Pourquoi  avoir choisi d’adapter le roman de James Franco pour ton premier film ?

Gia Coppola : J’ai rencontré James par hasard à une fête à Hollywood où j’avais atterri. Ma mère nous a présentés. James aime savoir ce que font les gens plus jeunes que lui, ce à quoi ils s’intéressent. Je venais juste de finir l’université et j’essayais de déterminer ce que je voulais faire. Nous sommes restés en contact, il m’a proposé plusieurs choses qui auraient pu donner lieu à d’éventuelles collaborations. L’une d’entre elles était Palo Alto et j’ai adoré. J’étais intéressée par le sujet de l’adolescence, ça reflétait d’une certaine manière cette période de ma vie et j’étais  très enthousiaste à l’idée de pouvoir travailler avec James.

 

Comment as-tu choisi Jack Kilmer (le fils de Val Kilmer qui apparaît aussi dans le film, ndlr) pour le rôle principal ?

Je connais Jack depuis qu’il est petit. J’auditionnais beaucoup de jeunes acteurs à cette époque et par hasard, je me suis retrouvée à dîner avec Jack sans réaliser qu’il pouvait être un candidat potentiel pour le rôle. Pendant le dîner, je me suis rendue compte qu’il était beaucoup plus captivant que beaucoup d’autres jeunes garçons que j’avais rencontrés parce qu’il était authentique. La manière dont il interagissait avec les autres était très intéressante. J’ai senti qu’il pourrait être parfait pour interpréter le personnage de mon film. Il n’avait jamais joué auparavant, mais il était partant pour essayer quelque chose de nouveau.

 

Et Emma Roberts (la nièce de Julia Roberts, ndlr)?

Quelque chose me disait qu’elle était parfaite pour le rôle. Je ne la connaissais pas bien, mais j’adorais le film Celeste and Jesse Forever où elle joue très bien. Elle était fan du livre et du script. Et j’aimais l’idée de travailler avec quelqu’un de très expérimenté, qui pouvait m’apprendre des choses sur le métier d’acteur, et soutenir Jack qui est un jeune acteur. Elle est drôle, et c’est agréable de l’avoir sur un tournage. En tant que réalisatrice d’un premier film, je pensais que ce serait bien de disposer d'un tel soutien à mes côtés.

 

 

Quelles indications de jeu leur as-tu donné ?

Ils étaient parfaits pour les rôles. Emma avait vraiment compris son personnage et a fait beaucoup de propositions auxquelles je n’avais pas du tout pensé. Jack était très proche du rôle qu’il devait jouer. Il était un adolescent traversant les difficultés liées à cet âge.

 

Est-ce que quelqu’un dans ta famille t’a soutenue pour ce film?

Je n’étais pas tellement intéressée par leur aide, j’aurais perçu ça comme de la triche. Je voulais m’affirmer, réussir par moi-même, trouver ma propre voie au milieu de toutes ces personnalités très fortes. J’admire beaucoup leurs films, je leur ai demandé leur avis de temps en temps, mais je voulais vraiment prendre mes propres décisions.  Je me suis plutôt appuyée sur James.

 

James Franco t’a aidée pendant le tournage ?

Non pas vraiment sur le tournage, mais pour écrire le scénario. Il me disait de choisir l’histoire que j’aimais, de la rendre simple. Il m’a donné entière liberté pour interpréter ses nouvelles, mais il était là quand j’avais besoin. Il est toujours en train de voyager et de faire des choses différentes. Je lui envoyais des photos pour lui montrer l’avancement du projet, je lui demandais des conseils du style : «quelle version marche mieux pour la scène selon toi ?», des choses comme ça. Il est de bon conseil. Il donne des idées très précises, mais pas trop d’idées à la fois.

 

 

Tu parles de trouver ta propre voix au milieu de toutes les personnalités de ta famille, mais d’une certaine manière, ton film évoque parfois Virgin Suicides de ta tante Sofia.

J’aime ce film. J’admire beaucoup Sofia. Sans elle, je ne pense pas que j’aurais imaginé pouvoir faire un film un jour. Elle m’a montré qu’il n’était pas obligatoire d’avoir une personnalité écrasante pour réaliser un film. J’aime aussi Rusty James et Outsiders (de Francis Ford Coppola, ndlr). Ces films m’ont inspiré. Je pense que ça fait partie du processus qui permet de trouver sa voix intérieure. Suivre les gens que vous admirez, comprendre ce qu’ils font et comment ils le font... et apprendre de cette façon.

 

Tu penses que les ados d’aujourd’hui vont s’identifier aux personnages de Palo Alto ?

Je l’espère. J’ai essayé de montrer les problèmes que l’on rencontre en grandissant, quelle que soit la génération à laquelle on appartient. Je ne voulais pas évoquer internet, les réseaux sociaux - c’est complètement une autre histoire. Les troubles émotionnels que l’on traverse à cet âge seront toujours les mêmes. Essayer de trouver sa place dans le monde, savoir qui l’on est. Les adolescents constituent un bon sujet parce qu‘ils sont à fleur de peau, mais leurs émotions peuvent être ressenties à n’importe quel âge.

 

Les ados du films sont mieux habillés que la moyenne.

Tu penses ? (Rires) Aujourd’hui dans les films, les ados portent toujours des habits très chers, ont la peau parfaite, les cheveux parfaits. Ils ont vingt-sept ans au lieu de dix-sept. Je crois avoir pris le contrepied de cette tendance. Les adolescents de mon film ont mis leurs propres habits, ou ont utilisé mes propres habits.

 

Emma Roberts a quand-même un trench-coat assez cool.

Pour moi, le personnage d’Emma était un peu plus à la mode que les autres parce qu’elle fait un peu plus attention à son apparence. J’imaginais qu’elle lisait des magazines de mode, etc.

 

 

Et toi, comment étais-tu pendant ton adolescence ?

Je n’étais pas très scolaire. Mon cerveau n’était pas vraiment fait pour la façon dont on nous teste à l’école. J’essayais de savoir dans quel domaine je pouvais être performante. Je traînais avec des amis à l’extérieur, des garçons qui lançaient des feux d’artifices, des jeunes très immatures en fait. J’étais aussi souvent avec mes cousins, nous avions des groupes de musique…

 

Tu jouais au foot comme le personnage d’Emma ?

Non, mais pour le film, j’ai vu plein de matchs dans des lycées pour comprendre comment ce sport fonctionnait.

 

Tu connais les règles au moins ?

Vaguement ! J’ai vraiment essayé sur le tournage, il y avait quelqu’un pour m’aider, mais ça m’a paru très difficile.

 

Qu’est-ce que tu aurais fait si tu n’avais pas fait du cinéma ?

J’aurais aimé pouvoir danser.

 

Quel genre de danse ?

Dans le genre «all that jazz», ou alors ballerine ou alors écrivaine. J’aurais aimé être une bonne écrivaine.

 

Mais ce n’est pas trop tard...

C'est pour ça que je continue d’apprendre !

 

 

++ A l’occasion de la sortie du film Palo Alto de Gia Coppola, au cinéma le 11 Juin 2014, Brain Magazine, Le Badaboum et Pathé Films organisent la Palo Alto Party le mercredi 4 juin au Badaboum. Vous pouvez tenter de remporter une invitation avec ticket-boisson inclus ici.

 

 

Propos recueillis par Damien Megherbi.