Jason Huber : Cool ton tatouage !

 

Merci ! Vous aussi vous arborez pléthore de tatouages. Que représentent-ils ?

Jordan Kelly : Ils ne représentent rien du tout. Enfin, je dirais plutôt qu’ils ont des significations débiles, même s’ils ont une valeur sentimentale pour nous.

Jason : Nous considérons tous les deux les tatouages comme des souvenirs. On nous dit qu’on ne les aimera plus un jour, mais tu n’es pas censé aimer un truc pour toujours de toute manière. Cela te permet de te souvenir de qui tu étais à un moment donné.

 

Vous vous êtes réellement tatoué MoM & DaD (nom de leur premier album, ndlr) sur les fesses ?

Jason et Jordan : Oui ! Tu peux les voir si tu veux. 

 

Non, ça va...

Jason : Je l’ai montré à mon père sur scène lors d’un de nos concert en Caroline du Nord.

 

Il a réagi comment ?

Jordan : Je crois que ses mots ont été "bordel de merde".

 

Il a aimé ?

Jason : Je ne sais pas s’il a aimé le tatouage, mais il nous aime en tant que personnes, donc il nous supporte dans ce qu’on fait.

 

 

C'est comment Nashville ?

Jordan : C’est génial. Bon, notre avis est bien sûr biaisé parce qu’on en vient. La musique est incroyable, la nourriture aussi. C’est assez grand pour qu’on puisse y faire la fête toutes les nuits, mais pas assez pour qu’il y ait foule dans la rue, dans les bars et dans les clubs.

 

Vous connaissez d'autres musiciens célèbres de Nashville, vu qu'on en trouve beaucoup là-bas ?

Jason : Non, pas trop. On vient de East Nashville, qui est la partie la plus jeune et underground de la ville. Avant, c’était un quartier sinistré, mais maintenant, il vit une seconde vie grâce aux artistes qui s’y installent.

Jordan : Oui, mais beaucoup de musiciens vivent à East Nashville maintenant. En fait, la génération des musiciens country habite dans le centre, dans des grosses baraques, mais toute une nouvelle génération s’installe souvent dans notre coin. Jack White a récemment emménagé ici et y a ouvert son label Third Man Records. Toute sorte de musique se produit en ce moment ici, et c’est très excitant d’en faire partie.

 

Vous êtes potes depuis l'école et vous vivez désormais ensemble. Vous êtes inséparables ?

Jason et Jordan : Oui !

Jason : Nous avons deux autres colocataires avec nous - trois si l'on inclut Little Clyde, notre chien. Ils ont de la chance parce qu’on n'est presque jamais là, alors ils ont un énorme appart’ avec lequel nous n'avons aucun autre lien que de payer le loyer.

Jordan : On dit toujours qu'on est «infuckables» : c'est-à-dire que si l'on n'a pas de problème l'un avec l'autre, tout le reste sera OK. Du coup, si l'on est en colère l'un après l'autre, on va immédiatement s'expliquer, et tout s'arrange avec des excuses et une claque au cul. Pas de cinéma.

 

Remontons un peu le temps. Est-ce que vous pouvez me raconter votre première cuite tous les deux ?

Jason : Je ne me souviens pas, on s'est bourré la gueule tellement de fois ensemble...

Jordan : Aucune idée - par contre, j'ai une histoire sur une cuite récente. On était près de la maison à Nashville, tu étais super bourré et le chien s'est cassé. Little Clyde fait ça tout le temps : il court pour que tu le rattrapes, puis il renifle quelque chose, est distrait, et va suivre l'odeur. Jason était fou d'inquiétude parce qu'on l'avait perdu.

Jason : J'ai beaucoup crié ce soir.

Jordan : Mais c'est bon, on l'a retrouvé. Il n'est pas mort.

 

 

Un autre souvenir embarrassant d'une nuit où vous aviez un coup derrière la cravate ?

Jason : Je me souviens d'avoir regardé le ciel derrière la maison en disant «il y a des aliens dans le ciel». (Il prend un air inspiré)

Jordan : Oui, il dit avoir vu des aliens. Je n'étais pas là mais je le crois lui, et lui croit aux aliens.

Jason : Et je crois en lui, donc tout ça fait un grand cercle.

 

Etes-vous vraiment des dégénérés partouzeurs et alcooliques comme le fait entendre votre réputation ?

Jordan : Un peu, mais on n'est pas des connards qui arrivent et cassent tout en soirée. On ne ruine pas la vie des gens.

Jason : Au contraire, Jordan est le genre de gars qui se retrouve à nettoyer la cuisine quand la fête est finie. En dehors de ça, on prend la musique très au sérieux, alors on compose et on se produit sur scène sobres. Puis après le concert, on va s'amuser.

 

Vous renvoyez cette image parce que nous avons tous chanté "champagne and cocaine" l'été dernier. Comment avez-vous vécu le succès soudain de Doses & Mimosas ?

Jordan : C'était très cool parce que ça nous a ouvert plein de portes, permis d'entendre des filles crier les paroles, de voyager et d'être ici à Paris à te parler. Mais je veux que ce qu'on fasse maintenant soit plus gros. Je veux toucher plus de gens, c'est-à-dire aussi ceux qui n'ont pas envie d'entendre parler de champagne, de cocaïne et de LSD.

 

Après la fête, la cuite. Et les problèmes reprennent. Est-ce que vos chansons peuvent aussi être sensibles et sérieuses ?

Jordan : Oui, totalement. Et puis tu sais, même quand je dis un truc débile du style «fuck that bitch», je le pense vraiment. (Rires) Alors je pense que c'est sensible.

 

A un journaliste qui vous demandait quelle était votre plus grande source d’inspiration, vous répondiez eFukt.com... (très NSFW, ndlr)

Jordan : Tu as été sur le site ?

 

Oui...

Jordan : C'est génial ! Je suis hyper-heureux que tu sois allée sur eFukt grâce à nous. Tu y étais au boulot ?

 

Oui !

Jordan : Génial !

Jason : Ce site est notre façon de briser la glace avec les autres musiciens avec lesquels on va jouer. On s'assoit et on lance eFukt.com. S'ils nous font «oh, c'est dégueulasse», on sait que ça ne va pas le faire. Au contraire, si quelques heures après on est tous ensemble à rire, c'est que ça va être une bonne tournée.

Jordan : Ils font des t-shirts maintenant. J'en ai commandé un, mais pas pour moi.

 

Pour qui ?

Jordan : Pour quelqu'un qui aime aussi eFukt.

 

 

Quelle est votre vidéo préférée sur le site ?

Jordan : Celle avec Rocco, un gars qui adore faire l'amour par-derrière aux filles et qui murmure en permanence des trucs chelous face caméra. Ca me hérisse les poils.

Jason : Il y en a aussi une où la fille a l'air possédée pendant l'orgasme. Il FAUT que tu la voie.

 

Le porno c'est cool, mais je suis une grande romantique. Hold Me, c'est une chanson d'amour ?

Jordan : Oui. On a tous des gens que l'on aime vraiment. Ce n'est pas tout le monde. Il y a des personnes qui ont pu m'énerver, alors j'en ai fait des chansons. Parfois, tu écris un morceau léger sur un plan cul sans conséquence, d'autres fois sur le fait d'être profondément amoureux. C'est juste la vie de tous les jours de tout le monde.

 

Bien que votre musique soit en bonne partie électronique, vous jouez tous les deux de la guitare. Vous voulez faire un vrai show rock ?

Jason : On nourrit le rêve de monter un groupe entier avec un batteur, un bassiste, des choeurs etc. Mais pour le moment c'est plus simple ainsi. Nous nous sommes rencontrés dans une école de production musicale, alors on a enregistré notre premier album dans la chambre de Jordan. Maintenant qu'on est colocs', pour s'entraîner, on a juste à aller dans le salon. Au début, on s'est demandé ce qu'on allait faire : devenir DJ's ou collaborer avec d'autres musiciens ? Mais si nous avions choisi de faire des sets, nous aurions loupé la chance de transpirer, de toucher les gens et de faire des erreurs sur scène, alors que c'est ce qui rend le truc amusant. Du coup, on a trouvé un compromis entre les deux.

 

Vous n'aviez pas peur que le nom de votre album Year Of The Caprese sonne cheesy, hu hu (la caprese salad est la fameuse salade tomate-mozzarella, ndlr) ?

Jason : Délicieusement cheesy ! Nous adorons ce plat, il est excellent.

Jordan : Nous envisageons les noms d'albums comme nos tatouages. Le dernier s'appelle MoM & Dad parce que nous venions chacun d'avoir nos parents au téléphone. Ce sont des pensées banales ou triviales que nous avons eues à un moment donné, puis que nous avons fixées un peu au hasard.

Jason : Il y a un an, nous avons mangé notre premier caprese à Paris justement. C'était si bon que c'est devenu le nom de l'album. Et maintenant, on se retrouve à en parler avec toi, à nouveau à Paris. C'est drôle.

 

L'idée, c'est qu'un nom très significatif n'aura de toute façon plus de valeur plus tard et que ce sera ennuyeux, c'est ça ?

Jason : Oui, on essaie de pas se prendre trop au sérieux. Sinon, ce serait pénible pour les autres.

 

 

Pourquoi vous représentez-vous en cuisiniers ?

Jordan : Là encore, ça n'a aucun sens. On a juste fait ce shooting comme ça. On a essayé de me faire de grosses mains pour donner un effet psychédélique à l'ensemble, mais je crois qu'on ne les a pas faites assez grosses et que les gens ne s'en rendent donc même pas compte.

 

Du coup, quelle est la recette de cet opus ? Combien de grammes de Bee Gees et de Scissor Sisters avez-vous incorporé à la pâte pour que le gâteau soit délicieux ?

Jordan : Je dirais deux tasses de Scissor Sisters et une de Bee Gees.

Jason : Avec du Salt-N-Pepa par-dessus, du limp biscuitet surtout un peu de Cake dans le cake.

 

Plus une pincée de Red Hot Chili Pepper pour relever le tout. Sérieusement, quelles sont vos principales influences ?

Jordan : Je dirais la pop en général. J'écoute beaucoup de Notorious B.I.G.

Jason : Dave Grohl a toujours été un modèle pour moi. J'adore les Foo Fighters. Quand j'étais jeune, j'ai été biberonné aux boys bands et plus spécifiquement aux NSYNC (le boys band de Justin Timberlake, ndlr). Ils avaient les meilleures danses. Pour rebondir sur ce que disait Jordan, j'écoute de tout, mais la musique pop a toujours été là pour moi.

 

Il nous reste une minute. Vous voulez parler de quelque chose qui vous tient à cœur ?

Jordan : On va te montrer une vidéo eFukt cool... Ou un clip de Limb Bizkit. Je te préviens, tu vas détester.

 

Il cherche sur son portable.

 

Jordan : Fuck, y a pas de wi-fi ici.

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Soundcloud de Cherub. Leur deuxième album, Year of The Caprese, est sorti le 8 avril dernier sur Sony / Columbia et est disponible ici.

 

 

Bettina Forderer.