Résume-nous l'historique de Rouge à Lèvres ?
Grems :
A la base , Rouge à Lèvres, c'est moi, Grems aka Supermicro, Le4Romain et KillerSounds. On a sorti un premier album en 2004 chez DeepHop Panel, mon propre label. C'est un mélange de house et de rap, le hip house, comme certains l'appellent. Nous on appelle ça le « deepkho », c'est notre style. C'est un groupe qui a la volonté de créer un rap propre à la France. Ici tout le monde fait du crunk français, du dirty français ou du grime français, mais personne ne fait quelque chose de... français. On est fiers de notre culture, la french touch, et le rap de « kho »… le rap rapide, caillera ou funky. On prend donc ces influences.

Depuis, Disiz la Peste a rejoint les troupes ?
Grems :
Ouais. Le 1er album n'était pas super mature, il est tout de même arrivé jusqu'au bureau de Barclay. Disiz l'a écouté, l'a kiffé. il m'a appelé le lendemain. On se retrouve deux trois jours après en studio. On fait un morceau. On se retrouve quelque mois après pour en refaire à la cool. J'étais tout juste sorti de mon album solo Air Max. Là, on décide de faire le deuxième album. On ne sait pas trop comment. Et comme Disiz kiffait, avec Le4, on lui propose de rentrer dans le groupe, de faire partie de l'histoire. C'est funky, c'est freestyle, on met tous l'argent de notre poche, c'est la merde et ce monsieur Disiz la Peste, qui pour plein de personnes perdrait son temps avec nous, participe au projet, à la même hauteur que nous, avec ses poches…

Avec tout ce buzz, cette touche club, on aurait pu vous voir « récupérés » par la hype, pourtant ce n'est pas le cas ?
Grems : T
u sais, l'album, il a été enregistré à Perpignan au studio la Casa Musical, vraiment dans le ghetto avec tous les gypsis. Et les gens de la rue ont toujours kiffé mon côté salace, mais je les ai emmenés vers mon truc, ma direction musicale. On a brisé les codes établis, à nos risques et périls. En sachant que des personnes allaient nous dénigrer, faire des amalgames, nous présenter comme misogynes parce que, quand tu dis « pute » dans ce pays, ils ont tous l'impression que tu es misogyne… Et aussi nous mélanger à ce côté fashionisant de la musique. (…) Rouge à Lèvres n'a rien de « hype », c'est de la house et la mode en ce moment en France, c'est l'électro saturée façon Ed banger… C'est chanmé mais moi je n'aime pas, c'est froid pour moi. Nous c'est Detroit, Kerri Chandler, Moodymann, Metro Area, la french touch à la Dimitri from Paris. Tous des techniciens de la musique, quelque chose de rond et chaud. Et puis nous, dans le rap, on est hyper « 2spee », technique… un flow bien construit et de la musique super deep. Et ça c'est une prise de risque. On ne cherche pas à faire de la recette facile.

On a compris que la « hype » n'est pas votre cible, alors tu penses t'adresser à qui ?
Grems :
Nous, on s'adresse avant tout à tout le monde, mais bien entendu aux techniciens de la musique. Qui ont une culture de la musique. On n'est pas là pour reprendre des codes fashion. Le problème, c'est qu'on se retrouve face à une génération qui n'est pas chercheuse. Ils ne vont pas différencier l'électro de la house.

C'est un peu la même controverse pour le graphisme ?
Grems :
Voilà, ils vont voir notre pochette. Ah ouais, ça c'est Parra, chanmé. Ou SoMe. Mais non, ils ne savent pas qu'on est trois à être arrivés en même temps. La différence avec les deux autres, c'est que moi je peins aussi sur mur. On a le même medium. On fait partie de la même sphère, tous les trois on se respecte mais forcément, ça crée des polémiques et il n'y a pas de compétition de savoir qui est le meilleur…
Ras le bol des Français qui n'ont pas la culture de la musique, de l'art. Tu dois toujours te justifier. Non je ne fais pas du TTC… Non je ne fais pas du Parra.

Je te sens remonté…
Grems :
Mais cette génération ne cherche pas à connaître, à s'instruire…. Tous ces ptits fluos, pour moi, c'est nazi. C'est dur ce que je dis. Mais c'est nazi. Ils n'ont pas de culture. Ils ont un jean slim qui représente le punk rock, voire les skin heads. Et à côté de ça une New Era et une paire de Pump parce que ça fait vintage. Ils ont un look à la Brooklyn, ils vont te dire « oui ça fait old school ». Et moi ça me casse les couilles cette récupération de codes. Ces petits nerd qui, derrière leur écran, vont te dire : « La musique c'est ci, la musique c'est çà… » alors que leur culture s'arrête à une époque.
Nous on cherche, on apprend, j'apprends tous les jours… On a rien de hype, on est des crapules. On est honnêtes et notre plus grand défaut, c'est de dire tout haut ce qu'on pense tout bas. On n'est pas des adeptes du politiquement correct. Mais vraiment rien à foutre, surtout dans ce pays de merde, où les gens n'arrivent pas à péter.

Et ce nouvel album alors ?
Grems :
C'est simple. De la house, du rap et broken beat… Des flows speed. Le 1er album a été enregistré en 4 jours, celui-ci en 5… Tout ça c'est spontané, c'est l'enthousiasme en studio. Après, il y a du boulot de post-production… Et là, Le4romain et Killersounds défoncent. Puis moi, pour le graphisme.

Qu'apporte Disiz ?
Grems :
Moi je ne le calculais pas. Mais en fait, c'est un personnage qui me ressemble. On a le même feeling, on est ouverts, on s'intéresse à plein de choses, sans se prendre la tête, sans avoir rien à prouver… Techniquement, il apporte un équilibre, il charge moins le flow…

Un mot sur les invités ?
Grems :
Foreign Beggars, des Anglais, cherchaient une collaboration en France. Ils sont venus en studio, ils ont kiffé le truc, ils voulaient nous acheter le morceau. On a dit non, on échange et là, ils veulent nous faire signer en Angleterre. Ils ont capté le délire en flow, en rap, en instru, même en graphisme. Ils sont deepkho. Tu as aussi Le jouage, Hustla oblige. Lexxcoop, s'il y en a un qui sait rapper « grime » en France, c'est lui. Pavan, un jeune de Perpignan qui rappe comme nous, c'est notre équipe. Daz-ini, bien sur, il fera son album chez nous aussi…

Tu me parlais des retours à l'international ?
Grems :
En deux ans, j'ai fait le tour du monde, c'est le kif. Les Ricains, les Anglais, ils me voient, ils m'écoutent, ils me disent, « là tu vas retomber comme ça, faire la phase là… hip hop is universal, c'est un langage. » Mais oui, moi je ne fais que du rap EN français, pas du rap français. Chez les autres, il n'y a pas l'allitération, le placement, la rime interne, externe… En ce moment, j'hallucine. Je fais deux tours du monde, je pète un plomb. Et pas grâce à une promotion de ouf. Mais du bouche à oreilles, je viens une fois, on me réinvite… Là-bas, les gens sont curieux, s'intéressent, En Australie, une meuf vient me dire « tu mélanges de la house et du rap, de la deep… » Et oui, elle savait… A Perth, dans le trou du cul du monde. Dans les concerts de rap chez nous, il n'y a que des rappeurs qui viennent pour prendre le micro, personne ne s'écoute…

Un dernier mot à rajouter ?
Grems : Rouge à Lèvres, c'est un groupe de putes en mecs… Et checkez l'actu DeepHop. A venir Les enfants Rois, une réédition vinyle aussi, et mon prochain solo Sea Sex & Grem's. Voilà, je ne rajoute pas de cerise sur le gâteau, car la pièce montée n'est pas suffisante…


Clip - Hit That Gash




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Par ToNYoX // Photo : DR.