Où est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

Loïc : On s'est rencontrés au collège St-Exupéry à Vincennes. On est devenus potes à cette époque-là, puis on a continué à être potes, on s'est dits qu'on allait faire de la musique, et paf ! ça a fait des chocapics.

 

Sur scène, vous avez précisé que toute l'histoire avait commencé dans une ferme dans je ne sais plus quel patelin en France. Vous pouvez nous en parler ? 

Loïc : Nous avons enregistré notre album dans une ferme en Normandie parce qu'on a un pote ingé' son qui a installé son studio d'enregistrement là-bas.

 

Vous y cultiviez des plantes ?

Loïc : Des petits radis et de la salsepareille ! Non, pas trop, nous étions concentrés sur la musique. 

 

 

Vous êtes signés sur le jeune label Cracki Records (2 ans et toutes ses dents de lait). Comment s'est faite la rencontre avec Kraft, Alex, Sokunthear, Donatien et le label ? 

Loïc : On ne les a pas encore rencontrés, mais ça arrive bientôt... Non, je rigole, j'ai fait une école d'ingé' son qui s'appelle l'EICAR où j'ai rencontré Mateusz, un ami qui se trouve aussi être la personne qui réalise nos visuels en live et qui est à l'origine des clips de She Pretends, de Midnight Sun et de Children Of The Night. C'est un proche des fondateurs de Cracki, alors il nous a introduit à eux. On leur a présenté nos mixtapes alors que ce n'était pas encore un label - mais déjà un collectif de gars sympas. 

 

Loïc, tu as toujours chanté avec une voix de tête comme ça, ou c'est le fruit d'un long entraînement et d'infusions de verveine au miel ?

Loïc : C'est le fruit d'un travail de recherche. Ma tonalité naturelle, c'est plus baryton. J'ai essayé de trouver un timbre original dans ma voix, d'apporter une tonalité plus jazzy et plus smooth. J'ai beaucoup écouté Patrick Watson par exemple. J'ai expérimenté un peu partout chez moi, dans ma chambre, dans ma douche et dans mon placard.

 

Isaac Delusion, c'est un clin d'oeil au disco It's Just An Illusion d'Imagination ?

Jules : Pas du tout. C'est une légende qui date des Jacobins et de la Révolution Française. Mais nous préférons laisser le mystère entier et te laisser faire un travail d'investigation. 

 

 

Mon correspondant à la FNAC me pose une question dans l'oreillette. Vous préférez qu'il classe votre premier album éponyme dans le rayon électronique, folk ou psychédélique ?

Loïc : Au rayon indé'.

Jules : Ou zouk ! (Rires) Mon oncle m'a dit qu'on était en "rock international" quand il a cherché notre CD. Préviens ton pote dans l'oreillette que nous sommes un groupe de rock français. 

 

Quelles ont été vos principales influences - musicales ou non - pour votre opus ? 

Loïc : Il y en a tellement... On a passé deux mois à écouter toute la discographie d'Alain, notre ingé' son : ça allait de Supertramp à Pink Floyd. C'est un mélange de tout ce qui est entré dans nos oreilles ces trois dernières années. Les voyages et les paysages sont aussi une grande source d'inspiration pour nous.

Jules : On essaie de faire de la musique qui transporte. Nous voyageons beaucoup : en Asie, en Islande, en Australie, en Inde… Nous essayons de garder cette émotion intacte, même si ça peut paraître bateau de dire ça.

 

En Islande… d'où le nom de votre chanson Midnight Sun ?

Nicolas : Voilà. 

 

 

C'est aussi le nom d'un inédit de la saga Twilight en cours d'écriture...

Loïc : Oui, on s'en est rendu compte juste après avoir sorti le morceau ! Mais il n'est jamais sorti. Peut-être que la production est allée dire à Robert Pattinson qu'Isaac Delusion avait déjà chopé le créneau, et qu'il avait tout intérêt à venir jouer avec nous s'il ne voulait pas se faire dépasser. Je dis ça parce que ma copine est complètement amoureuse de lui. Si je le croise dans la rue un jour, je m'expliquerais avec lui droit dans les yeux.

 

Early Morning, Children Of The Night, Midnight Sun et Sleepwalking : le jour chasse la nuit, vous vivez la nuit, c'est le jour dans la nuit et, somnambules, vous marchez en dormant. Vous vouliez faire un album qui ressemble à un rêve éveillé ?

Loïc : On peut dire ça. Le rêve tient une part importante dans notre musique. Pour l'écriture des chansons, je pars souvent de sentiments, d'impressions, de choses qui n'ont pas vraiment de sens - un peu comme dans les rêves. Cet album n'a pas de signification précise, mais globalement, il se situe dans les territoires du songe, de l'évasion et du voyage. 

 

Ca ne vous brancherait pas de faire un album sur 18h37, l'heure de pointe dans le métro ?

Loïc : S'il peut transporter les gens bloqués à l'heure de pointe dans le métro en terre inconnue pour une bonne partie de zouk, nous serions contents. En tant que musicien, il faut offrir un peu de rêve aux gens. 

 

Mais vous ne voudriez pas plonger des gens qui sont en pleine partie de zouk en terre inconnue à 18h37 dans le métro ?

Loïc : Pourquoi pas ? Il y a des gens qui arrivent à écrire sur la tristesse du quotidien d'une manière à la fois très belle et qui fasse malgré tout voyager, comme The Velvet Underground. Leurs textes sont incroyables, mais simples et très compréhensibles. Avec peu de contenu, Lou Reed arrive à restituer des situations avec une grande justesse. On trouve dans leurs chansons un mélange étonnant entre des thèmes très noirs et un traitement presque enfantin, duquel résulte une ambiance presque malsaine. Il n'y a pas de règle. She Pretends est une chanson assez noire - même si je ne nous compare pas au Velvet, bien sûr.

 

 

Du coup, quelle heure pointe l'aiguille de l'horloge Isaac Delusion ? Vous préférez être la B.O. de nos nuits mélancoliques quand on se languit de notre histoire d'amour qui s'est finie en crotte de bique, ou plutôt d'un after entre amis qui regardent le jour se lever dans l'appart' qu'ils ont loué à Berlin pour les vacances ?

Loïc : Un after entre amis qui regardent des crottes de bique à Berlin ! Non, plutôt la deuxième réponse. Nous ne sommes pas trop du genre "coeurs cassés".

 

She Pretends, ce n'est pas une chanson d'amour ? Elle prétend quoi alors, la vilaine ?

Loïc : Non, c'est le portrait d'une fille qui passe sa vie à sortir le soir et qui ne vit que pour exister dans le regard des autres, mais qui, au final, est très mal dans sa peau. C'est un portrait pessimiste de notre génération. Elle prétend exister, être reine de la nuit alors qu'elle ne l'est que pour elle-même. 

 

Ca ressemble à quoi une soirée avec vous, les children of the night ?

Loïc : Nous sommes tous très différents. Si tu es plus du genre tranquille à te coucher tôt, c'est plutôt moi qu'il faut suivre, si t'aimes bien fumer des pétards, c'est Boubou, si tu préfères danser jusqu'à 6h du mat', Jules, et si tu aimes bien mettre des chassés dans des Vans, tourne-toi vers Bastien.

 

 

On pourrait avoir des éclaircissement exclusifs sur cette histoire de chassé dans des Vans ? 

Loïc : Tu aurais vu si tu étais restée à l'after après notre concert à la Gaité Lyrique ! On ne réagit pas tous à la même façon à l'émotion, on va dire...

 

Les clips de Mateusz Bialecki sont souvent bien chépers, avec images en surimpression, galaxies, messie tourbillonnant etc. Sont-ce des rêves, des réminiscences de souvenirs ou une invitation déguisée à rejoindre une secte ? 

Jules : C'est une invitation à la danse et à la transe. Mateusz pioche des images dans des vieux films obscurs, s'en nourrit et les met en relation les unes avec les autres. Le résultat est ouvert aux interprétations. En live, ses images élèvent réellement la musique, rendent possibles l'abandon de soi. D'ailleurs, nous aimerions pouvoir aussi propager des odeurs, des parfums, pendant nos concerts.

Loïc : Nous voulons vraiment faire de la musique animale, instinctive et naturelle - ça danse, ça bouge. Notre objectif est de faire passer un bon moment aux gens, de leur apaiser l'esprit. L'idée est de transmettre des impressions de climats, de paysages, de couleurs, et des sentiments.

 

Vous composez en gardant le futur auditeur à l'esprit ?

Loïc : Non, c'est naturel. Nous essayons d'abord de nous faire kiffer nous-mêmes, parce que le meilleur moyen de faire plaisir à l'autre est de se faire plaisir à soi-même. Je conçois la musique comme quelque chose de très personnel, limite égoïste : le premier à en jouir, c'est le musicien. Mais par chance, il se trouve qu'au final, ça fait aussi vibrer quelques autres personnes.

 

 

Ca vous plairait de remplir un stade ?

Loïc : Bien sûr : tous les musiciens veulent devenir des rockstars ! C'est un rêve de gamin. En parlant de stade, mon premier concert en était un de Michael Jackson. Je le voyais de très loin : un petit bonhomme vêtu de doré qui gesticulait dans tous les sens. On nous distribuait des espèces de périscopes en carton avec un jeu de miroirs à l'intérieur. Il fallait voir le truc - une marée de périscopes.

Jules : Par contre, j'envie les tenues de lumières de MJ !

Loïc : Je suis un peu trop costaud, je pense que je ressemblerais plus à Freddy Mercury.

 

Les trois personnes que vous réuniriez à votre dîner idéal ? MJ et Freddy Mercury ?

Jules : Les hologrammes de MJ, de Tupac et de Bob Marley. Ce dernier n'a jamais été fait alors qu'il le mérite. Nous pourrions faire un mashup avec lui : She Gets Up, Stands Up !

 

Dernière question : votre relation avec les Pages Putes ?

Loïc : Je me retrouve souvent plié en deux grâce à Brain. Alors merci, parce que ça me fait des abdos en fer, et que grâce à vous je finirai musclé comme les mannequins en slip des pubs Dim.

 

++ Le site officiel, la page Facebook et surtout le clip infini d'Isaac Delusion.

++ Sorti le 12 mai dernier chez Cracki Records/Warner, le premier album éponyme d'Isaac Delusion est disponible ici et est en écoute intégrale sur Deezer. Vous pourrez le découvrir en live dans le cadre de la première édition de l'attendu Macki Music Festival, du 4 au 6 juillet aux alentours de Paris.