styles, la mener où on voulait. Et c'est ce qu'Avicii a fait, il en a fait un très bon remix. Je ne suis pas sûr que tous les producteurs de musique dance en soient capable. Je n'ai pas particulièrement le désir de bosser avec des producteurs de ce style, je veux juste faire les meilleurs morceaux possibles et si des artistes électroniques veulent remixer mes morceaux, c'est OK.

 

Ta vie a dû énormément changer après l'énorme succès de I Need A Dollar, utilisé pour le générique de How To Make It In America ?
Tout a changé : je suis passé du statut d'artiste indépendant et inconnu à celui de chanteur au succès planétaire. Ce qui m'a permis de signer sur Interscope Records. Ainsi j'ai pu accéder à leurs superbes infrastructures commerciales propres aux majors, ce que je n'avais jamais connu auparavant.

 

 

Si l'on s'en tient aux thèmes abordés dans ton album, tu donnes l'impression de t'ancrer dans cette tradition des chanteurs américains engagés, les socially conscious singers. Tu peux nous parler de cette généalogie ?
J'essaye de m'inscrire dans la continuité de Bob Dylan, Stevie WonderBob Marley, Curtis Mayfield, James Brown et Sam Cook, précisément. Il y a beaucoup d'artistes qui utilisent leurs voix pour s'exprimer sur des problèmes de sociétés et ça apporte toujours un truc supplémentaire à leur musique. Tu peux faire des morceaux pop qui sont conscients, et c'est pour moi la meilleure manière de faire de la musique, parce que tu fais danser les gens tout en les invitant à penser.

 

Il y a une chanson en particulier qui t'a ouvert à cette idée d'un songwriting conscient ?
Je ne pense pas qu'il y ait une chanson en particulier. Pour moi, c'est comme tu l'as dit une généalogie, une tradition, que j'ai rencontrée dans mon passé hip-hop lorsque j'écoutais Public Enemy, N.W.A. ou même De La Soul. De la musique cool et fun, mais qui comporte aussi un discours authentique sur le monde réel.

 

Quand tu dis Love Is The Answer, est-ce que tu fais référence à l'amour chrétien ? Parce qu'on dirait un peu que tu prêches la bonne parole...
(Rires) Je ne sais pas si je parle d'un amour spécifique. J'incite juste à l'amour et à la compassion pour tous, ce qui pour moi renvoie à un sens plus large que l'amour amoureux ou l'amour religieux.

 

 

Tu n'as pas peur d'être considéré comme un “gentil bien-pensant” ?
Ça ne me dérangerait pas. Je préférerai ça plutôt qu'être considéré comme quelqu'un de destructeur, violent, négatif, vulgaire...

 

Tu disais dans une autre interview que tu voulais rentrer dans le Songwriters Hall of Fame. Qu'est ce qui t'importe le plus : ton message "socialement conscient" et la musique, ou l'entrée dans dans ce panthéon et la gloire qui va avec ?
La musique est évidemment ce qu'il y a de plus important. La musique avant tout. Mais cette entrée dans le Songwriters Hall of Fame, ce serait comme passer mon diplôme de fin d'études. Parce que comment évaluer un artiste aujourd'hui ? Ce n'est pas parce que tu fais plein d'argent que tu fais de la bonne musique pour autant. Ce panthéon vient au contraire signifier que tu fais de la musique de qualité.

 

Dans cette même interview, tu disais que tu voulais réaliser un film sur ta vie. Il traiterait de quoi ce film ? Le racisme, l'accomplissement personnel, l'amour... ?
La joie, ou comment trouver ta passion et t'y accrocher.

 

 

Tu jouerais ton propre rôle ?
Peut-être.

 

Récemment tu as tourné dans le biopic sur James Brown, Get On Up. Tu y joues le rôle d'un guitariste. Tu envisages de devenir comédien ?
Oui, j'aimerais bien jouer plus, mais c'est un métier et ça s'apprend. Et il me faudra du temps pour apprendre l'art dramatique. Jusque là, j'ai toujours accordé beaucoup de temps à la musique, mais maintenant, j'ai envie d'appréhender d'autres manières de raconter des histoires, en tant qu'acteur et plus seulement en tant que chanteur.

 

Ce qui est intéressant avec ton album, c'est que tu arrives à t'ancrer dans plusieurs styles assez anciens, la soul, le hip-hop, tout en donnant une patine actuelle à ton son. C'est ça que tu voulais exactement ?
Oui, c'est pour ça que j'ai travaillé avec Dj Khalil. Je voulais faire sonner mon album de manière actuelle tout en préservant l'essence musicale des styles dont je me revendique. DJ Khalil a cette capacité de tirer le meilleur des gens avec qui il travaille, et ce sont les meilleurs. Chacun d'eux a apporté son expertise, et avec les accords et les désaccords qu'on a pu avoir, on a fait de notre mieux.

 

Quels sont tes projets pour les prochains mois? Des films en perspective ?
Je vais d'abord tourner aux States avec Bruno Mars, ensuite je reviens en Europe pour les festivals en fin d'été, et peut-être que je sortirai mes morceaux hip-hop l'an prochain.

 

++ La page Facebook et le site officiel d'Aloe Blacc.
++ Le dernier album d'Aloe Blacc, Lift Your Spirit, est disponible ici, chez Interscope Records, et est en écoute intégrale sur Deezer.

 

 

Benjamin Pietrapiana.