Est-ce qu'il est vrai que ton surnom vient de ta passion d'enfance pour les spicy chicken wings ?

Avigdor Zahner-Isenberg (Avi Buffalo) : Tout à fait. C’est l'un de mes amis qui me l’a donné quand j’étais petit et je l’ai gardé.

 

Du coup, vu que l'entité porte ton nom, Avi Buffalo est-il plutôt un projet solo ou un groupe ?

C’est un projet solo, mais je ne travaille qu’avec des musiciens avec lesquels j’ai une envie passionnée de collaborer.

 

On m'a dit que tu étais arrivé hier soir en avion, que tu avais enchaîné les interviews toute la journée et que tu t'apprêtais à faire un concert ce soir. Pas trop fatigué ?

Avec un peu de chance, je pourrai dormir ce soir. Mais ça ne me dérange pas. Je suis complètement hyperactif. Je peux rester longtemps sans dormir. Une fois, je n'ai pas dormi pendant quatre jours. Je commençais à perdre la mémoire et j'avais l'impression que mes organes allaient tomber.

 

 

Tu es du genre à sortir toute la nuit et à enchaîner ?

Non, je ne sors pas trop. C'est juste que parfois je suis occupé pendant la journée, alors la nuit j'ai envie de faire des recherches pour ma musique ou de regarder des films.

 

Sur ta page Facebook, j'ai vu des dessins. C'est toi qui les as réalisés ?

Oui, je les fais sur mon téléphone en dessinant rapidement sur des photographies. Ça m’amuse. Mais je peins aussi, je le fais depuis aussi longtemps que je peux me souvenir, et de plus en plus depuis quelque temps. J'ai mon meilleur ami qui est parti étudier l'Art à l'UCLA en Californie, alors je l'aide, je participe à ses projets. Ça m'inspire. J'avais hésité à dessiner la pochette de l'album, mais j'ai choisi de la faire faire par un ami photographe. C'était très important pour moi qu'il le fasse, parce qu'il est très talentueux et que nous sommes incroyablement connectés sur le plan émotionnel tous les deux.

 

Tu travailles beaucoup avec des amis ?

Oui, ou avec des gens avec qui je me sens connecté artistiquement, mais les deux cas de figure se rejoignent au final. Quand tu aimes ce que fait quelqu'un, tu as envie de te rapprocher de lui personnellement et, à l'inverse, quand tu es proche de quelqu'un, vous finissez par vous rejoindre au niveau créatif.

 

Si tu arrêtais la musique, tu souhaiterais devenir plasticien ?

Oui, ou écrivain. J'écris tout le temps : mon journal, des nouvelles, de la poésie. Sinon j'adorerais faire des performances, me tirer dans le bras ou ce genre de chose ! J'en ai déjà fait une avec mon amie de l'UCLA : elle dansait au milieu de quatre microphones que j'avais installés qui enregistraient ses pas tandis que des haut-parleurs les diffusaient en boucle. Elle essayait de reproduire ses mouvements précédents à l'identique en se guidant grâce au son, mais c'est presque impossible alors cela enregistrait un son forcément différent par dessus. C'était une sorte de pièce continue qui s'enrichissait à chaque fois.

 

 

Le procédé musical de l'overdubbing transposé à la danse somme toute…

Exactement. D'une certaine manière, je pourrais dire que l'overdub est mon instrument de musique préféré !

 

Est-ce que tu as été bercé dans ton enfance californienne par la musique des Beach Boys et de Fleetwood Mac ?

Oui, ce sont deux groupes qui m’inspirent beaucoup, surtout les Beach Boys. Leur musique fait partie de celles que mes parents écoutaient quand j’étais enfant.

 

Tu avais des parents du style hippies ?

Pas exactement, mais ils étaient définitivement progressistes. Si ma sœur et moi avons un nom de famille aussi long, c’est parce qu’ils ont gardé leur deux noms ; le premier, Zahner, est celui de ma mère. Nous ne regardions pas de Disney, sauf Mary Poppins, qui était autorisé.

 

Quels étaient tes films d'enfance alors ?

Star Wars, les Monty Pythons, des comédies musicales de Barbara Streisand, Singing in the Rain...

 

Tu penses que ta passion pour la musique pourrait venir de là ?

C'est une grosse influence, c'est sûr. Mon père travaillait toute la journée, alors on passait la journée à traîner à la maison avec ma mère et ma sœur, qui travaille maintenant en tant que metteuse en scène de théâtre.

 

 

Vous faisiez des spectacles à l'attention de vos parents tous les deux ?

Oh oui. Peut-être que c'est là que tout a commencé.

 

Sur ton nouvel opus comme sur le précédent, on entend beaucoup de mélodies romantiques, de cet instrument dont la popularité a un peu baissé depuis le changement de millénaire : la guitare. Est-ce que tu as commencé à en jouer pour pécho des filles ?

C’est sans doute l'une des raisons, mais pas la principale.

 

Ça a marché ?

Probablement pas ! (Rires)

 

Entre cet opus et le précédent, trois printemps se sont écoulés, et tu es passé de 20 à 23 ans. Penses-tu que ton adolescence est maintenant derrière toi ?

Oui, en partie. L’album tourne beaucoup autour de ce thème : grandir. J'y parle des expériences que j’ai connues durant cette période, des sentiments spécifiques à ce moment où l’on est encore jeune, mais en même temps plus vraiment – quelque part au milieu.

 

 

J'ai lu que tu étais devenu DJ pendant ce temps. Quels sont tes disques préférés pour faire danser les gens ?

Oui, je mixe un peu en mp3. J’aime jouer de la house, Lil Wayne, Drake & Future - des trucs fun, genre Miley Cyrus pour danser, quoi.

 

Quels artistes mainstream écoutes-tu ?

J’écoute Future, Lana Del Rey… J’adore la musique mainstream. Peu de gens s’en rendent compte, mais elle devient meilleure de jour en jour. Je trouve l'album Good Kid, M.A.A.D City de Kendrick Lamar fantastique. La production me fait penser à celle des Beatles, parce qu'elle est précise et claire, mais dans le même temps contrastée, colorée et créative. Il y a des voix et des sons très intéressants en arrière-plan. Ça m'inspire énormément.

 

Tes paroles paraissent très personnelles. Tu te sers de ta propre vie pour écrire, ou tu voles celle de ceux qui t'entourent ?

J’utilise vraiment principalement ma vie à moi ! J’écris ce qui pourrait se rapprocher de "tranches autobiographiques" en utilisant la technique du courant de conscience. Parfois bien sûr, je suis inspiré par des événements qui arrivent à des gens autour de moi, mais c’est parce que j’y pense, qu’ils sont aussi reliés à mon expérience personnelle d’une certaine manière.

 

Est-ce que, en bon folkeux, tu considères une chanson comme une tranche de "vie vécue" retranscrite en musique ?

Oui, totalement. Une citation cool dit que les chansons sont comme les tatouages. C’est un souvenir que tu choisis de graver pour toujours. Faire une chanson c’est comme enfermer dans une capsule un instant et une émotion. Quand j’ai commencé la musique, je voulais être session guitarist, je n’avais pas envisagé d’écrire des chansons. Mais même quand tu ne fais qu'accompagner quelqu'un, tu as le désir d'exprimer ce que tu ressens. Même s’il y a une forme prédéfinie, il reste une part d’expression libre que tu veux combler avec ton ressenti et ce que tu veux faire ressentir aux autres.

 

 

Tu écris spontanément ?

Oui, souvent j’invente les paroles tout en jouant de la guitare. Puis je réenregistre la chanson encore et encore.

 

Les paroles semblent marquées par une ou des histoires d'amour difficiles. Tu as connu une ou plusieurs relations nocives ?

Oui, bien sûr. L’album résonne de dissonances amoureuses, mais aussi de moments magnifiques.

 

Malgré ce thème, les mélodies sont plutôt joyeuses. Est-ce que tu voulais faire de la musique sur la vie qui continue et sur le fait d'apprendre de ses erreurs ?

Oui, c’est un thème sur lequel j’aime écrire, et j’aime mélanger des paroles tristes et des mélodies joyeuses, ou l’inverse. Je ne pourrais pas dire que l’album est optimiste ou négatif : c’est plutôt de l’observation.

 

Et alors, qu’est-ce que tu as appris de tes erreurs ?

Peut-être simplement à apprécier les gens et la musique. Je suis plus heureux qu’avant. Je crois que la musique me sert de thérapie, et que c'est là la raison profonde pour laquelle j'en fais.


++ Le site officiel et la page Facebook d'Avi Buffalo.
++ Signé chez Sub Pop Records, Avi sort après-demain son deuxième album, At Best Cuckold.

 

 

Bettina Forderer // Crédit photo : Eydie McConnell.