Qui est réellement Busta Rhymes ? La question peut sembler déconcertante comme une tautologie mais force est de constater la multiplicité des identités de celui qui naquit Trevor Smith un beau jour de 1972 à East Flatbush, Brooklyn. Tour à tour diable de Tasmanie fantasque, weedhead de Cartoon, bouffon du roi pathétique, 'entertainer' pour grosses chaînes musicales. Pour un peu on y perdrait son latin, ou son slang, au choix. Son nouvel opus, The Big Bang, donne quelques éléments de réponse.

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« Je suis fatigué d'être constamment assimilé à ce personnage de dessin animé avec des dreadlocks qui sautille, crie et court en permanence. The Big Bang est en quelque sorte une résurrection artistique » explique Bus A Bus. Ses deux derniers albums étaient franchement en dessous des minima syndicaux, et son impressionnante liste de featuring mièvres et alimentaires commençait à taper sur le système. La magie se dissipait. L'auteur du classique inoxydable The Coming était presque à bout de souffle. À sa décharge, l'intéressé met en accusation son ancien label : « J Records n'a pas su gérer ma carrière. Je perdais ma créativité et je ne me retrouvais plus dans ce que je faisais ».

 

C'est en signant avec Aftermath que Busta Rhymes dit avoir insufflé une bouffée d'air frais à sa carrière vacillante : « J'ai de l'argent, des actions, j'ai investi dans le foncier, je ne compte plus sur le rap pour bouffer. Il fallait que le rap redevienne une véritable partie de plaisir et Dre m'en a donné l'occasion ». Avec des productions adamantines (de Dre, Timbaland, Erick Sermon, Scott Torch, Jay Dilla) et des collaborations marmoréennes (Nas, Raekwon, Q-tip), The Big Bang est certainement le meilleur album de Busta Rhymes depuis When Disaster Strikes en 1997. Un album “cinématique”, pensé en termes de travellings et de brutales contre-plongées. « Mes expériences dans le cinéma m'ont aidé à donner de l'intensité dramatique à ma musique. J'ai beaucoup appris des réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé, que ce soit John Singleton ou Gus Van Sant » affirme l'acteur en herbe qui sommeille en la star du rap.

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S'IL NE FALLAIT N'EN RETENIR QU'UN ?
Ce serait The Coming, très certainement le meilleur album de Busta Rhymes. Le rappeur n'a rien d'un lyriciste, il n'a pas de message à délivrer et ses textes sont largement superficiels. Pourtant, la magie de cet album post-ère Wu Tang réside dans l'agencement des gimmicks barrés et dans la pesanteur d'une atmosphère dark, morbide, lugubre, traversée d'éclairs de funk maladif. Surtout, Busta impose un personnage hors norme, givré, lunaire, fondamentalement hip hop. Sans parler de l'imparable single Woo-Hah !! Got You All In Check, sur lequel apparaît feu Old Dirty Bastard. Un single qui marqua son époque.

Par Jimmy Hoffa // Photos : DR