Les derniers beaux jours de l'été new-yorkais font souffler sur Broadway un vent rafraîchissant. C'est dans l'un des studios de cette fameuse avenue de Manhattan que Pete Rock nous a donné rendez-vous. Au quatrième étage de l'immeuble qui abrite également les locaux de Rawkus se cache le studio Jammin' Downtown. Sur les murs de l'entrée sont placardés des disques d'or et de platine de Biggie, Tonie Braxton ou Craig Mack. Un lieu culte, donc. L'endroit rêvé pour une rencontre avec l'homme qui a produit ou remixé des géants tels que Nas, EPMD, Redman, Notorious Big , Big L ou Run DMC.
Pete Rock est réputé pour n'être pas un grand bavard. On le confirme…surtout lorsque les effets du blunt allumé en début de l'interview se font sentir. Il est alors affalé sur le fauteuil, les yeux à moitié clos et l'esprit ailleurs: sur sa console et son sampler, laissés dans l'autre pièce. Rencontre enfumée.

Que penses-tu de la façon dont a évolué le hip hop ?
Pete Rock : Est-ce que je suis heureux de ce qu'est le rap aujourd'hui ? Pas vraiment. J'adore ce que je fais et j'aime de nombreux artistes mais la plupart de la musique ne me plaît pas. La musique se devrait d'être un peu plus originale.

Penses-tu que les majors sont pires que dans les années 90 ?
Pete Rock : Complètement. La musique a changé, la musique se transforme en quelque chose de différent. Tout le monde crée des sons nouveaux, et moi aussi, mais je reste fidèle à ce que je suis : hip hop.

En 1988, tu as commencé à travailler dans l'émission radio de Marley Marl On Control. Cette période est communément appelée la Golden Era du hip hop. Etait-ce vraiment une époque en or et pourquoi ça ?
Pete Rock : Ce sont les artistes qui ont fait de ces années une époque unique: Brand Nubians, A Tribe Called Quest, Nice & Smooth, Gang Starr, EPMD… C'est une période très importante pour le hip hop qui a inspiré énormément de gens.

Tu es nostalgique de cette période ?
Pete Rock : Complètement. J'adorais cette époque. La musique était meilleure et les mentalités plus saines. Maintenant, trop d'artistes sont obsédés par le matérialisme. J'aimerais que plus d'artistes traitent de problèmes importants, de trucs vrais plutôt que de les entendre parler de meufs, de voitures, de soirées… Le matérialisme a toujours existé dans le hip hop mais tu ne peux pas te laisser embarquer là-dedans, tu ne peux pas penser que comme ça. Je n'ai rien contre le matérialisme mais le problème c'est que le hip hop en est réduit à ça. C'est pas croyable que tous les disques de hip hop qui sortent parlent uniquement de trucs matériels. Et le pire c'est que ces disques sont joués en boucle en radio, toutes les cinq minutes.

Tu n'habites plus à New York, mais que représente cette ville pour toi ?
Pete Rock : Beaucoup. New York c'est ma vie, j'y suis né. Cette ville m'a permis de devenir celui je suis. Je n'habite pas à New York parce que j'aime créer dans une atmosphère calme. Mais c'est à New York, dans le Bronx, que j'ai mes premiers souvenirs musicaux. J'écoutais les disques de mon père alors que j'étais tout petit. C'est lui qui m'a appris à nettoyer les disques, qui m'a fait connaître les artistes et les différents labels. Mon père était DJ en Jamaïque avant de venir aux Etats-Unis. Je suis né avec la musique dans le sang.

Plus grand album hip hop de tous les temps ?
Pete Rock : Paid In Full d'Eric B et Rakim.

Plus grand album jazz tous les temps ?
Pete Rock : Un album de Milt Jackson et Ray Brown.

Plus grand funk/soul tous les temps ?
Pete Rock : Hot Buttered Soul d'Isaac Hayes.

Ton plat préféré ?
Pete Rock : Poulet et poisson. Et la nourriture italienne.

Marque de fringues préférée ?
Pete Rock : J'en ai pas. Je mets ce que je trouve en premier le matin, du moment que ça me plaît.

Un hobby à part la musique ?
Pete Rock : Je fais collection de vieux films d'horreur et de toutes sortes de films en fait. J'ai énormément de films. Je suis un collectionneur.

Où pars-tu en vacances ?
Pete Rock : Partout. Le seul continent sur lequel je ne suis pas allé est l'Afrique. Mais je compte aller au Sénégal cette année.

Pour quoi voudrais-tu qu'on se souvienne de toi ?
Pete Rock : Pour la façon dont j'ai fait ma musique. Professionnellement. Du mieux que je pouvais. D'une façon qui a inspiré beaucoup de gens dans le hip hop.


CV :
Pete « Rock » Phillips, né le 21 Juin 1970.
Alias : Soul Brother N°1, Chocolate Boy Wonder, The Creator.
Occupation : Producteur, Remixeur, Rappeur, DJ.
Instrument : SP 1200.
1er EP : All Souled Out avec CL Smooth, 1991.
1er Album : Mecca & The Soul Brother avec CL Smooth, 1992.
Meilleur track : T.R.O.Y sur Mecca & The Soul Brother, hommage à Trouble T- Roy, danseur de Heavy D.
Meilleur remixe : Shut Em'Down de Public Enemy.
Influences : James Brown, Marley Marl, Himan Howie Tee.

 


Souvenirs en Images - T.R.O.Y. (They Reminisce Over You)


 Photos : Taku.