Jolie pochette, les gars.

Raf : La pochette de l’album, j’en suis très fier ! C’est une technique artisanale très ancienne qui date du XVIème siècle. Le mec qui s’est occupé de tout l’artwork a appris à le faire. En gros, il a acheté une feuille d’or et a fait un collage de la forme de notre logo, puis il a pris une photo. Il nous faut l’original, mec.

 

Vous avez l’air faits l’un pour l’autre. Dites-moi tout, vous vous êtes rencontrés dans le backroom d’une boîte gay ?

Raf : (Rires) Malheureusement non, ou heureusement peut-être ! Je travaillais pour des boîtes de PR quand Joe a commencé avec Hot Chip en 2000. Ils jouaient à Londres à peu près cinq nuits par semaine, il y avait toujours un concert ou un DJ set Hot Chip auquel aller. Et puis on avait plein d’amis en commun. Mais c’est vraiment pendant les soirées Greco-Roman qu’on a commencé à faire de la musique tous les deux.

 

 

Est-ce qu’il vous arrive de rêver que vous êtes un homosexuel noir dansant jusqu'au bout de la nuit sur du Larry Levan au Paradise Garage dans les 80's ?

(Rires)

Raf : Ouais, parfois.

Joe : Carrément, tout le temps !

 

Sérieusement, pourquoi cet hommage à la culture gay alors que vous êtes deux hétéros ? 

Raf : À la base, c’est un pote à nous qui nous appelait comme ça tout le temps, et par paresse, on s’est dits qu’on n’allait pas s’embêter à inventer un autre nom. Mais après, évidemment, les racines de notre musique sont la house et la disco, et c’est dans les clubs gays que sont nés ces mouvements. Donc oui, la référence aux bears de la communauté gay est aussi un hommage. C’est une question que l’on nous pose tout le temps, et je n’ai toujours pas trouvé l’explication parfaite.  

 

Vous allez toujours en club ? Et au fait, vous avez quel âge ?

Joe : J’ai 35 ans. Mais je ne vais plus en club.

Raf : Pareil. Mais si, on y va ! En tout cas moi. Enfin surtout pour travailler, c’est vrai. Et puis on a la chance de jouer dans les clubs du monde entier grâce à ce qu'on fait.

 

 

Cet album est à la fois plus funky et plus profond que votre premier album, Follow The Bear. Vous avez travaillé différemment ?

Joe : Non, pas vraiment. Mais c’est sûr qu’on voulait faire une musique différente. On voulait aller plus loin que ce qu’on faisait déjà, et on voulait exprimer notre amour pour d’autres genres de musique comme le reggae, le hip-hop et tous les sons qu'on retrouve dans cet album. Mais l’essentiel du travail était le même : énormément de temps passé au studio, sur nos ordinateurs, avec le synthé jamais loin, des tonnes de samples et des sessions de chant pour Raf. 

 

The Night Is Young, ça veut dire que c’est un album à mettre en before ?

Raf : Je suppose qu'avant ou après une fête, ça ne compte pas vraiment. Mais j’ai quand même l’impression que le but de ce disque est de faire oublier pendant un temps les soucis de la journée. Du coup, effectivement, plutôt le soir. Et juste avant une fête, quand les gens se préparent pour sortir, font leurs plans etc., c’est un bon moment pour écouter de la musique, non ?

 

Quels producteurs de house vous influencent ?

Joe : Ah, tu sais, il y en a tellement que j’admire... Mais Cajmere est clairement l’un de mes préférés. C'est Raf qui m’a fait découvrir la majeure partie de son travail. C’est un génie, une grande source d’inspiration pour moi. 

Raf : Ouais, il y a tellement de gens. À l’époque, c’est vrai que des Américains comme Lil’ Louis, Todd Terry et Cajmere étaient vraiment au top pour moi. Mais il y en a aussi des plus récents, comme Butch que j’aime vraiment beaucoup ou Gerd Janson. Ce mec est de Berlin je crois - en tout cas, son label Running Back est allemand, et tout ce que cette maison a sorti récemment est très, très bon. Je te conseille d’écouter ça !

 

 

Vous avez tous les deux des enfants. Ils ont aimé l’album ?

Joe : Ma fille Edie adore le morceau Angel, elle l’appelle «Angel to touch me» et c’est le seul qu’elle veut écouter. Du coup, elle l’écoute en boucle. (La fille de Joe Goddard apparaissait en 2013 dans le clip de Step Together, ndlr)

Raf : Le mien n’a que deux ans, mais je crois qu’il aime bien. Je parlais à ma femme hier, et elle me disait qu’ils avaient regardé la vidéo de The Night Is Young sur internet. Sinon, plusieurs personnes m’ont dit que leurs enfants avaient aimé l’album. Je prends ça comme un gros compliment parce que les enfants n’ont aucun préjugé, donc s'ils aiment un truc, c’est parce que ça leur parle vraiment. Je ne sais pas si ça veut dire que notre musique est puérile ou enfantine, mais je suis toujours très content d’entendre ça.

 

Quelle est l’importance de Londres dans le projet The 2 Bears ?

Raf : Londres est très important pour nous. C’est notre plus grande source d’inspiration. Je ne saurais pas trop comment décrire cette ville, si ce n’est en disant d'elle que c’est une sorte de melting pot surpeuplé toujours en mouvement et multiculturel. Londres en dit beaucoup sur ce que nous sommes, Joe et moi. Je crois que c’est important de t’inspirer d’où tu viens, parce que c’est ce qui fait de toi ce que tu es.

 

Vous avez aussi appelé des artistes sud-africains pour travailler sur l’album. Qui sont-ils ?

Raf : On a rencontré un MC qui s’appelle Senyaka à Johannesburg. C’est l’une des figures de la scène kwaito, un sous-genre de la house qui est né et est devenu très populaire en Afrique du Sud dans les années 1990. C’est une house assez lente mais très funky, vraiment très intéressante. Senyaka chante sur un couplet du track Angel dont parlait Joe. Et puis le jeune chanteur Sbusiso chante sur le titre Son of the Sun. Joe te disait tout à l’heure qu’on avait bossé de la même manière, mais c’est vrai que ce voyage en Afrique du Sud nous a changé de notre façon de travailler habituelle. Nous n'étions plus enfermés dans notre studio, c’était cool d’être ailleurs. Quand tu voyages et que tu vois la façon différente qu’ont les gens de travailler, ça remet en perspective tout ce que tu fais de ton côté.

 

 

Votre morceau reggae Money Man m’a donné envie de fumer de la weed. Vous prenez toujours des drogues (promis, ça reste entre nous) ?

Joe : Ouaip.

Raf : Ouais, j’apprécie un spliff de temps en temps. Cela dit, je ne sais pas si c’est positif que ce son te donne envie de fumer.

 

Je pense que si. D'ailleurs, comment se porte le reggae d'après vous ?

Raf : Figure-toi qu'il y a de nouveaux artistes vraiment cools comme Chronixx, Busy Signal ou même Shaggy (l’auteur de Hey Sexy Lady, ndlr)qui a fait un nouveau truc entre la pop et le reggae vraiment super.

 

Et toi Raf, il paraît que tu adores Kendrick Lamar…

Raf : Ouais, j’ai écouté son album Good Kid, M.A.A.D City à fond et je reviens toujours vers lui. C’est un type tellement unique avec beaucoup de personnalité. Son disque me rappelle un peu le premier album de Missy Elliott. Pas forcément par rapport au son mais plutôt par sa structure, qui est une sorte de vision globale du monde dans laquelle tu te plonges facilement avec lui. J’attends vraiment son prochain album.

 

Pourquoi cette vidéo ?

Raf : Haha. En gros, avec notre ami Rollo Jackson, qui a notamment réalisé certains clips de Hot Chip, on a eu l’idée d’aller chez Norman Cook (aka Fatboy Slim, ndlr), qui a une maison avec terrasse à Bromley, et de prendre des danseurs et des chorégraphes professionnels. Après, je ne sais pas trop d’où l’idée nous est venue, mais toujours est-il qu'on a mis en scène une sorte d'émission de télé matinale avec un imprésario un peu louche qui ramène sa troupe de danseurs. Ça n’a pas vraiment de sens, en fait.

 

 

En gros, vous vous amusez. C’est vraiment sérieux pour vous, la musique ?

Joe : Ouais, c’est une passion très sérieuse, mais une grosse partie de ce qu’on fait est au sujet de la joie qu’on veut transmettre. Il y a de la place pour être à la fois sérieux et marrant, non ?

 

Des influences françaises ?

Joe : Bien sûr. Déjà, Cerrone et sa production disco, mais aussi toute la french house qui est incroyable ; la bande de Thomas Bangalter, Cassius, la Funk Mob...

Raf : Etienne de Crécy et son album Super Discount m’ont beaucoup influencé quand j’étais jeune. DJ Gregory quant à lui a toujours sa place dans nos DJ-sets avec ses productions faites d’africanisme, à la fois brillantes et accessibles.

 

Vous avez fait des remixs pour beaucoup d’artistes : Santigold, Metronomy, Toddla T… Pour beaucoup d’argent, vous feriez un remix pour Céline Dion ?

Joe : Ouais, mais pour vraiment beaucoup d’argent alors. De combien on parle ?

Raf : T’as des plans ?

 

 

++ Le site officiel et la page Facebook de The 2 Bears. 

++ Le dernier album de The 2 Bears, The Night Is Young, est sorti le 12 octobre. 

 

 

Lina Rhrissi.